‹ Le régent, l'abbé Dubois et les AnglaisChapitre 63 sur 209 · Louis XV, qui est toujours censé vouloir et agir · texte numérisé non relu

Louis XV, qui est toujours censé vouloir et agir

vrai aussi, répond le maréchal, que « qui que ce soit n'a pu dire avec vérité que jamais Sa Majesté (Louis XV) ait voulu profiter de cette disposition pour la troubler, ni qu'elle ait accordé aucun secours au chevalier de Saint- George ». On sait au contraire que le Régent a empêché les armements et les embarquements suspects, dès qu'il en a été averti; et la preuve que le prince n'était pas secouru de la France , c'est le dénuement de toutes les choses nécessaires à son entreprise, dans lequel il s'est trouvé en Ecosse.

Suivaient les congratulations de Sa Majesté' sur la parfaite intelligence qui règne entre le roi de la Grande-Bretagne et son Parlement, « puisque ce doit estre le plus solide fondement de la gloire de ce prince et du bonheur de ses peuples ». Le Régent y prendra toujours beaucoup de part; et comme il désire bien véritablement conserver Tamitié de Sa Majesté Britannique, il n'oubliera rien pour lui marquer combien il est sensible aux témoignages qu'il en reçoit.

Ces paroles flatteuses servaient de transition et d'adoucissement au refus d'intervenir auprès du duc de Lorraine. «S.A. R. ne fera aucun office, directement ni indirectement, pour détourner M. le Duc de Lorraine d'accorder aux instances du Roy de la Grande-Bretagne ce qu'il voudra lui faire demander par rapport au séjour du chevalier de Saint-Georges dans ses États. Et comme elle s'intéresse véritablement à la satisfaction de Sa Majesté Britannique, elle verra avec beaucoup de plaisir tout ce qui pourra y contribuer. Mais Son Altesse Royale est persuadée en mesme teaips que le Roy de la Grande-Bretagne ne luy demandera pas de faire auprès d'un Prince sur lequel le Roy n'a point d'autorité, des démarches qu'elle ne pourroit établir sur

Toujours Louis XV.

aucun fondement solide, et qui n'ajouteroient rien à Teffel (les puissantes instances de Sa Majesté Britannique. »

Conclusion : « Des réponses aussi précises et aussi claires doivent faire connoistre quelles sont les véritables dispositions du Roy et ne laissent aussi aucune obscurité sur le désir que Son Altesse Royale a toujours eu de ménager Tamilié du Roy de la Grande-Bretagne, et de contribuer en tout ce qui pourra dépendre de ses soins et de l'autorité qu'elle exerce à rétablissement et au maintien d'une étroite intelligence et d'une amitié parfaite entre le Roy et le Roy d'Angleterre ' ».

Ce langage n'était pas de nature à emporter la conviction. Les Anglais ne prirent pas le change. S'ils en déduisirent, comme symptôme rassurant, que la cour de France n'avait pas intention, au moins dans Fétat présent des affaires, de prendre en main la cause du Prétendant, ni de s'engager dans une guerre pour ses intérêts, ils trouvèrent néanmoins que les ministres français donnaient dr belles paroles parce que les conjonctures n'étïiient pas favorables à leurs intentions réelles; et que, même à travers ces assurances spécieuses d'amitié, la réponse n'était pas médiocrement insuffisante relativement à l'expulsion des rebelles hors du royaume, et aux instances à faire près du duc de Lorraine pour l'empêcher d'accueillir le Prétendant. Leur style évasif montrait sur le premier point que, loin de vouloir décourager les jacobites, ils protégeaient les fauteurs de la rébellion pour entretenir les ferments d'Angleterre et attendre une occasion plus propice d'exécuter leurs desseins hostiles; sur le second point, tout le monde savait que le duc de Lorraine alléguait pour excuse la crainte

1. Correspondance de Stair avec Bubb, Brif. Mus,, EgertotL n* 2111. Lamberty, Mémoires pour servir à Vhistoire du XYllI" siècle^ t. IX^

RÉCLAMATIONS Ul GOUVERNEMENT ANGLAIS. 171)

qu'il avait de la France. En refusant de lui demander de ne pas donner asile au Prétendant, ils avouaient qu'ils ne se souciaient pas de l'éloigner de leur voisinage, voulant l'avoir sous la main pour favoriser ou accroître les troubles qui viendraient à se produire en Angleterre '.

Le ministère anglais avait pour thème que le Barrois étant dans la mouvance de la couronne de France, le roi avait le droit d'y faire acte de souveraineté et d'empêcher le duc, son vassal, d'y recevoir telle ou telle personne : exigence jugée excessive en France, et nullement conforme à la relation féodale. Mais, de ce côté, George I®' obtint bientôt une première satisfaction. Le chevalier de Saint- (leorge, après avoir prononcé au Bois de Boulogne la disgrâce de Bolingbroke, était retourné à Saint-Germain. N'étant plus toléré en France, il regagna son ancienne résidence de Commercy, en Lorraine. Alors le duc Léopold ayant reçu la lettre de George , du 22 février (5 mars), dont nous venons de parler, alla en personne la remettre à l'exilé, et s'empressa d'en informer le roi d'Angleterre *.

Jacques passa en France ettlemeura un peu aux environs de Châlons-sur-Marnc, d'où il tourna ses yeux vers la cité pontificale d'Avignon. Il écrivit (22 mars 1716) au pape Clément XI qu'il n'y avait que ses États où il put trouver un asile tranquille et assuré; et comme un plus long séjour en France lui était rendu impossible, il osait, sans attendre sa réponse, se retirer dans le comtat d'Avignon, avec un

1. Townshend à Schaub, ministre d'Angleterre à Vienne, Whiteliall, '.» (20), 13 (24) mars 1716. Rec. Off., Germany, vol. 202.

2. SUnhope à Stair, lH (30 mars) 1716. Stair i'apers, Oxcnfoord Cas lie, vol. V.

incognito absolu *. En effet, il y arriva sur la fin de mars. Dès le 4 avril, il en informa le pape, en l'assurant de son respect et de son obéissance '. Le saint-père, qui déjà lui avait fourni de l'argent pour l'expédition d'Ecosse, lui permit tle résider à Avignon ou dans toute autre ville de ses Étals, et donna des ordres pour qu'il y fût bien reçu. Mais bientôt des bruits alarmants parvinrent à ses oreilles. Lord Stair l'avait menacé, disait-on, du bombardement de Cività Vccchia par les flottes anglaise et hollandaise, même avec le concours des Turcs '.

En France, les jacobites durent quitter Paris et s'éloigner, sauf Bolingbroke, qui, dans sa situation nouvelle* pensait ne plus donner d'ombrage aux whigs.

Cependant le maréchal d'Uuxelles, outre sa réponse si rèchc au mémoire de lord Stair, ménageait à l'ambassadeur lui-même le procédé le plus désobligeant. Ce fut, au mépris des usages, de i)asser par-dessus sa tête, c'est-àtlire au lieu de lui remettre sa réplique directement, comme au représentant de George I", de l'envoyer à Londres à M. d'Iberville, avec ordre de la remettre au gouvernement britannique. Il n'en donna communication à lord Stair que six jours après. Son but était d'esquiver les observations embarrassantes que l'ambassadeur, avec sa verve redoutable, n*aurait pas manqué de lui adresser; en même temps, de rejeter sur lui la responsabilité de la mésintelligence existante, comme d'un homme avec lequel il n'était plus possible de vivre *.

1. Papiers du cardinal Giiallerio, BriL Mus.^ addUional MamucriptSr n» 20292, fol. 86, 8".

2. l(l,y vol. 20295, fol. 38, 41, 65. H faut dire que, pour celle époque, il n'est pas question, dans la correspondance de lord Stair, de mesures de coercition contre le pape.

3. Stair à Bubb, Paris, 30 mars 1116. Brit. Mus,y Egerion, vol. 2111.

Page 1