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CHAPITRE XI

VIVACITÉ DE L.\ LUTTE EN HOLLAiNDE

Nous avons vu comment, en Hollande, à force de dex: ^ lérilé et d'insistance, M. de Gh&ieauneuf avait apaisé 1(*^ haines, calmé les inquiétudes, constitué un jiarti français* en rangeant de son côté les amis de la paix. Les homme 2=* considérahles de Hollande étaient flattés qu'on les recher-^ châl. Ils n'étaient pas sans se rendre compte de raflfai-^ blissement de leur patrie, de la terreur que la moindres éventualité de guerre y suscitait. Néanmoins ils tenaient & ce qu'elle demeurât le centre des grandes afTaires de TOc-^ rident ; et ils savaient gré des égards qu'on leur marquait -

La grande majorité des Etats et des villes demeurai^ acquise à la politique de l'Angleterre. Mais la première? ville du pays, Amsterdam, métropole du commerce ^^ i\o la richesse nationale, rompit avec la routine de Tani— mosité systématique et aveugle contre la France. Ell^^ proposa que l'on entamât, en les menant de front, pou *" les terminer simultanément, ce qu'on exprima par la foi — mule aimul et semel, deux négociations d'alliances défef*' sives : l'une, entre l'Angleterre, l'Autriche et les Ëtati^;

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Tautre, entre rAngleterre, la France et les Etats; Tune et l'autre avec les précautions convenables pour ne causer d'ombrage à aucune puissance; et pour assurer les droits de la succession protestante en Angleterre, au profil de George P"", aussi bien que \e bénéfice des renonciations d'Utrecht en France, au profit du duc d'Orléans *. On se souvient que, dans les conseils de la république des Provinces-Unies, Etats généraux, assemblées provinciales, conseils des villes, les délibérations ne se prenaient qu'à l'unanimité, et que tout ce qui se rapportait aux relations extérieures devait passer d'abord par le comité ou les députés des Affaires étrangères. D'habitude, renlètement hollandais ne se laissait pas facilement entamer ni convaincre. Amsterdam, si opulente et si justement fière du dévouement par lequel elle avait sauvé la patrie de Tétreinte de Louis XIV en 1672, se confiait en elle-même et ne craignit pas d'opposer son avis à celui des autres provinces. Elle commençait aussi à s'apercevoir que,, dans la dernière guerre, elle avait travaillé à accroître à ses dépens la marine et la concurrence des Anglais qui venaient accaparer son commerce jusque dans ses eaux mêmes. L'énergie de son opposition tint tout le monde en échec. Elle paralysa le mauvais vouloir de George P*" contre le duc d'Orléans.

Horace Walpole s'évertuait à stimuler le Pensionnaire, c'est-à-dire Heinsius, par la peinture des torts du Régent vis-à-vis du roi, qui lui avait fait tant d'avances pour obtenir son amitié. La France, disait-il, n'avait pas autre chose en vue que d'empêcher la conclusion de l'alliance avec l'Empereur. Elle espérait, de cette double négociation suivie parallèlement, des occasions de chicanes, d^intri-

1. Horace Walpole à lord Townshcnd, la Haye, ii mai 1716. Record Office, Holland, vol. 3"î).

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gues, (le délais, des moyens de brouille entre TAnglelcrre et rAutriche. Les convenances, les égards dus à l'Empereur, un vieux et naturel allié, et aussi bien la dignité du roi et la sécurité de ses royaumes voulaient qu'on finît d'abord Talliance avec l'Empereur, pour tenir la France en respect, et afin que le roi fût assuré d'obtenir d'elle des conditions de nature à réparer le préjudice qu'il avait déjà souffert el à écarler toute appréhension de trouble dans Tavenir, etc.... Cependant, de peur de rebuter Heinsius s il no lui énumérait que des griefs, Walpole ajoutait que lo roi n'était j^as sans se rendre compte des avantages qu'il trouverait h entretenir des rapports de confiance et de bonne amitié avec le Régent, puisque, depuis son avènement à la couronne, il avait tout employé pour y réussir; qu'il y était toujours disposé; mais qu'il fallait que ce fût à des conditions honorables et sures pour lui et son peuple, tandis ({u'à la manière dont l'affaire était engagée, il était visible que les Français, par leurs artifices ordinaires, se rendraient les arbitres de la négociation.

Heinsius, sans se laisser ébranler, répondit posément qu'il était impossible d'amener les Ëtats de Hollande à s'accord(îr sur une autre base ; que la crainte de nouvelles diflicultés, les dissentiments et les jalousies intestines au sujet de rEmpereur et de la France, leur avaient su^éré cette résolution, afin de concilier toutes les opinions et de dissiper tout malaise et tout ombrage. Au reste, on donnerait dans le traité satisfaction suffisante au roi et sécurité pour Tavenir.

Le Pensionnaire communiqua aux députés des autres provinces les résolutions des Etats de Hollande, afin qu^ils informassent immédiatement leurs provinces respectives *.

1. Hurua; Walpolr à Ion) TowiisIkmhI. la Haye, o mai 1716. Record Office, Ihllaiiff. vol. 37.*;.

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Dans cette conjoncture, Fambassadeur de France ne pei:dit pas de temps. Deux jours après la conversation <l'Horace Walpole avec Heinsius, M. de Gh&teauneuf alla, par ordre de sa cour, « notifier au Pensionnaire, que si l'Angleterre et la Hollande voulaient entrer en négocialions avec la France, elles trouveraient toutes les facilités imaginables de la part du Régent à faire tout ce qu'elles pouvaient raisonnablement attendre de lui pour la garantie de la succession des deux couronnes, et que même TEmpereur pourrait en être content, s'il le voulait ». Il tint le même langage au président de semaine des Etats de Hollande. Le président et le Pensionnaire avouèrent sans difficulté à Horace Walpole que cette déclaration en termes généraux était insuffisante; mais ils maintinrent qu'il no fallait rien précipiter, eu égard à la faiblesse et à la nature de leur gouvernement; qu'en suivant la négociation, les véritables intentions de la France se découvriraient indubitablement. Ils avouèrent aussi, sans en être scandalisés, qu'ils voyaient bien que la France cherchait à empêcher l'alliance avec l'Empereur; mais ils persistèrent dans l'opinion qu'elle était disposée à faire un traité avec le roi et les Etats. Heinsius ajouta qu'il croyait qu'avant de •traiter, il fallait que le Régent donnsit une réponse plus claire sur les demandes du roi; qu'on réglerait entre le roi et les Etats les articles nécessaires qui devraient faire partie du traité avec la France *. Ici perçait le désir des Hollandais de continuer à attirer chez eux les grandes délibérations de l'Europe. La Haye ne voulait pas abdiquer sa primauté diplomatique au profit de Londres ou de Paris. La France ne pouvait que gagner à continuer cette tradition.

\, Horace W'al|)Olc a lord Townshcinl, la Haye, s mai 1716, en fraiu;ais. Hecord Office, HoUand, vol. :j73.

Le Pensionnaire jugeait d'ailleurs que les affaires du roi étaient maintenant sur un assez bon pied, qu'il n'y avait rien à craindre directement de la France et que celle affaire ne demandait peut-être pas à être expédiée si proinptemenl. Walpole comprit que Heinsius redoutait par-dessus tout les disputes des partis dans les conseils de la Uépubliqne : « Ainsi, dit-il, le bon vieillard ^ est assurément embarrassé pour employer toute son habileté afin de réunir, s'il est possible, tous les avis; c'est pourquoi il serait bien aise ([u'il plût à Sa Majesté de rabattre quelque chose de la rigueur des ordres qui m'ont été envoyez '. »>

Horace Walpole prit sur lui d'ajourner un peu en attendant (pie Duyvenvorde fût de retour de Londres. Stanhope se déliait de celui-ci et de son ardeur pour les affaires. Cependant, Duyvenvorde, rentré à la Haye, se montra plutôt dans son rapport aux Etats généraux (12 mai 171(>) l'organe de George I". Il exposa comment le roi étail résolu d'entretenir une entière confiance et amitié avec la llépubli(|ue, et comment il souhaitait, dans l'intérêt commun, la t'onclusion d'une alliance avec TËmpereur. Une fois (*ett<^ im[»ortante affaire terminée, il serait prêt à entrer de concert avec les Etats dans des alliances avec les autres puissances ipii auraient di^ semblables et bonnes intentions [^our maintenir la tranquillité et le repos de l'Europe '\

Le moment d'agir était venu pour la France. L'arme favorite des ministres britanniques étant de l'accuser de se renfermer dans une vague phraséologie, le gouvernement du Régent sentit la nécessité d'être plus précis et de donner un corps au litige diplomatique. Déjà, le 8 mai, le

1. Antoine Heinsius, iw vers iOH. avail alors soixanlc-quinzc ans.

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