Id,, ibid
2. Namur, Tournai, Menin, Fumes, Warneton, Ypres et le fort de Rnoque, occupées par les seuls Hollandais; Dendermonde, par une garnison mi-partie. En tout, huit places au lieu de treize portées par Kîs Hollandais et les Anglais dans le premier projet.
i^i LE RÉGENT, L*ABBÉ DUBOIS ET LES ANGLAIS.
licle XXVI de leur traité avec la France relatif à la réintégration de rélecteur de (Pologne dans son électorat, les Etats s'obstinaient à ne pas retirer la garnison qu'ils avaient à Bonn. L'Empereur prit. le parti de Télecteur. Il écrivit aux Hollandais que, depuis la paix, ils n*avaient plus le droit de tenir des troupes dans TEmpire; qu*ils eussent donc à évacuer la place sans délai; sinon, il était à craindre qu'on ne fût obligé d'en venir à de fâcheuses extrémités. L'électeur, fort d'un tel appui, surprit la garnison hollandaise et l'expulsa de Bonn (1715). Alors, colère des États; ils portèrent plainte à Vienne, à Versailles, à Londres. George I" redoubla de bons offices d'un parti à l'autre. Mais trois ans furent nécessaires pour calmer les courages émus et décider la République à subir le fait accompli.
Troisième sujet de débat. On ne s'entendait pas sur l'étendue de certains terrains limitrophes de la Flandre et du Brabant, que les Hollandais avaient reçu le droit d'inonder, le cas échéant, pour la sûreté de leur frontière. Des années s'écoulèrent également avant qu'on parvint à un accord *. Il y avait enfin d'épineux règlements de comptes, soit les avances faites par les Hollandais à l'Au- Irir'he, soit les levées d'argent qu'ils avaient pratiquées en Helfriquo pendant la guerre.
Cotte guerre de chicane n'était rien encore au prix des diyoùts d'amour-propre dont la cour de Vienne abreuvait le gouvernement de la Haye. Républicains fréquentés par les rois, les Etats prétendaient aller aussi de pair avec eux dans les protocoles. Ils s'intitulaient Leur% Hautes Puissances, les Hauts et Puissants Seigneurs^ Ceisi et Patentes *.
1. Sur ces fails, voir Histoire de Vempercur Charles VI, de glorieuse mémoire, par La Lande, la Haye, 1743, t. III, passim.
ns le registre de leurs résolutions, la formule est celle-ci : Leurs
Or, si l'Empereur recherchait leur alliance et leur argent, sa morgue néanmoins les tenait à distance. Il refusait de les dénommer Celsi et Potentes, par le motif qu'il était audessous de la majesté impériale de donner à la République un titre que le roi de France ne lui avait jamais donné. Les Anglais, ennuyés de butter contre un obstacle de cette espèce, trouvaient un peu extraordinaire que l'Empereur réglât sa civilité et sa conduite à Tégard de ses amis sur le procédé de la cour de France, La couronne d'Angleterre leur avait dès longtemps donné ce titre; et, quant à la France, le spirituel Horace Walpole était persuadé que, si la République voulait entrer avec ce royaume dans les mêmes termes que l'Empereur désirait pour lui-même, le Régent ne ferait nulle difficulté de les appeler Prœcelsissimi et Prœpotentissimi *.
Ces diyers incidents, mais surtout le dernier, si sensible à l'épiderme, irritaient les Hollandais contre l'Autriche, tendaient à les rendre réfractaires au renouvellement de Talliance entre les trois puissances, et ouvraient à l'habileté de l'ambassadeur français la voie utile pour s'introduire dans la place.
M. de Châteauneuf n'y manqua pas. Sachant à quel point les États craignaient la guerre et quel attachement passionné ils avaient pour la paix, informé aussi qu'il avait été question à Anvers, oulre le traité de la Barrière, d'une garantie mutuelle des trois puissances, Angleterre, IIol-
Hfiutes Puissances les Seû/neurs Eslats Généraux des Provinces Uniex des Pats has,
I. Horace Walpole à lord Townshend, la Haye, 28 février 1716. Record Office, Uollandy vol. 373.
lande, Autriche, il leur proposa h Timproviste d'établir par un traité la neutralité perpétuelle des Pays-Bas autrichiens. « Sa Majesté, disait-il dans un mémoire daté d^ la Haye, 17 décembre 1715, n'a pas plutôt été instruite de la signature du traité de la Barrière, qu'elle m*a ordonné de communiquer à Vos Seigneuries les moiens qu'elle se propose, pour assurer, de concert avec Vos Seîgneuries la tranquillité réciproque de ses Etats de la frontière des Païs-Bas, et de ceux de la même frontière, qui sont présentement sous la domination de l'Empereur, ou occupez par les troupes de Vos Seigneuries, en convenant d'une neutralité aussi étendue qu'elle sera jugée nécessaire, soit par rapport à sa durée, de manière que quelque événement qui arrive, ces mêmes Païs soient toujours exemts des malheurs de la guerre, et qu'elle ne puisse en aucun cas y être portée de quelque part que ce soit, et qu'aucun autre païs ne puisse être attaquée par le Païs Bas *. »
La guerre, donc, si elle se rallumait, serait écartée à tout jamais des frontières de la République. Une perspective si rassurante charma les Hollandais autant que cette manœuvre inattendue surprit et troubla les ministres étrangers. L'ambassadeur français, sans laisser aux esprits le temps de se refroidir, multipliait les insinuations artificieuses et séduisantes. — Ce sont les Anglais qui parlent. — Il faisait la cour aux États de la façon la plus aimable, tandis que de Vienne, il ne leur venait que froissements et mauvais procédés *. La République s'empressa de communiquer la proposition française à Horace Walpole.
1. Lamberty, Mémoires pour servir à Phistoire du XVIII* siècle, t. IX. I». H4. — Horace Walpole à L. Townshcnd, la Haye, 20 décembre 1115. lierord Office, Uolland, vol. 373.
2. L. Townshend à Sohaiib, Whitehall, 27 décembre (7 janvier) 1716. Record Office, Germany, vol. 202.
Celui-ci la traita de captieuse, attendu que TEmpereur nuirait pas attaquer la France de gaieté de cœur; car alors les Etats et l'Angleterre ne manqueraient pas de rester neutres. Les Etats, néanmoins, en envoyant à toutes tes pro\'inces le projet d'alliance défensive et de garantie avec l'Angleterre et TAu triche, y joignirent le mémoire de M. de Châteauneuf *.
Le ministère anglais le discuta et le combattit énergiquement, tout en le croyant mort-né. « Le roi, dit lord Townshend dans sa réponse aux lettres de Walpole des 27 et 31 décembre 1715, a été heureux de voir que Fambassadeur français ait été déçu dans ses espérances du grand effet que sa proposition de neutralité pour les Pays- Bas autrichiens, en cas de guerre, produirait en Hollande. En vérité, son projet semble si chimérique, et il est si plein d'illusions, qu'il était à peine bon à être sérieusement offert ou reçu d'aucun côté. La France, qui est coutumière de ces sortes d'amusettes, est seule capable de proposer de stipuler avec une tierce puissance la neutralité de territoires appartenant à une autre, qui pourrait fort bien n'y pas consentir. Car, que signifierait une convention de cette espèce entre les Hollandais et les Français, si TEnipereur, qui est le maître du pays, ne croyait pas de son intérêt d'y avoir égard? Il me semble que nous fournissons à la France l'occasion de jouer le même jeu qu'après la paix de Ryswick, quand les terribles appréhensions d'une nouvelle guerre nous firent donner, nous et les Hollandais, dans les combinaisons du traité de partage, que Ton croyait un merveilleux préservatif contre la guerre, mais qui, au fait, en devint la source et l'oc-
1. Horace Walpole à L. Townshend, la Haye, 27, 31 décembre 1715. Record Office, Ilolland, vol. 373.
oasion principale. Quant à nous, les États peuvent en être sûrs, nous n'avons nul goût à nous engager dans une nouvelle guerre, nous qui, en ce moment, éprouvons les effets (l'une guerre intestine. Tenons-nous-en donc à nos vieilles maximes et unissons-nous fortement ensemble. Le moyen d'éviter la guerre est de ne pas en avoir trop peur, et de forrner une telle union entre les alliés, que les Français voient que s'ils veulent rompre avec Tun de nous, ils entraîneront certainement tout le reste dans la querelle *. »
Le Prétendant était alors en Ecosse, à Perth. Ses amis, disait lord Townshend, qui en jugeait d'après les vraisemblances plutôt que par une exacte connaissance de la réalité, ses amis ne lui auraient pas laissé faire une telle démarche, si le Régent n'avait pas donné de fortes assurances (le son concours; et il partait de là pour opposer l'Europe à la France, et l'Empereur, et le Danemark, et la Prusse, et la Hollande, qui devaient se liguer tous ensemble, sans perdre un moment, si l'on voulait être en sûreté et en repos '.
Ainsi, malgré les désastres de la dernière période de Louis XIV, les hommes d'Etat britanniques, exaspérés d'ailleurs par le péril domestique, étaient toujours, comme nous l'avons déjà remarqué, sous le coup de la grande époque, et, toujours, croyaient qu'il n'y avait de sûreté pour eux, contre l'énorme ambition de la France, qu'à resserrer les liens relâchés de la coalition. Combien s'éloignaient-ils des rêves d'alliance tant caressés d'abord! Raison de plus pour M. de Châteauneuf, très bien instruit
\. L. Townshend à Horace Walpole, 27 décembre 1715, v. s., 7 janvier 1716, n. s., en anglais. Coxe, Menioirs of sir Robert Walpole^ vol. 1, p. 00.
2. LcLlre à Horace Walpole, 15 (26) janvier 1716. Coxe, Memoirs of sir Robert Walpole^ vol. H, p. oO.
de leur politique, de pousser sa pointe. II revenait à la chaîne auprès des Etats pour avoir leur réponse sur sa proposition de neutralité perpétuelle des Pays-Bas autrichiens. L'Empereur n ea voulait pas. Le roi d'Angleterre répétait judicieusement qu'il ne prendrait point de part à des mesures pour maintenir la neutralité dans des Etats appartenant à un autre prince, lequel, peut-être, n'y voudrait pas donner les mains; qu'au surplus, il ne ferait rien sans Tavis et le consentement de TEmpereur *.
Les Anglais avaient beau jeu à mettre en lumière la faiblesse et Tincohérence du plan de M. de Châteauneuf. Mais ce dernier, assurément, en connaissait les défauts aussi bien que personne. C'était de sa part un pur artifice, comme disait lord Townshend; seulement cela servait à imprimer dans Tesprit des Hollandais Tidée des dispositions pacifiques de la France, tellement que leur indignation au sujet de l'appui prêté au Prétendant par le Régent, et leur disposition première à entrer dans une alliance avec l'Empereur, se ralentirent beaucoup sur la nouvelle de la défaite et de la fuite du Chevalier. Ils regardèrent ses affaires comme perdues sans ressource ; et il fut facile aux partisans de la France de dire que le traité de la Barrière suffisait, y compris la garantie de la succession protestante «onlenue dans l'ancienne alliance avec TAngleterre. L'aml)assadeur de France assurait partout que le Régent observerait exactement le traité d'Utrccht et ne donnerait aucun secours au Prétendant. Ses démarches flatteuses, contrastant avec Tattitude rogue des Impériaux, retenaient les Hollandais et les empêchaient de mener à terme l'alliance •l<^fensive des trois puissances*. Tel était Teffet positif des
'• Horace Walpole à L. Townshend, la Haye, 25 février 1116. Record ''fficf, Holland, vol. 3"3.
-. Horace Walpole à L. Townshend, la Haye, 28 février 1116. Record
propositions chimériques de M. de Châleauneuf. Il lenail les uns et les autres en échec; immense avantage que Ai ^tigner du temps. C'est ce qu'Horace Walpole voyait clairement. Sans doute il n'appréhendait point que celte h'om* peuse et chimérique proj)osition eût aucun effet à la Haye. l)uisque M. de Châteauneuf lui-même avait bientôt discontinué d'employer des raisons pour appuyer son mémoire, et se bornait à parler avec ses amis contre le projel de garantie présenté à Anvers lors de la signature du traité de hi Barrière, par le comte de Koenigsegg, ministre autrichien. Mais il comprenait, et il résumait en ces termes, la vérité de la situation nouvelle : « En un mot, le ministre de France sera très satisfait de ce qu'on n'accepte pas sa proposition, s'il peut en môme temps empêcher les Etat? d'entrer dans do plus grands engagements avec d'autre? puissances * ».
Et en effet, il ne tarda pas à recueillir le bénéfice de son intelligente stratégie.
Horace Walpole pressait les Hollandais de se ranger à coté du roi. Dans une conférence avec les députés de^ affaires étrangères*, au commencement de mars 1716, il leur exposa que, si les desseins des ennemis de son maître avaient, par la bénédiction de Dieu, fini à leur confusion, le roi espérait que les Etats considéreraient néanmoins (ju'ils étaient maintenant les seuls garants de la succession protestante; et qu'en conséquence, il serait nécessaire de renforcer ce traité en y admettant d'autres princes el d'autres Etats, afin de décourager le Prétendant et sef adhe^rents de former de semblables entreprises à l'avenir.
Office, Holland, vol. 373. Lettre déjà citée, relativement aux mauvais pro i'AMJês de l'Empereur envers la République.
1. Lettre à lord Townshcnd, la Haye, 31 janvier 1716. Record Office. Holland, vol. 373, en français.
2. Le comité des États généraux chargé des afTaires étrangères.
A Tappui, il leur remit un mémoire et un projet de traité pour une alliance défensive, conçue dans ce système plus étendu. Les États, sous l'impulsion du Pensionnaire, répondirent sans délai qu'ils étaient prêts à renforcer la garantie de la succession protestante par Tadmission d'autres princes. Quant à ce qui regardait l'alliance défensive (n'oublions pas qu'il s'agit toujours de Talliance entre l'Angleterre, la Hollande et TAutriche, c'est-à-dire le fond de la vieille coalition), ils en envoyèrent le projet, selon la coutume, aux diverses provinces pour l'examiner chacune séparément *, et en particulier aux députés des affaires étrangères de la province de Hollande. Alors l'ambassadeur de France réitéra ses démarches auprès d'eux, ses affirmations que la France voulait l'observation des traités, que le Régent n'avait fait ni ne ferait rien pour assister le Prétendant. Il accusait lord Stair d'être un boutefeu, et de travailler à mettre les deux nations aux prises. Les inclinations de l'Angleterre pour la paix ou la guerre se verraient, disait-il, dans une certaine niesure, selon qu'elle maintiendrait lord Stair en France ou le rappellerait. En homme qui ne négligeait aucune <^hance, M. de Châteauneuf recherchait jusqu'à l'opinion ^Jes dames; il leur expliquait le sens et la portée des deux documents, au plus grand avantage de son gouverne- "lent *. Il pressait les Etats de lui donner une réponse positive sur sa proposition de neutralité perpétuelle des Pays-Bas autrichiens.
Les Etats particuliers de Hollande étaient au moment •le clore leur session (mars 1716). Auparavant, leur <*omité, composé des nobles et des députés les plus mar-
*• Horace Walpole ,\ L. Townshend, la Hâve, 10 et M mars 1716. f^ord Office, Holland, vol. 373.
'^•Horace Walpole à lord Stair, la Haye, 24 mars 1716. Stair Papers, Oienfoord Caslle, vol. VI.
quants des sept villes principales de la province, délibéra sur le projet et le mémoire que Walpole avait présentés relativement à l'alliance défensive. Le Pensionnaire ouvrit la délibération en mettant sous leurs yeux les propositions diverses émanées de TEmpereur, du roi d'Angleterre et de la France, et ce qui s'était fait jusque-là sur ce terrain. Il les engagea à prendre le parti qui leur paraîtrait le meilleur et le plus utile à la République. II finit en exprimant Topinion des nobles, dont il était Torateur, en faveur de Talliance défensive entre TEmpereur, le roi d'Angleterre et les États : il fallait, dit-il, prendre en considération le projet et le mémoire présentés par M. Walpole, afin de faire quelque chose sur un sujet si important. Les députés des villes adhérèrent sur-le-champ, sans hésitation.
Mais, et c'est ici le succès de M. de Chàteauneuf, Buys, pensionnaire d'Amsterdam, la capitale de la province de Hollande, prit la parole et dit qu'aucun prince ou Etat ne devait être exclu d'un traité à faire pour conserver la paix, qu'on penserait à ce qu'il y aurait à entamer à cet effet entre l'Angleterre, la France et les Etats, de telle manière que la succession protestante dans la Grande-Bretagne fût suffisamment assurée pour l'avenir.
Lors des négociations infructueuses de la Haye, en 1709, où les coalisés s'étaient joués si outrageusement de M. de Torcy, Buys n'avait pas été l'un des moins animés ni des moins cruels. Mais à la paix, nommé ambassadeur en France, il avait été si touché de la bonne grâce et de la majesté du grand roi qu'il s'était attaché sincèrement à sa personne et à la France. Sa douleur, à la mort de Louis XIV, fit honte, dit, M. de Torcy, à l'ingratitude de plusieurs sujets de Sa Majesté, comblés de ses bienfaits \