‹ Le régent, l'abbé Dubois et les AnglaisChapitre 8 sur 209 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

RAPPORTS DU DUC d'oRLÉANS AVEC GEORGE F« DU VIVANT DE LOUIS XIV.

La révolution que le Régent opéra dans les relations politiques de la France avec TAngleterre et, par une conséquence naturelle, dans la politique générale de TEurope, en faisant succéder entre les deux pays lalliance à l'antagonisme, est considérée généralement comme l'œuvre de Tabbé Dubois. On en attribue le mérite, contesté ou non, au profond, délié et tenace conseiller du duc d'Orléans,

Ce prince, après avoir déchiré d'une main audacieuse le testament de Louis XIV, et s'être fait décerner la régence par le Parlement, se trouvait personnellement au milieu d'une cour hoslile et, comme chef d'État, dans la situation, pour ainsi dire sans issue, où le feu roi avait laissé le gouvernement et les finances. Troublé, inquiet, il ne savait de quel côté chercher un appui pour son autorité incertaine et chancelante en dépit du coup de vigueur qui lui avait donné naissance. C'est alors que Dubois, par un trait de

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génie, lui aurait montré que, s'il était menacé en France par Philippe V et un parti considérable, soit dans son titre de régent, soit sans égard aux renonciations d'Ulreclit, dans ses droits éventuels à la couronne, de même, George I", de la maison de Hanovre, était menacé par les Stuarts sur son trône d'Angleterre, où il venait à peine de monter. Il se serait efforcé de lui faire comprendre que la paix d'Utrecht, base nouvelle du droit public européen, ayanl sanctionné les droits respectifs de Tun et de Tautre, ils devaient tous deux se placer sous son égide. De Taffinité des intérêts, il tirait la possibilité, la nécessité d'une alliance. A force de s'obstiner auprès de son maître, il serait parvenu à lui ôter le bandeau des yeux; il aurait surmonté ses hésitations, ses scrupules, fixé enfin sa volonlé et inauguré ce système de politique extérieure, si nouveau et si extraordinaire.

Telle est la version accréditée. Elle n'est pas conforme à la réalité historique. En effet, dès avant la proclamation de la Régence, Louis XIV existant, le terrain avait été sondé, préparé; les premières ouvertures, les premières recherches d'alliance faites, et par qui? les archives d'Angleterre nous l'apprennent : par le roi George lui-même *.

D'abord, on se rappellera que ce prince et le duc d'Orléans étaient proches parents, cousins issus de germain.

(Charlotte-Elisabeth, la célèbre Palatine, Madame, mère du duc d'Orléans, était nièce de Sophie, mère de George I".

1. Public Record Office, d'où nous avons lire la plupart des documents <|ui vont suivre. Il nous sera permis de faire observer qu'ils étaient iné- «lits jusciu'ioi.

RAPPORTS DU DUC D'ORLÉANS AVEC GEORGE r. H

Cette princesse l'avait élevée avec une tendresse maternelle, que la Palatine paya d'un retour filial*. Aussi, lorsqu'en succédant à Anne Stuart (1" août, v. s., 12 août, n. s. 1714), le nouveau roi d'Angleterre notifia son avènement à son cousin, en même temps qu'à Louis XIV et aux princes du sang, le duc lui répondit-il sur un ton particulièrement affectueux et caressant : « Monseigneur, la nouvelle de l'avènement de Votre Majesté à la couronne de la Grande-Bretagne, et son heureuse arrivée à Londres m'ont fait un plaisir très sensible, et ma joye a infiniment augmenté par l'aplaudissement avec lequel elle y a esté reçeue par ses bons et fidèles sujets; je supplie Votre Majesté de croire que je partage avec sincérité toute sa satisfaction, et que, sensible aux assurances de son amitié, je souhaiterai toujours avec ardeur de trouver des occasions de lui persuader plus particulièrement mon attachement et le respect avec lequel je suis, Monseigneur, «le Votre Majesté, très humble et très affectionné cousin ot serviteur Philippe d'Orléans *. »

La duchesse de Berry, l'enfant de prédilection du duc •l'Orléans, reçut une lettre semblable et répondit du même slyie '.

Il n'est pas téméraire de penser que, de toute la famille royale, seuls, ils parlaient selon leur cœur. Le duc d'Or-

1. Frédéric V, électeur palatin, avait eu d'Élisabclh, fille de Jar<|ues l*"", f'« d'Angleterre, (iharles-Louis qui lui succéda dans le Bas-Palatinal, et ^•|>hie qui épousa, en 1658, Ernest-Auguste, <luc de Brunswick, plus tard premier électeur de Hanovre en 1692. De ce mariage na(iuit (1660) Georgctouis, qui succéda à l'électorat de Hanovre en i6'.)8, et devint, en llli, f*^»! de la Grande-Bretagne, du chef de sa mère, issue de Marie Sluart. ï>'*ulrc part, Charles-Louis, le Palatin, fut père de Charlolte-Klisabcth •l^'iO), qui épousa Monsieur, frère de Louis XiV, en 1671. Klle était donc nièce de Sophie et cousine germaine de George-Louis. Son llls, Phi- »'Ppe d'Orléans, était né à Saint-Cloud, le 2 août 1674.

i. Mariy, 15 novembre 17H, inédit. Record Office, France, t. 316.

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