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mars ni6, Sfair Papers, Oxcnfoord Castlc, vol. V

RÉCLAMATIONS DU GOUVERNEMENT ANGLAIS. i87

indispensable de sa sincère intention de maintenir la paix on Europe, et de son entière disposition à vivre en bonne intelligence avec S. M., qu'elle agira franchement auprès, soit du duc de Lorraine, soit de tout autre prince ou Etat en amitié avec le roi, lesquels, en admettant le Prétendant chez eux, pourraient rendre de telles démarches de la part de S. A. nécessaires, et importantes pour le service de S. M. »

Jusqu'à cet endroit la dépêche est de la main d'un secrétaire. A son tour Stanhope prend la plume. Il parle plus haut. Il gronde et ipenace. Lord Stair dira que « S. M. ne croit pas que de se prêter à de tels offices puisse le moins du monde donner atteinte * à l'autorité souveraine de l'Etat h qui on fait cette demande, car cet Etat est libre de refuser ou d'accorder. Mais s'il refuse, tout le monde devra avouer que S. M. sera justement fondée à demander et à poursuivre satisfaction, par tous les moyens possibles. C'est en vue de préserver la tranquillité publique et d'éviter toutes les occasions susceptibles de l'amener à des extrémités contre les princes ou les Etats qui recevraient le Prétendant, qu'elle demande les bons offices de la France, à laquelle il ne saurait être indifférent que son voisin reste en paix *. »

Lorsqu'il s'exprimait ainsi, le ministre n'avait pas encore reru de lord Stair le récit de son audience du 21 mars '. Lord Stair se prépara donc à rédiger encore un mémoire. Son Journal contient la récapitulation des questions ou griefs qui s'agitaient entre les deux cours et sur lesquels il lui était prescrit d'interroger le Régent. Puisque le

1. La dépêche est en anglais, mais ces deux mois, donner atteinte, sont »Mi français.

2. 19 (30) mars 1716. Sfair Vapeis, Oxenfoord Caslle, vol. V.

U. La lettre de lord Slair était du 22 mars; elle ne partit que le 25- >lanhopc en accuse réception dans une dépêche du 28 mars (8 avrih.

Régent dit qu'il observera religieusement le traité d'Utrechl €t ne favorisera en rien le Prétendant, on demande d'Angleterre :

1° Ce qu'il a fait pour Tempêcher d'entrer en France, d'y rester ou de passer dans la Grande-Bretagne;

2* S'il a puni, selon sa promesse, ceux qui ont fait sortir les armes du Havre * ;

3° De quelle manière ont été traités, à leur retour d'Ecosse, les officiers et les cavaliers du régiment de Nugent, qui avaient déserté pour s'embarquer avec le Prétendant et le duc d'Ormond ;

4" De quelle manière le Régent a montré son ressenliment contre les officiers au service de France qui avaient passé au service du Prétendant, ou qui attendaient, à Boulogne et à Calais, le moment de se rendre on Ecosse ;

5^ Si Bolingbroke, qui avait dû recevoir, il y a six semaines, l'ordre de quitter Paris, l'a quitté en eCFet;

6" Si on a saisi les armes qui étaient à bord d'un vaisseau destiné à passer en Angleterre et venu en relâche à Morlaix '.

Aulremcnt dit, le questionnaire d'un examen de conscience à faire subir au Régent, devenu par ses péchés le pénitent des wliigs. Mais il n'était pas au bout de l'expiation.

Cependant l'attitude du coupable et ses paroles à lord Stair, le 21 mars, radoucirent un peu le roi, pourvu qu'il s'ensuivît des effets appropriés : car on n'ignorait pas que la F'rance remuait ciel et terre pour empêcher la Hollande

\. Le Rcgcnl avail fait ilérharger deux vaisseaux et remettre à Tarsenal ilii Havre les armes qu'ils contenaient. Un troisième navire avait ét6 oublié à dessein.

1. Os! avee celle pièce que finissent les extraits du Journal de Stair, publiés par Hardwicke. Ce Journal est une source de renseignements très précieux, el souvent très piquants. l\ est bien à regretter qu'il n*ai]le pas pbis loin.

d'accéder à la ligne défensive qu'il négociait de Londres avec l'Empereur *.

Précisément, l'ambassadeur venait de composer son mémoire (7 avril). Mais il eut la sagesse de n'y pas consigner les menues plaintes dont son gouvernement lui avait fourni l'aigre énumération. Mitigé dans la forme, 1res absolu au fond, il s'en tint à Tobjet principal. Le roi, disait-il, avait considéré avec beaucoup d'attention la réponse du Régent au mémoire qui lui avait été présenté le 9 mars. Il le remerciait d'avoir obligé le Prétendant et ses adhérents à sortir du royaume. Mais il était nécessaire de l'éloigner aussi d'Avignon; et le roi pensait que le Régent s'emploierait auprès des princes étrangers pour les empêcher de recevoir les fugitifs dans leurs Etats '.

Il y avait donc ici deux choses :

i** Renvoyer le Prétendant de l'autre côté des Alpes, mesure réclamée dès le premier mémoire, celui du 14 décembre précédent, Avignon étant tellement enclavé dans le territoire français, disait de nouveau lord Slair, qu'il ne croyait pas que sa cour regardât le Prétendant comme hors de France, tant qu'il serait là. La facilité de continuer ses intrigues et ses correspondances dans la Grande-Bretagne l'tail, à très peu de chose près, la même qu'en Lorraine; et l'expérience avait montré que, pour lui, ce ne serait pas une affaire dé traverser la France, s'il croyait avoir quelque nouvelle occasion d'envahir l'Angleterre '.

2* Empêcher les princes étrangers de recevoir chez eux le Prétendant. Cette exigence introduisait un élément nouveau dans la négociation. Elle n'allait pas à moins que

1. Slanhope à Slair, Whilehall, 28 mars (8 avril) 1716. StairPapers, Oxenf«>ord Caslle, vol. V.

2. Record Office, France, vol. 3i9; et lettre de Stair à Bubb, Paris, -»0 avril 1716. Bril. Mus., Eqerton, vol. 2171.

:J. Lettre à Bubb, Paris, 30 mars 1716. Brit. Mus., Egerton, vol. 2171.

1î)0 LE RÉGENT, L'ABBÉ DUBOIS ET LES ANGLAIS.

(rcnrôler le Régent dans une sorte de croisade contre \v rejeton dépossédé des Stuarts, pour lui interdire de com- [ïagnie Teau et le feu en Europe. Volontiers, George eut fait un devoir au monde entier de se mettre sous les armes contre les revendications de son compétiteur.

Le duc d'Orléans s'en défendit. Il s'excusa de s'adresser au pape, par ce motif qu'il était en mauvaise intelligence avec la cour de Rome. Il exprima néanmoins un grand drsir de conclure une alliance défensive avec le roi et les Étals *. Lord Stair recevait de tous les personnages de la cour tie France, les plus fortes assurances que jamais on n'avait eu la moindre intention d'aider le Prétendant; que ses craintes à cet égard n'avaient aucun fondement *. Lui, <[ui savait à quoi s'en tenir, en concluait seulement que tout au moins on n'avait pas envie de se mêler des affaires de Texilé à Theurc présente. Il se contentait de parler Irrs doucement au Régent du projet d'alliance, en lui faisant voir qu'il continuait à avoir le même attachement pour sa personne et ses intérêts. Il lui insinuait que le gouvernehiont britannique s'était rendu maître du secret de la cour d'Avignon et de celui du parti dans la Grande-Bretagne. « Si je ne me trompe, dit-il, cela produit un très bon effet et fait marcher bride en main '. »

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