‹ Le régent, l'abbé Dubois et les AnglaisChapitre 61 sur 209 · Stair à Bubb, Paris. 9 mars 1716. Brit, Mus., Egerton · texte numérisé non relu

Stair à Bubb, Paris. 9 mars 1716. Brit, Mus., Egerton

ni ses adhérents *. Stanhope enjoignit à lord Stair de présenter au Régent des demandes de même nature. Ses instructions se ressentaient à la fois de Tardeur de son tempérament et de la crise politique des affaires.

«... Quoique les engagements positifs auxquels la cour de France a souscrit par les articles 4 et 5 du traité d'Utrecht semblassent, disait-il, devoir rendre superflues de telles instances auprès d'elle, cependant le grand encouragement que le Prétendant en a reçu pour sa récente tentative d'invasion dans les États de S. M., la liberté qu'il a eue de passer par la France à cet effet et de revenir ensuite dans ce pays, la connivence, Tappui qu'ont rencontré les sujets traîtres de S. M. et tous ceux qui étaient disposés à assister et à suivre le Prétendant, tout cela est si directement contraire au traité et si peu conforme à la bonne intelligence et à Tamitié entre les deux couronnes, que S. M. regarde comme infiniment nécessaire que V. Exe. présente un mémoire à S. A. R. sur ce sujet et insiste de la manière la plus forte pour que le Prétendant ne soit pas admis à séjourner sur le territoire français. V. Excellence n'ignore pas que le duc de Lorraine a allégué comme excuse du rôle qu'il a joué par rapport au Prétendant et de l'asile qu'il lui a donné jusqu'ici, le voisinage de la France, circonstance qui l'oblige à faire ce que veut cette cour; Votre Exe. repréfieotera dans son mémoire que S. M. attend de l'amitié dont S. A. R. fait profession, qu'elle voudra bien faire le nécessaire auprès du duc de Lorraine, de façon à ne pas lui laisser d'excuse de cette sorte dans l'avenir.

« Ensuite, comme marque ultérieure et indispensable de

I. Sainl-Janies, 22 février (5 mars) 171G. Slair Papers^ Oxenfoord CasUe, vol. VU. I/exécutioD des deux lords eut lieu le 7 manB.

la disposition du Régent à vivre en bons rapports avec le roi, il faudra réclamer qu'aucun de ceux qui ont été iiéclarés traîtres et rebelles, ou sont connus comme tels, Ormond, Mar, Bolingbroke, Panmure et autres, ne soit toléré sur le territoire français; que les officiers au service de France qui ont suivi le Prétendant ne soient pas autorisés à rentrer dans leurs emplois antérieurs, mais qu'ils soient punis de manière à donner satisfaction à S. M. et à montrer que S. A. R. n'approuve pas leur conduite; sinon, ce serait, de la part de la cour de France, la violation ouverte du traité entre les deux couronnes. »

Stanhope termine en recommandant à Stair de rédiger son mémoire sans perdre de temps, et dans les termes les plus capables d'obtenir « la satisfaction que le roi attend et poursuit si justement^ ».

L'ambassadeur se mit à l'œuvre aussitôt. Le 9 mars, son mémoire était prêt. Sous des formes courtoises, il faisait sentir la gravité de la situation.

D'abord, notification au Régent de la fuite du Prétendant et delà dispersion des rebelles en Ecosse, « dont le Roi est persuadé que le Régent sera bien aise à cause de leur proche parenté et de l'étroite amitié qu'il a toujours cultivée avec lui ».

Puis les réclamations : « le traité d'Utrecht est si récent que le Roi s'était persuadé que le Régent aurait pris des mesures pour empêcher le Prétendant de rentrer en France;

I. SUnbope à Slair, VVhilehall, 22 février (5 mars) 1119, en anglais. Stair Papersy Oxenfoonl Caslle, vol. V. — Stair's Journal, samedi 7 mars. — SlAÎr à Bubb, 9 mars 1716. Bril, Mus., Egerton, vol. 2171.

m LE RÉGENT, L'ABBÉ DUBOIS ET LES ANGLAIS.

mais, puisqu'il a trouvé moyen d'y rentrer, le Roi s'assure que le Régent Tobligera, aussitôt qu'il en aura connaissance, à ressortir du royaume ».

De même pour les rebelles : qu'ils soient obligés de sortir du royaume de France au plus tôt.

« Son Altesse Royale est trop raisonnable et trop éclairée pour ne pas sentir toute la justice et la force de cette demande. La Grande-Bretagne ne sauroit être en sûreté ni tranquillité tant qu'elle verra des personnes qui ont conspiré et entrepris à force armée la ruine et la subversion totale de leur patrie, reçues et entretenues dans son voisinage. La France même ne sauroit être assurée qu'elle ne fût de nouveau exposée à porter le blâme de leurs mauvaises pratiques. »

Ici, lord Stair rappelle les engagements d'Utrecht, l'abus que les réfugiés font de l'asile qu'ils ont trouvé en France, de la commodité du voisinage pour tramer une « noire et détestable trahison contre leur patrie qui, sur la foi du traité, était désarmée et sans défense »; les intrigues par lesquelles ils procurent au Prétendant le moyen de passer par la France, des vaisseaux, des armes, des officiers, des soldats... qui lui ont servi k envahir la Grande-Bretagne et à causer des « dommages infinis à la nation »

Vient après cet exposé des griefs, la menace à peine déguisée : « S. A. R. peut s'imaginer si la Grande-Bretagne peut rester dans une situation aussi violente que seroit celle où elle se trouveroit, aiant ces rebelles dans leur (sic) voisinage, prêts à porter le feu et le sang dans le cœur de la patrie, et à y renouveler toutes les horreurs de la rébellion. Dans cette situation, la Grande-Bretagne seroit obligée d'avoir toujours les armes à la main, tourmentée par des soupçons et dos inquiétudes continuelles : condition plus dure qu'une guerre ouverte, à une nation qui aime à vivre en paix

avec tous ses voisins, et qui est jalouse de la conservation de ses lois et de sa liberté. » Son Altesse Royale peut voir par les adresses unanimes des deux chambres du Parlement au Roi, de quel œil la nation regarde sa situation incertaine et violente.

Le roi espère que le Régent joindra ses instances aux siennes près le duc de Lorraine, pour que ce prince ne permette pas au Prétendant de retourner dans ses États.

Il fait souvenir le Régent de sa promesse de casser les officiers au service de France qui ont suivi le Prétendant; il est persuadé qu'ils ne seront plus employés, et que, s'ils reviennent en France, ils seront punis.

Enfin, l'ambassadeur termine en demandant une réponse par écrit, « laquelle il souhaite fort qu'elle puisse être telle, qui pourroit contribuer à rétablir la bonne intelligence entre les deux nations * ».

Armé de ce document comminatoire, il se présenta au Palais-Royal, sans être admis *. Mais, le lendemain, 10 mars, il se rendit au lever du Régent et obtint une audience. II donna lecture au prince de son écrit, en l'accompagnant d'explications.

Pour tout autre que le duc, la situation eût été épineuse. Mais il prit dextrement son parti de se tourner du côté do la fortune, et cela avec les dehors de sincérité et la bonne grâce qui ne lui faisaient jamais défaut.

La conversation était son triomj)he ^ Il se réjouit dans

1. Lamberiy, Mémoires pour servir à Vhistoire du XVIÎh siècle, t. IX, p. 386, 387. Inutile d'ajouter que ce document esl en français.

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