‹ Le régent, l'abbé Dubois et les AnglaisChapitre 64 sur 209 · ihid · texte numérisé non relu

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Hais Tambassadeur britannique n'était pas de caractère à rester sur Tespèce d'affront que lui infligeait la pesante malice du maréchal. Il alla droit au Régent. En accompagnant à la cour lord Peterborough qui prenait congé et rentrait à Londres, sans avoir avancé en rien les affaires, il demanda et obtint une audience (21 mars 1716).

Le récit qu'il en a rédigé lui-même en français, sous une forme plus ou moins correcte, intéresse par son allure franche et spirituelle. C'est une piquante scène d'intérieur de la Régence dans ses premières années, prise sur le vif, où Ton voit deux politiques se faire échec réciproquement, celle du Régent et celle du conseil des Affaires étrangères.

Lord Stair dit d'abord au Régent, sans faire aucune allusion au dégoût qu'on avait voulu lui donner, qu'il avait reçu de la main du maréchal d'Uuxelles la réponse à son mémoire ; et il lui en signala un endroit obscur, concernant l'éloignement des rebelles; « que, si je ne me trompois. Son Altesse Royale m'avoit fait Thonneur de me dire qu'elle feroit sortir du royaume ces rebelles condamnez par les loix de la Grande-Bretagne et qu'elle les feroit sortir en très peu de jours, et qu'elle s'attcndoit que le Roy de la Tirande-Bretagne feroit la même chose à Tégard des François en pareil cas ; que ce discours m'avoit paru très rlair; que je Favois mandé comme tel à mon maître; mais que, voyant l'obscurité et l'incertitude de la réponse, j'élois fort en peine d'avoir mandé quelque chose que Son Altesse Royale ne m'avoit pas dit. Il me répondit : « Vous <i no vous trompez point, je suis encore de même sentiment " touchant les fugitifs et j'ay fait dire la même chose au Roy « par M. dlberville, et encore plus fortement. Il est vray

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i< qu'on ne s'est si clairement expliqué dans la réponse, parce «' qu'il faut observer un certain Jecoruin et qu'il y a des « choses sur lesquelles il faut s'entendre. « Au sujet d«' Téloignement des jacobites, lord Stair expliqua que, s'il avait pressé de promptes mesures et une prompte réponse du gouvernement <le la Régence, c'est que les fugitifs se flattaient quVn peu de jours il éclaterait quelque chose en leur faveur ; et que, d'un autre côté, un délai de la part du Régent semblerait indiquer l'envie de voir la réussite de leur projet, avant que de les renvoyer.

Quand on le serrait de près, le duc d'Orléans échappait volontiers par la plaisanterie. Il se moqua du projet des jacobites, comme il avait déjà fait du vivant de Louis XIV. dans un moment où il penchait pour eux. Il assura aussi qu'il avait <lonné <les ordres pour leur départ; et, afin que sa réponse parvînt plus proinptement au roi, il l'avait envoyée d'abord à M. d'Iberville plusieurs jours avant quVlle fût donnée à lord Stair personnellement. Cette explication n'était pas bonne et lord Stair n'eut garde de la prendre pour argent comptant. « Monseigneur, reprit-il, ordinairement on donne les responses aux ministres qui donnent les mémoires. En usant autrement, sans doute on a voulu marquer qu'on n'cstoit pas content de nioy. Monseigneur, si j'avois scu que j*avois le malheur de déplaire h Votre Altesse Royale, j'aurois esté le premier de demander la grâce du Roy mon maître de me rappeller. »•

Saisissant l'instant favorable avec dextérité, il alla au fond des choses. « Nous entrâmes à celle occasion, dit-il, <lans un grand détail touchant toute ma conduite, depuis le commencement de la Régence. Je fis voir à Son Altesse Royale que, s'il y a eu de la mésintelligence, ce n'est pas arrivé par ma faute, mais par celle de quelques-uns de ses

ministres qui avoient travaillé avec beaucoup d*art et d'application à lui donner des mauvaises impressions de moy, et de rompre la bonne intelligence qu'il y avoit, et de m'ôter la facilité que j'avois dans le commencement de lui parler à toute heure, et qu'ayant réussi, ils avoient trouvé le moyen de faire goûter leur projet à Son Altesse Royale, en lui insinuant beaucoup de choses fausses, et en déguisant d'autres sur lesquelles j'aurois facilement pu le désabuser, si j'avois eu la même facilité de l'approcher que j'avois eu dans le commencement de la régence. J'ay illustré ceci par ce qui s'est passé dans TafTaire de la guarantie mutuelle des deux successions, où ces Messieurs détournèrent Son Altesse Royale, d'entrer dans ce projet par des fausses assurances que nous avions déjà pris des liaisons avec les ennemis de la France et que nous ne cherchions qu'à l'amuser par ce traitté. Je fis convenir Son Altesse Royale que tout ce qu'on lui avoit dit à cette occasion estoit sans fondement; et je lui fis convenir que j'avais offert dans ce tems là que ce traitté de guarantie ne paraî- Iroit pas qu'au môme temps avec l'autre traitté qu'on souhaittoit de faire, mais qui ne pouvoit pas se faire alors à cause de la situation où les Hollandois se trouvoient alors. Je fis voir à Son Altesse Royale que, si j'avois eu la facilité de l'entretenir plusieurs fois sur ce chapitre, j'aurois détruit les illusions dont ces ministres mal intentionnés pour l'intérêt de Son Altesse Royale, et l'intérêt du Roy mon maître se servoit {sic) de faire prévaloir leur système qui étoil d'appuyer le Prétendant et le roi de Suède; et je demandai à Son Altesse Hoyale, si elle avoit suivi ses propres intentions et ses propres lumières, si lui ♦•l la France se Irouvoit * à présent dans les inquiétudes et

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