‹ Le régent, l'abbé Dubois et les AnglaisChapitre 81 sur 209 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

l'abbé DUBOIS

C'est ici que Tabbé Dubois parait sur la scène et qu'il entre dans Thistoire. C'est lui que lo duc d'Orléans députe en grand mystère à la rencontre de Slanhope en Hollande.

Il nous semble nécessaire , au seuil de son étonnante carrière, de recbercher ce que valait ce personnage tant discuté.

(luillaume Dubois était né, le 0 septembre 1656, à

Brive-la-Gaillarde. Son père, docteur en médecine, joi-

jrnait à son art une officine de pharmacie, chose ordinaire

dans les petites localités. Fils d'apothicaire! c'était un

L'rand crime autrefois. Qu'importe aujourd'hui? On lui

lit prendre la tonsure k l'âge de treize ans; et on l'appela

<lès lors le petit abbé. Des études brillantes au collège de

Urive attirèrent sur lui l'attention du marquis de Pompa-

<lour, lieutenant iréiiéral de la province de Limousin. Ce

«nagistrat lui donna une bourse fondée par sa famille au

''ollège de Saint-Michel, à Paris. A Tàge de seize ans

242 LE HÉGENT, L'ABBK Ol'BOIS ET LES ANGLAIS.

(1672), le petit abbé iKirlit à pied pour Paris. Ses jeunes camarades, après l'avoir accompagné jusqu'à une certaine distance de la ville natale, versaient des larmes en le quittant : « Pourquoi pleurer? leur dit-il; consolez-vous! Je vais à Paris : je reviendrai plus riche et plus savant que le prieur de Brive. » Il ne revint pas; mais il laissa, eu effet, bien loin derrière lui le prieur.

Dubois fit sa philosophie et sa théologie au collège de Saint-Michel. II se concilia la bienveillance de M. Faure, principal du collège, docteur en Sorbonne et vicaire général de M. Le Tellier, archevêque de Reims. Par les conseils de ce sage patron, après avoir quitté les bancs, il y retourna pour fortifier ses connaissances en histoire. Le même le désigna à son ami, M. de Saint-Laurent, précepteur du duc de Chartres, à titre de second dans ces fonctions que ses infirmités TemiJêchaienl de remplir exacletement. On lui fit prendre le petit collet. Ainsi décrassé, comme dit Saint-Simon, Tabbéfut nommé sous-précepteur du duc de Chartres, le 1;} juin 1683; et, après la mort de Saint-Laurent, le loi, informations prises, consentit à sa nomination comme précepteur (30 septembre 1687). Il avait trente et un ans ; le jeune duc, dgé alors de treize ans, Favait demandé avec instances *. L'abbé savait Tinstruire

i. Nous tiron:s ces renseignements de fAhôff IHibois par M. de Seilbai', t. I, eh;ip. I. ({iii a travaillé d'après les papiers authentiques. L'auteur dit qu'entre ses deux séjours au collège de Saint-Michel, Dubois fui placé, en <]ualilé de pnVeptcur. dans une famille dont il ne donne pas ie nom, et qu'il fut admis dans le salon de Ninon de Lenclos, alors Âgée d*environ soixante-dix ans. Saint-Simon, Méw., t. I, p. 19 el suiv., est mal informé de ces commencements. 11 travestit Dubois en petit valet, à qui sod maître, dont les Mémoires laissent le nom en blanc, docteur de larchevéque de Iteims (cVst donr .M. Faure), trouvant de Tesprit, fait apprendre les belles-lettres et l'histoire. Il raconte qu'ensuite Dubois fit sa cour aux deux favnris de Monsieur, le chevalier de Lorraine et le marquis d*Effial: et. par en\. obtint de succéder à M. de Saint-Laurent auprès du duc de Chartres. — Ceci n'a rien que de vraisemblable. L'ambition de Dubois était légitime: pour réussir, il rerhen*ha des protecteurs lotit-puissants dans In maison. Il ne s'ensuit pas qu'il partageAt leur immoralité.

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en rintéressant et eu lui sauvant de son mieux Teffort dont son caractère inconstant et léger se serait bientôt rebuté. Le temps des études terminé et abrégé par la volonté du roi qui voulait commencer l'éducation guerrière des princes du sang, le duc de Chartres, parvenu à ses dix-sept ans, alla faire ses débuts militaires au siège de Mons (mars 1691). L'abbé reçut injonction de raccompagner. Il avait mission de tenir Madame au courant des nouvelles de son fils, ainsi que des opérations de Tarmée ; il s'en acquitta si bien que Madame montra ses lettres au roi, et que le monarque y prit un vif intérêt. Il n'est pas hors de propos de remarquer qu'il dut faire campagne à ses frais, sans qu'il lui fût alloué aucune indemnité. Le jeune prince, émancipé soudainement par la vie militaire, entouré de seigneurs jeunes comme lui, qui savaient son faible, rejeta toute espèce de frein ; il ne garda aucune retenue dans ses discours, ni dans la familiarité excessive de ses manières. Il n'était digne d'éloge qu'au feu, où il se montrait aussi brave qu'intelligent. L'hiver suivant, le roi le maria d'autorité (17 février 1G92) avec Mlle de Blois, âgée de quinze ans, et la plus jeune dos filles qu'il avait eues de Mme de Montespan.

Monsieur avait acquiescé sans difficulté au désir de son frère. Dès lors, on n'avait plus à craindre les effets de l'aversion ni de la colère de Madame. Mais, pour surmonter la résistance que l'on craignait chez le futur époux, Mme de Maintenon fit appeler mystérieusement l'abbé Dubois ; elle lui révéla les desseins du roi, et l'engagea h obtenir de son élève un assentiment qui prouverait au roi le désir que le duc avait de lui plaire et Dubois de le servir *. L'abbé, très perplexe, consulta le père La Chaise et

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