‹ Le régent, l'abbé Dubois et les AnglaisChapitre 72 sur 209 · ibid · texte numérisé non relu

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3. Horace Walpole à lord Townshend, la Haye, iû mai 1716. Texte anglais avec version franeaiso. f?r«;. Off,, HoUantf. vol. 3"3.

duc d'Orléans avait remis des propositions concrètes à lord Stair qui, nous l'avons vu, n'avait pas paru y attacher d'importance. Le 19, il les fit passer en Hollande à M. de Ghàteauneuf. Ce dernier s'empressa de les communiquer au Pensionnaire et de l'informer que le roi de France désirait faire une alliance défensive avec le roi d'Angleterre, en adoptant comme base le traité d'Utrecht, ol la garantie mutuelle des deux successions et des renonciations. On fixerait les forces militaires à fournir par chacun des contractants pour leur défense réciproque. Quant au chevalier de Saint-George, il serait facile de calmer les susceptibilités de la nation anglaise, attendu que le vM de France était résolu, sur ce point, à faire tout ce qui serait compatible avec sa dignité. Relativement à Mardick, quoique le canal ne servit qu'à l'écoulement des eaux et ne fût pas un port fortifié, ni destiné à l'être, on concerterait des mesures pour en rendre l'entrée et la sortie impossibles aux vaisseaux de guerre. Le roi de France désirait l'adjonction des Etats à cette alliance; et il donnerait sa garantie au traité de la Barrière, car il ne souhaitait rien lanl rjuo les Etats jouissent de la pleine et «•litière possession de ce traité.

La démarche de M. de Ghàteauneuf produisit un très «rrand effet. Inulilenicnl Horace Walpole taxa cette communication de généralité vide et d'équivoque : Ghàteauneuf garda Tavanlage. 11 était, de l'aveu de Walpole, si habile et si insinuant que beaucoup de gens croyaient à la sincérité des Français et soutenaient que leurs avances étaient de nature à déci<ler le roi et h's États à traiter avec «'ux, tout au moins à différer l'alliance avec l'Empereur jusqu'à ce que Vnn sut où la France voulait en venir \

1. Horaro Walpole à lunl Townshend, la Haye, 2G mai 1710. Heconf Office, Ifollanil, vol. ar*..

George ne se laissa pas encore émouvoir. Walpole harangua en son nom les députés pour les Affaires étrauirères (29 mai) : le roi se flattait, leur dit-il, que les États (|ui avaient eu tant de temps pour considérer son projet d'alliance défensive avec l'Empereur, étaient prêts à y entrer: que si, par malheur, ce que Sa Majesté ne pouvait rroire ni soupçonner, ils n'étaient pas disposés à concourir avec elle dans cette affaire, elle en aurait un ('xtrème dé])laisir, désirant aller en toutes choses avec eux, du même pied, la main dans la main. Mais, en ce cas, la nécessité de ses afi'aires l'obligerait de finir le traité avec l'Empereur. Sa résolution était de conclure cette alliance do concert avec les États en premier lieu et indépendamment de tout traité avec aucun autre prince. Gela fait, il serait prêt à entrer dans une alliance défensive avec tout autre prince ou État qui s'y montrerait sincèrement disposé *.

Les députés pour les Aflaires étrangères se contentèrent <le répondre aux instances pressantes de l'ambassadeur anglais qu'ils rendraient compte aux États de cette conférence. Ileinsius la mit par écrit, pour l'envoyer aux provinces, en exhortant celles-ci à hâter le plus possible leur projet de résolution sur l'alliance défensive avec l'Empereur; et il fil remettre son rapport aux Etats de Hollande alors en session. Les nobles y adhérèrent sur-le-champ. Mais lo pensionnaire d'Amsterdam opina encore pour un délai. Ce fut lui qui l'emporta. On convint de prier Horace Walpole d'employer ses bons offices auprès du roi pour en obtenir de ne point précipiter la conclusion du traité avec l'Empereur sans eux.

1. Iloruce Walpnle à lord To\vnshcn<l, la Haye, 29 mai HIC. Rec, Off., llollatiil. vol. :no. — Du même à lord Stair, la Haye, 29 mai 1716. Stair Pnpers. Oxenfoord Castle, vol. VI.

Châteauneuf, de son côté, remit à Walpole une copie (les conditions offertes par la France, telles que nous les avons énumérées tout à Theure, sauf qu'il y était dit catégoriquement qu'on obligerait le Prétendant à sortir d'Avignon et à se retirer au delà des Alpes, pour ne jamais revenir en France; et, comme preuve de sincérité, on exécuterait cette condition entre la signature et la ratification «lu traité. Voilà, concluait Walpole (5 juin), les conditions que M. de Châteauneuf a communiquées au Pensionnaire et à M. Duyvenvorde. Ils s'efforceront de transporter la négociation ici ^

Qui plus est : ils allaient y parvenir, mais non sans peine.

Un incident, à Paris, venait encore d'aigrir la mauvaise humeur des Anglais. Le nonce Bentivoglio, dans un mémoire par lui remis publiquement au duc d'Orléans, avait traité le Prétendant de roi d'Angleterre et tenu un langage offensant pour l'ambassadeur britannique, sans que le duc parût y prendre garde. « Le roi veut croire, dit Stanhope, que le Régent qui a laissé passer cela, a été distrait '. » Peut-être, mécontent comme il était des Anglais, sa distraction avait-elle été volontaire.

Cependant de l'autre côté de la mer, l'orage s'amassait. Déçu par les lenteurs calculées des Hollandais et les pro-

\. Horace Walpole à lord Townshend, la Haye, 29 mai, 2 juin 1746, en français. Record Office, UoUand, vol. 375. — Du même à lord Stair, la Haye, 29 mai, 5 juin 1716. Stair Papers, Oxenfoord Castlc, vol. VI.

2. Stanhope à SUir, Whitehall, 21 mai (1" juin) 1716 {Stair Papers, Oxenfoord CasUe, vol. V). Le Régent demanda ensuite au pape, sans Tohtenir, le rappel de Bentivoglio. Davenant, ministre anglais à Florence, ix lord Stair, 2, 31 juillet 1716 {Stair Papers, vol. VI). Saint-Simon a tracé un portrait peu flatteur du nonce, t. XIII, p. 410.

j^rèsde la faction française, devant lesquels son plan d'alliance à trois, Angleterre, Autriche, Etats-Généraux, allait se dérobant comme un mirage, George P' se rongeait d'impatience. Peu à peu, il en était venu à l'idée de si^nier seul avec les Autrichiens. Enfin, il donna cours à un de ces momements de colère froide auxquels il étaii sujet. Par son ordre, lord Townshend et Stanhopc terminèrent rapidement avec le ministre impérial, comte Volkra, le pacte d'alliance défensive et de garantie réciproque, qu'il avait retardé jusque-là dans l'espoir d'y rallier la République. Le jour même où, à la Haye, le pensionnaire d'Amsterdam réclamait encore un ajournement, TAngleterre et TAutriche signaient à Londres le traité de Westminster (25 niai-o juin 1716). La partie essentielbî résidait dans l'article IL « L'unique but de celte allianc<' est de se défendre l'un l'autre et de se maintenir dans la possession de ses provinces et droits dont chacun jouit actuellement. Si l'un des alliés est hostilement attaqué, l'autre s'engage à lo maintenir contre tous agresseurs dans les mêmes honneurs, dignités, royaumes et droits qu'il possède en Europe dans le temps de cette alliance, et dans ceux qu'ils s'acquerront d'un commun consentement pendant qu'elle durera; comme aussi h lui procurer une just«' satisfarlion pour lo tort qu'il aurait souffert *. »

En ce qui concernait les Etats, le protocole était laiss*'» >uvort avec faculté pour eux d'y accéder.

1. Tradiiolion franraisf.' du texte latin dans Lamberty, L IX, p. 4'îl^ Texte latin dans Du mont, l. VUI, p. 477. Ces acquisitions qui se feraiciii dim commun accord visaient probablemenl les remaniements territoriaux en Italio, au moyen desquels George I«' comptait faire accepter à l'Kmpi*reur les articles de la [>aix d'L'lrecht qui conservaient l'Kspagne au du*d*AnJou. Cela est si vrai quMl est stipulé ({uc la garantie ne s'étend |»a^ aux guerres entre rKmpcreur et les Turcs. 11 est très certain que George ne rêvait pas d'agraudisscmeni au deUi des évôchês de Brème et de VerdiMi qu'il tenait déjà; mais on allait tirer parti contre lui de l'extrême généralité des termes.

La rudesse incivile du procédé du roi surprit el choqua les Hollandais, quoiqu'ils n'eussent pas tout à fait lieu de s'en étonner. Le Pensionnaire, quand Horace Walpole lui communiqua une copie du traité, dit sèchement qu^I ne voyait pas quelle utilité il en pouvait tirer '.

Les affaires de la France n'y perdirent pas, quoique, au premier abord, George parût s'être rapproché du rôle d'arbitre de rOccident, auquel lui et ses ministres aspiraient. Us le firent sentir au duc d'Orléans avec la raideur et le ressentiment de Tamitié trompée. Mais, par compensation, les Hollandais n*cn furent que plus rétifs. L'ambassadeur français en tira parti savamment.

M. de Chàteauneuf prit texte de ce traité de W'estminster, si désagréable aux Hollandais, pour soutenir que, si Ton ne voulait pas que sa cour y entrât, du moins les Etats ne pouvaient pas^refuser de faire pareillement une alliance à part avec la France. Afin de retarder leur réponse sur leur accession au traité de Westminster, il courait de porte en porte chez les membres des Ktals. 11 leur représentait le peu de cas que l'Autriche faisait do la République dans l'aiïaire de Bonn. Il les prenait par Tamour-propre : N'étaient-ils pas souverains , libres de faire telle ou telle alliance à leur plaisir? A ce lanfra^»^e, les revêches, c'est-à-dire ceux qui regimbaient à la triple alliance, d'Angleterre, Autriche et Hollande, redoublaient de ténacité dans leur opposition '.

1. Horace Walpole à lord Townshend, la Haye, 9, 23 juin 1710. Hn\ 0/f., Bolland, vol. 375. — Lord Townshend k Horace NValpolo. Whileha'l, •> (16) juin 1716. Stair Vapevs^ Oxenfoord Castle, vol. V.

2. Lamberty. MémoU^s pour servir à t histoire du XVIll*' .sii^lr. l. |\. I>. m, 304.

±\i LK llK(iKNT. L*ABBK DUBOIS ET LES ANGLAIS.

Une guerre de plume s'engaga, à coups de pamphlets en langue française. Les revéches lancèrent un mémoire intitulé : « Considérations sur le dunger présent de la Ilépvhlique par rapport au Traité de la Garantie respective de tous Titres, Droits, Etats, Pais, conquêtes faites et à faire, déjà conclu entre TËmpereur et le Roi de 'la Grande-Bretagne , avec instance aux Seigneurs Ëtats-Généraux à\ entrer dans le terme prescrit par leurs Majestez Impériale et Britannique. »

Les Autrichiens répliquèrent sous forme d'une « Lettre d'un gentilhomme Allemand à un ami en Hollande, au sujet d'un écrit qui a pour titre Considérations sur le danger présent de la République, etc. * ».

La riposte ne se fit pas attendre. Il courut un écrit dont on passait de nuit des exemplaires sous les portes des lirincipaux personnages de la République. Par les tours (|u*on y donnait, par les subtilités mises en usage, par les sophismes captieux, quoique adroits, de cet écrit, on inféra qu'il avait été forgé sur l'enclume de la France *.

Il avait pour titre ; Lettre de A\ A', député de la Provincf de :V. \. à Mr, A'. X, député de la Province de A^, A'., le 1 i d'avril 1716- On Tavait antidaté ^ pour lui donner Tair d'une réponse au mémoire du 9 mars, de lord Stair au Régent, mémoire que Ton avait distribué en Hollande, et à celui d'Horace Walpole aux États, également du 9 mars *.

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