Loc. rif., Stanhope à Stair, Whilehall, 19 (30) mars niG
2. Stanhope à Stair, Whitehall, 2Smars (8 avril) 1"16. Slair l*apers, Oxcnf«»ord Castle, vol. V.
i\)i LE RÉGENT, L'ABBÉ DUBOIS ET LES ANGLAIS.
eu France. Son propre gouvernement se jouait de lui et lo trahissait. Ne Tavouait-il pas à lord Stair? Il ne pouvait acquérir d'autorité que par un grand succès au dehors. Ce succès, il Tavait tenté, mais mollement, sans conviction, en tolérant et en contrariant à la fois Texpédition du chevalier de Saint-George. Il avait donc sa part de honte et d'affaiblissement dans la déroute de ce prince ; il en subissait les conséquences devant le public et devant les Anglais. A présent qu'il n'avait plus rien à attendre des jacobites, il revenait à son premier penchant et se retournait vers les hanovriens. Ceux-ci, tout entiers à leurs rancunes, voulaient lier le prêtée. Ils prétendaient qu'il commençât par venir à résipiscence et par capituler : après quoi, ils lui promettaient son pardon, c'est-à-dire l'octroi de' leur alliance. Mais c'était à lui de fournir d'abord des sûretés.
<( La France, disait Stanhope à Duyvenvorde et au marquis de Monteleone, ambassadeur d'Espagne, la France, pendant tout le cours de la rébellion, a montré tant de mauvais vouloir pour le roi, qu'il semble très nécessaire qu'elle nous donne quelque preuve réelle de ses dispositions amicales, avant que le roi puisse songer H entrer dans de nouveaux engagements; surtout que le Régent sait très bien que Sa Majesté, et avant la mort du roi de France, et au commencement de la Régence, a fait toutes les démonstrations possibles de son sincère désir de vivre dans une étroite amitié avec lui. De quel retour a-t-elle été payée? »>
A travers la véhémence de ses plaintes, Stanhope sentait néanmoins qu'il fallait empêcher les émissaires français de répandre en Hollande que l'Angleterre ne voolait pas vivre en paix avec la France.
« Le roi, poursuivait-il, est non seulement en disposition, mais il a le désir d'établir entre la France, l'Angle-
ierre et les États, de bons rapports capables de contribuer à la paix de toute TEurope; il est bien aise que des ouvertures en ce sens aient été faites à M. Duyvenvorde, dont la pénétration découvrira aisément, dans le cours de cetlc négociation, si la France est subitement devenue amie sincère de la succession protestante; ou si, par d'adroits artifices, elle ne songe pas à nous amener, ainsi que les Hollandais, en nous leurrant, à une sécurité qui nous fasse négliger et dédaigner nos amitiés et nos alliances de vieille <late.
« La maxime fondamentale dans Topinion du roi est qu'aucun plan d'alliance avec la France ou de neutralité des Pays-Bas ne doit détourner TAnglcterre et la Hollande de conclure une alliance défensive et une garantie mutuelle avec TEmpereur; ensuite, si la France prouve par sa conduite une intention sincère de bien vivre avec le roi, il s'empressera de se joindre aux Etats pour faire une alliance à cette fin. Mais attendu la rébellion qui a été si récemment soutenue et fomentée par la France el n'est pas encore complètement éteinte, il juge de toute nécessité pour la paix de ses États, que le Prétendant soit envoyé au delà des Alpes ; que les chefs rebelles ne soient pas tolérés en France; et, puisque le désir que la France a exprimé de traiter avec l'Angleterre et la Hollande provient de son désir d'assurer la paix de l'Europe en maintenant rexécution et l'observation du traité d'L'lrechl, le roi juge absolument indispensable qu'elle exécute pour sa part certains articles de ce traité qui intéressent essentiellement la Hollande aussi bien que l'Angleterre, par exemple celui de Dunkerque, au sujet duquel aucune satisfaction ne nous en a été donnée jusqu'ici. »
LfOrd Stair, à qui cette dépèche était adressée, recevait
mission de faire entendre ce langage en toute occasion au Régent ou à l'un des ministres français '.
Si le gouvernement britaunicpie parlait de ce ton tranchant, c'est qu'il avait conscience de la force croissante qu'il acquérait au dedans du Royaume-Uni, grâce à sa vigueur et à son esprit de suite.
En pleine crise, il accomplissait un progrès décisif de stabilité par Tacle septennal, qui porta la durée du Parlement de trois à sept ans. La durée de trois ans avait été fixée par Tacte triennal de 1694. Les élections de 1715 avaient envoyé aux Communes une majorité whig très compacte. Mais l'impopularité encourue bientôt par le caractère étrange du roi, les troubles et Tinvasion du chevalier de Saint-(ieorge, l'exaspération réciproque des partis, whig, tory, jacobite, les mesures violentes prises par le gouvernement dans l'intérêt de sa défense, avaient causé tant d'irritation qu'il y avait lieu de craindre, au renouvellement prochain des Communes, le triomphe d'une formidable opposition, peut-être même une majorité jacobite. Afin de parer à ce danger, le ministère fit proposer de porter le mandat des députés dos Communes de trois à sept années et de proroger en conséquence le mandat de la chambre existante. Le bill septennal, porté en premier chez les Lords, qui l'adoptèrent, fut voté par les Communes le 26 avril (7 mai) 1716. Cet acte eut pour effet do soustraire aux fluctuations de l'opinion, non seulement le ministore whig, mais, plus encore, la succession protestante oMo-niènK*. Le trône chancelant de la dynastie hanovrionno s'affermit à hi faveur de l'abri tutélaire du
I. Suit l;i pn»scrii>ti<m, mentionnée plus liaul, de ne pas entamer le priMuier ro discours avec eux, puisque M. dlberville n'en a rien dit à Londres. Stanhnpo à Stair, Whiteliall, 28 mars (8 avril) 1716. Stair i*ri/w?r.«. Oxenfooiil Castl**, vol. V.
Parlement, d'où il délia les attaques illégales. La nation eut ainsi le temps de s'habituer ix ses nouveaux maîtres. Les députés y gagnèrent en indépendance, parce qu'ils furent délivrés de la préoccupation des trop fréquentes échéances électorales. L'importance de la chambre des Communes s'en accrut. Le régime parlementaire acquit plus de consistance et de force; et il entra dans une voie de progrès illimité *.
Cette mesure couronna les autres résolutions dont il a été parlé plus haut, beaucoup moins avouables, actes de répression et de vengeance qu'on voudrait oublier, tandis que celle-ci bâtissait pour l'avenir et allait prendre une place digne de mémoire dans l'histoin* des institutions nationales.
Le profit le plus direct en fut recueilli par les whigs, initiateurs de cette réforme. Ils pesèrent d'autant plus sur le Régent *. Stair, fatigué de piétiner sur place, exposé aux espiègleries de la vieille cour, avait demandé un congé à son gouvernement. On le lui refusa et on lui enjoignit, puisque la cour de France faisait des avances pour traiter, de demander, préalablement à toute négociation, pleine satisfaction sur ces trois points : Dunkerque', le renvoi du Prétendant en Italie, l'interdiction de la France aux rebelles.
Le style des ministres anglais se rapproche de celui des sommations. « Sa Majesté, écrit Stanhope, a déclaré