‹ Le régent, l'abbé Dubois et les AnglaisChapitre 74 sur 209 · Leurs Hautes PuissancoA · texte numérisé non relu

Leurs Hautes PuissancoA

âii LE RKGEX'T, L ABBÉ IH.B01S ET LES ANGLAIS.

reur sVxécule : el, pour adoucir la chose. Ton dit : il ne faut pas se brouiller arec TEmpereur. Ce langage n'est point nouveau pour nous. On a pris soin de nous y accoutumer pendant les douze années de la dernière guerre. »

Outre la Barrière, quels fruits la République a-Uelle tirés d*avoir mis la France à deux doigts de sa perte, entretenu cent vingt mille hommes, des flottes, pourvu aux frais des sièges de Flandre, fourni des subsides à des princes? Elle est arrivée à un épuisement total; les alliés ont élevé leur puissance sur ses ruines; ses voisins sont devenus plus redoutables pour elle par rabaissement de la France, et beaucoup plus jaloux que les Français de son agrandissement et de son commerce.

L^auteur de la lettre insistait ensuite sur ce qu'il y avait de vague et de périlleux pour la Hollande dans la garantie demandée par l'Empereur pour tous ses Ëtats et tous ses droits, alors que, depuis la paix, il n'avait été occupé qu'à augmenter ses troupes. Il entraînerait la République dans la guerre à sa volonté, en attaquant la France par les Pays-Bas *.

Le roi d'Angleterre demandait les mêmes garanties que l'Empereur, dans les mêmes termes. Cela ne pouvait pas regarder la succession à la couronne en Angleterre, puisque c'était fait et rempli. Il s'agissait donc des nouvelles acquisitions du roi en Allemagne, et par conséquent, d'une guerre contre la Suède. Or, était-il avantageux à la République que le roi fût maître de l'Elbe et du Weser, où il exigeait des droits à la dernière rigueur sur les vaisseaux hollandais et où, sous prétexte de les visiter, on les rete-

1. Les Cotisidérations sur le danger présent de la République avaient fait ressortir que ce n'était plus la France qui aspirait à la monarchie universelle ; c'était l'Autriche qni en menaçait l'Europe avec ses prétentions I»crsi8tantes sur la monarchie espagnole.

liait des quinze jours, en dépit des plaintes du résident de la Képublique à Hambourg?

« Nous avons aidé le roi. Il est notre ami, disons-nous, il faut le favoriser en tout. » — « Le meilleur ami des Anglais est le commerce, et lorsqu'ils peuvent le faire fleurir à nos dépens, c'est pour eux une double satisfaction.... Nous les aidons à nous perdre, et ils nous ruinent à Tombre de mille protestations d^amitié. »

« Nous devons cultiver Tamitié du roi, mais nous devons en éviter la dépendance. »

Et ici, Técrivain revenait sur la question de commerce, si cuisante pour les Hollandais, les produits de leurs manufactures interdits en Angleterre, tandis que leurs ports étaient ouverts, et aux produits des manufactures d'Angleterre, et aux marchandises que les Anglais transportaient des Indes en Europe; Textension du commerce des Anglais dans le monde entier et leur Àpreté à exclure celui des autres * .

« Les Anglais veillent à leurs intérêts; veillons aux nôtres.... Nous ne devons pas conclure Talliance proposée par l'Empereur et Sa Majesté Britannique, tendant directement à nous jeter dans une nouvelle guerre, pour des intérêts absolument étrangers à la République. »

« Le roi et TEmperour ne veulent pas la guerre, nous dit-on. Je n'en sais rien. »

Ils se rejettent sur la France , selon eux , la puissance suspecte et dangereuse.

L'auteur raille cette manie surannée d'accuser celle-ci de torts imaginaires. « Il faut pourtant, dit-on, se liguer

1. Les Considérations sur le danger présent de la Républiffuc avaionl énoncé que le commerce hollandais dans la Baltique était tombé des deux tiers depuis que les Anglais y avaient établi le leur. « Déjà presque tout lo trafic d'une nation h une autre est dans leurs mains. Môme dans Amsterdam, le centre de notre commerce, on compte cinq navires anglais contre un hollandais. » Et, perspective peu rassurante : « Encore une ligue, encore une guerre.... notre commerce sera restreint aux pâturages du païs».

ronire la France, parce que c*est une puissance supérieure. Deux sortes de gens parlent de la sorte, les uns par habitude; je compare leurs discours aux chansons d'un homme qui dort et qui chante la nuit, parce qu'il a chanté le jour. On crie contre la France et on ne scait pas pourquoy; et Ton dit qu'elle est puissante parce que depuis longtemps l'on s*est accoutumé à tenir le même langage '.

« D'autres personnes parlent de la sorte dans des vues bien différentes; mais ces mêmes personnes pourroient se souvenir que, quand il étoit question de continuer la guerre, on nous disoit pour raison qu'il falloit profiter de la foiblesse de la France, pour la détruire. La France depuis ce temps-là a-t-elle pu réparer ses forces? Sera-t-elle foil)le quand il faudra continuer la guerre contre elle, et puissante quand il faudra la lui faire?

« Il faut qu*on nous croie de bonnes gens pour nous débiter de pareilles sornettes. Mais enfin, si la France est puissante, nous devons la ménager. Si la France est foible, nous la devons conserver pour notre propre utilité et nous devons répondre aux avances qu'elle nous fait. »

Kn pro[)Osant la neutralité des Pays-Bas, le but du roi d(» France est de maintenir le repos de l'Europe, ou du moins la paix avec la République. Si des Hollandais avaient composé le mémoire qui a été présenté à l'État ', ils n'auraient rien pu dire de plus conforme aux véritables intérêts (le la République dans la situation où elle se trouve.

Ensuite venait l'examen des objections que le parti contraire opposait. On les résolvait, cela va sans dire, à l'avantage de la France; et, remettant en cause lord Stair, au mémoire duquel on était censé répondre, N. N. préten-

1. Le lecteur voudra bien se rappeler que nous avons déjà mis en lumière avee H. Walpole celle fantasmagorie d'éj>ouvftnle, cliop. v. ^. Par M. (le Chàteauneuf. voir p. i53.

VIVACITÉ DE LA LUTTE EN HOLLANDE. iil

dait que lord Slair, n'ayant pas répliqué au gouvernement français, s'était plaint sans fondement, ou bien avait reçu satisfaction. Il ajoutait ces paroles vraies à plus d'une 4îpoque : « Nous ne devons pas croire à ce qu'on nous dit contre la France, parce que Texpérience nous apprend qu'on crie sans raison, et que souvent on ne crie contre la France que pour parvenir à d'autres fins. >^

Le Roi Très Chrétien veut la paix. Sa conduite est une preuve de la droiture de ses sentiments. La paix est nécessaire à la République. Par conséquent, il convient à la République de prendre des mesures pour le maintien de la paix avec la France qui veut la paix.

L'alliance avec l'Angleterre et la France assurera d'une manière solide le repos de la République. « Quelle gloire pour nous, s'écrie l'auteur en finissant, quels avantages pour nos peuples, si nous assurons la tranquillité publique! Nous y parviendrons infailliblement par l'alliance enlre la République, la France et l'Angleterre *. »

M. de Heems, au nom de l'Autriche, lança une Réponse de M. N. N. député de la Province de N, N, à la lettre du 14 avril iJiôj de M, N, N, député de la Province de N. N. ^ Énorme en longueur, elle roulait surtout sur les méfaits antérieurs de la France, c^est-à-dire ce que le premier N. N. avait appelé chanter la nuit parce qu'on avait chanté le jour.

Le mémoire du parti français dégageait très nettement l'intérêt hollandais. Les whigs ne jugeaient des choses qu'à leur point de vue exclusif et absolu, c'est-à-dire d'après les torts que le Régent s'était donnés à leur égard relativement au Prétendant. Les Hollandais, rassurés par la défaite irrémédiable de ce triste héros, jugeaient inutile d'épouser

1. Lambcrly, l. IX, p. o05-523. Une copie de cette lettre se trouve aussi <ians les Slair Papers, Oxenfoord Caslle, vol. VH.

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