‹ Le régent, l'abbé Dubois et les AnglaisChapitre 51 sur 209 · Mémoires, p. 577. Collcct. Mi<'.hau(l et Poujoulat · texte numérisé non relu

Mémoires, p. 577. Collcct. Mi<'.hau(l et Poujoulat

4. Kxpn'ssioïîs d'Horace Walpole, citées par lord Mahon, iiistory of Emjland, vol. I, p. 225.

prendre sur soi. Mais ils ont une grande confiance dans le Roi, et pourvu que Sa Majesté veuille bien se donner la peine et avoir la patience de les diriger, je crois qu'il leur fera faire tout ce qu'il voudra \ »

Ce qui rendait toute réforme à peu près impraticable, c'était le principe même de la souveraineté provinciale, inscrit à la base du pacte républicain. Les sept provinces, maîtresses chez elles, se régissaient individuellement selon leurs propres lois. Comme confédérées, elles possédaient, toutes et chacune, une part égale de souveraineté dans l'État et dans la conduite du gouvernement général. De la sorte, aucune loi ne pouvait être imposée par la majorité des États à la minorité. Il suffisait de la résistance d'une seule province pour tout paralyser, surtout dans les affaires intérieures.

Le cri d'alarme contre la décadence des mœurs partit de la province d'Over-Yssel, sous l'impulsion de son représentant, le comte de Rechteren. Celui-ci avait figuré parmi les patriotes hollandais les plus ardemment hostiles à la France. Au mois de décembre 4743, Over-Yssel, à son instigation, dénonça par une lettre aux États-Généraux, la corruption des mœurs. Les États, pour remédier au mal, <lressèrent un projet de placard (4744). Il s'agissait de créer un tribunal dont la juridiction s'étendrait sur le territoire entier de la république. Les députés, les conseillers d*État, les conseillers des cours de justice, etc., jureraient solennellement que ni eux, ni, de leur su, leurs femmes, leurs enfants, ni personne de leur famille ou de leur dépendance, n'accepteraient aucun don, sous peine, pour les contrevenants, d'amende et d'inhabileté à toute fonction publique. Les amendes seraient appliquées par

1. Lettre à lord Townshend, 6 novembre 1714, en français. Lord Malion, llislory of England, t. I, p. 121; t. H, p. 341, 342.

moitié aux officiers qui auraient procédé, et au délateur, dont le nom pourrait ôtre tenu secret, la procédure étant secrète également.

Ce projet fut envoyé aux provinces pour y être examiné. Il fallait, disaient les promoteurs de ces mesures, un tribunal capable d'adoucir l'inquiétude des peuples effrayés de cette corruption. Ce serait sur le pied de Tinquisition d'Etat, si sagement établie par l'incomparable république dp Venise : tribunal à la vérité fort redoutable, mais d'un usage très salutaire dans un État républicain, comme celui des Provinces-Unies, composé de tant de parties souveraines.

Tel ne fut pas l'avis de la province de Groningue. Quoique l'une des moindres comme étendue, et même comme considération, elle arrêta par son opposition cette grosso affaire, et fit diversion en s'attaquant à un autre abus : le peu de secret observé dans les délibérations des Etats-Généraux, la facilité avec laquelle les ministres étrangers se procuraient des copies des lettres et des résolutions qui devaient être dérobées à la connaissance du public. Elle demandait donc s'il ne faudrait pas faire prrtor serment aux membres des États de ne rien révéler tie ce qui se passait à l'assemblée, et leur interdire de s'entretenir et de dîner fréquemment avec les ministres él rangers *.

L(^ temps s'usa dans ces pourparlers contradictoires. On finit cependant par adopter le Placard. Ce fut seulement au commencement de l'année 1716 que l'on exigea le serment prescrit. La vertu, ainsi mise à l'ordre du jour, triompha d'une manière aussi soudaine que brillante. On eut le plaisir de remarquer que, dans tous les collèges et bureaux dépen-

!. Umberty. t. VIII, p. 0I3-91S.

dant do la Généralité, c'cst-à-dirc de TEtat, chacun prêta ce serment, avec une promptitude et une gaieté^ qui étaient la tïiarque d'une conscience pure et bien éloignée de quelt/Kr reproche. Cette démarche honnête était de nature, on iVspérait du moins, à fermer la bouche aux indiscrets populaires qui avaient répandu les faux bruits de corruption et donné lieu à la rédaction du Placard *.

Restait à organiser définitivement le nouveau tribunal, si semblable en effet à Tinquisilion d'Etat de Venise, à la tête duquel on devait placer, sous le nom de fiscal de la Généralité, un magistrat dont le ressort comprendrait toutes les provinces. On se promettait d'apporter à le choisir, le soin le plus scrupuleux : même on écarterait d'emblée quiconque se mettrait sur les rangs. On voulait un homme sans avidité, sans beaucoup de parents, pourvu d'ailleurs de toutes les qualités requises pour exercer une charge si délicate '.

La difficulté de découvrir ce modèle achevé de la vertu civile vint en aide aux opposants. Celles des provinces auxquelles cet acte d'universelle contrition déplaisait, n'eurent, en attendant, qu'à s'enfermer dans un silence opiniâtre qui tenait tout en suspens.

Mais alors, pendant l'été de 4716, le désordre et les divisions s'accrurent de jour en jour, en dépit des serments si allègrement prêtés. Over-Yssel, fidèle au rôle réformateur, dont elle avait pris l'initiative trois ans auparavant, réveilla le zèle des États-Généraux par une nouvelle lettre flatée du 4 août (1716). Les Étals de Hollande, honteux de rhumiliante anarchie où l'on s'agitait stérilement, confirmèrent la résolution prise en dernier lieu par les Etats- Généraux d'inviter toutes les provinces à envoyer à la

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