I. Veuve de Jacques H
tranquillité de l'Europe; que la prudence deinandoit qu*oii se mît à couvert contre les entreprises (|ue la France pourroit former dans la suite du temps, semblables à celles qu'elle a formées par le passé et que cette précaution juste et raisonnable n'empêcheroit pas qu'on prît des mesures avec la France pour n'avoir rien à craindre des entreprises que des autres puissances pourroient former. »
En Tmissant cette conversation, le duc d'Orléans approuva le bill septennal et dit que certainement les mécontents songeraient tout de bon à rentrer dans le devoir.
Malgré ce compliment, pauvre rançon de ses inconséquences, il sembla à Stair que le prince lui avait parlé avec plus de froideur et de retenue qu'à l'ordinaire *.
Il y avait de quoi. Le prince se voyait attaqué, presque forcé dans ses derniers retranchements. Les jours suivants, il essaya de se dégager et d'en venir à une négociation en forme. Par le conseil du duc d'Aumont qui brûlait d'être ambassadeur à Londres , le maréchal d'Huxelles se montra moins récalcitrant et mieux disposé à écarter le plus promptement possible ce qui pouvait faire obstacle au traité *. Deux jours après (8 mai), le Régent dit à lord Stair qu'il était résolu à ne pas perdre de temps; et il lui communiqua un projet écrit : le traité d'Utrccht servant de base à la garantie de la succession ])rotestante et aux renonciations, avec stipulation de secours mutuel, le cas échéant; renvoi du Prétendant hors d'Avignon ; interdiction du séjour de France à ceux de ses partisans déclarés rebelles (en Angleterre), réduction du nouveau canal de Mardick à des écluses qui ne
1. Slair à Slanhope, Paris, 2 mai 1716, en français. — Stair Paperf, Oxenfourd Castie, vol. III, B.
2. Stair à Stanhope, Paris, 6 mai 1116. Stair Paperf^ Oxenfoord Castie, vol. m, B.
pourraient recevoir que de petits navires. Si ic roi, poursuivit le Régent, était d'avis dVntrer dans un traité ainsi conçu, le Prétendant serait renvoyé d'Avignon avant la signature.
Lord Stair répondit qu'il était sûr que le roi avait rintention de faire un tel traité, et, il le croyait, dans les conditions mêmes qui venaient d'être énoncées; mais il croyait aussi le roi décidé à ne pas commencer à négocier avant que le Prétendant fût en Italie. Au reste, ajoutat-il avec un certain dédain, il allait envoyer ce papier en Angleterre, si Son Altesse Royale le jugeait à propos. Le Régent, en veine d'humilité, répondit affirmativement. Il dit aussi qu'il ferait savoir tout de suite à Saint-Germain que le Prétendant devait songer à quitter Avignon; et au pape, quelles raisons rendaient le choix de cette ville incommode et fâcheux pour la France *.
Le maréchal d'Huxelles, de son côté, parla à lord Stair avec beaucoup de douceur, une grande envie de voir conclure l'alliance défensive, et d'éloigner au plus tôt le Prétendant ainsi que ses adhérents, fallùt-il les contraindre. Le Régent affirma de nouveau que sa résolution /îtait prise. Lord Stair pouvait mander au roi que, de gré ou de force, il ferait sortir le Prétendant d'Avignon et ne permettrait à aucun des rebelles de rester en France; il avait fait prier la reine à Saint-Germain de disposer son (ils à passer en Italie. Quant à la cour de Rome, le pape ayant manifesté des inquiétudes au sujet des préparatifs qui se faisaient à Port-Mahon ', comme s'ils étaient destinés contre lui, il avait chargé le cardinal de la Tréinouille de lui dire que cela était vraisemblable, à cause
4. stair à Stanhope, Paris, 9 mai 1716. Stair Papers^ Oxenfoord Caslie, vol. in, B.
2. Dan» l'ile Minorque, ct'Miéc aux Anglais par la paix (rilrcchl.
i(X) LE RÉGENT. LABBE DUBOIS ET LES ANGLAIS.
qu'il avait reçu le Prétendant à Avignon; et que le moyen le plus sur de ne se |>oint attirer de mauvaise affaire était de le retirer de là '.
Mais le duc avait beau dire et beau faire. Il perdait sa peine auprès de George I". A ses avances, invariablement lord Stair opposait qu'il avait les mains liées par les instructions de son gouvernement; que les trois articles devaient être préalables, et non point partie intégrante «lu traité *.
Il est certain aujourd'hui, d'après les correspondances des ministres anglais, qu'une fois ce passage franchi, ils auraient acquiescé à Talliance sincèrement; et que défaire de la concession des trois points la seule voie pour parvenir au traité, cela ne cachait ni arrière-pensée ni piège. Mais dans Tétai de défiance réciproque ou l'on était, le Régent pouvait-il risquer l'affront d'un refus à la dernière heure? Il demandait où était la garantie qu'après avoir satisfait le roi et renvové le Prétendant au delà des Alpes, l'alliance s*ensuivrait sans autre obstacle. N'est-il pas juste aussi de dire qull eût été indigne de lui, comme de la France, d'entrer dans cette alliance, non sur le pied d'égalité, mais par une porte basse, après une sorte dt»pénitence publique, en aliénant à la fois son libre arbitre et son honneur? Déjà même, à Vienne, la cour impériale le considérait comme assez dompté pour le sommer, par un mémoire en date du 1" avril (1716), d'avoir à expulser de France le rebelle hongrois, Rakoczy, que Louis XIV avait recueilli quelques années auparavant '. A plus forte raison, que deviendrait-il, si, d'un autre côté, Geoi^e P' réussissait à remettre sur pied, sous couleur d'alliance
1. Lord Stair à Stanhopc, Paris, iO mai 171C. Jd., ibid,, en français.
2. Du même au même, Paris, 20 mai 1716, en français. Id,, ibid. :\. Sfair Pap^rs, Oxenfoord Castle. vol. VII.
EMBARRAS IK' RÉGENT. iOl
défensive, la vieille ligue entre TAngleterre, TAutriche el les Pays-Bas? Le roi lianovrien y travaillait avec opiniâtreté pour tenir en bride, par la crainte de la guerre générale, cette France donl on persistait, au delà de la Manche» à tant redouter Tambition et les forces. Appuyé d'une part sur les États-Généraux, ses alliés en tout état de cause; d'autre part, tendant la main à l'Autriche et aux anciens amis dont rEmj)ereur était le chef^ conformément au 02* article de la Grande-Alliance *, tout fier d'extorquer au Régent la concession préalable des trois points, h' recevant alors par grâce dans sa clientèle, dernier venu parmi les membres de ce système hybride, il reconstituail la coalition. La France, reléguée au quatrième rang, retombait sous le coup de la défaite dont les tories l'avaient relevée et où les whigs la rejetaient.
Quelle situation alors pour le duc d'Orléans, toujours exposé, malgré sa soumission, aux soupçons d'une cour ombrageuse, simplement admis à la suite, annulé au milieu des ennemis permanents de son pays! Quelle expiation de sa politique double et incertaine !
Il devenait évident qu'il n'y avait plus rien d'utile à tenter à Paris devant l'attitude de lord Stair, attitude dont il n'était pas en son pouvoir de se départir. Pour échapper aux fourches caudines, pour forcer el emporter une position si bien gardée, le duc d'Orléans n'avait plus d'autre ressource que de la tourner par la voie indirecte, nous voulons dire la Hollande. Le problème consistait à empêcher cette république de servir de lien entre l'Angleterre et l'Autriche, comme par le passé, cl à obtenir qu'elle formât avec la France et TAngleterrc une alliance séparée.
I. Expressions d'Horace Walpole, parlant en Hollamli» aux Dèputé*i p«»ur les alTaires étrangères. 11 s'agit de la Grande-Alliance de 1702. Horace Walpole à lord Townshend, la Haye, 29 mai 1116, en français. Record Officty Uolland, vol. 373. '