‹ Le régent, l'abbé Dubois et les AnglaisChapitre 83 sur 209 · Hémoii^Sy t. XII, p · texte numérisé non relu

Hémoii^Sy t. XII, p

"l'tH LE UÉ(iKNT, L'ABBK lU'BOlS KT LES ANGLAIS.

qualités à Dubois, comment peut-il se figurer que Itmépris que Tépoux fera hautement de sa femme le mettra bien dans le monde, qui, au contraire, s'éloigna: et qu*-^ plus répoux accumulera d'offenses contre la fille du roi. plus le roi croira devoir le ménager? Les billets de Louis XIV à son gendre montrent avec quel soin il essayait de le ramener et comment il proportionnait ses égards à la bonne conduite de celui-ci. Patienter, n'est-ce pas la conduite naturelle du père de famille? Mais, celte fois, le jeune prince ayant excédé les bornes, le roi, au lieu de redoubler de ménagements, ne lui donna point de commandement pour la campagne de 1697, dernière de cette guerre, avant la paix de Ryswick *.

On possède une série de quarante-huit lettres de Madame, soit à son (ils, soit, en bien plus grand nombre, à Tabbé. Elles embrassent quinze années, de 1691 à 1706, précisément la période critique \ Quel langage la Palatine tient-elle à Dubois? Elle qui, dans son indignation de ce mariafre, n*a pas craint de rompre en visière au grand roi, épargnera- t-elle le précepteur éhonté qui, au vu et au su de tout le monde, dégrade systématiquement le fils dans lequel elle avait plac(» son orgueil et sa gloire ? Est-il possible que. dans une cour où tout se sait, elle ignore la scélératesse qui safliche? Près de Dubois et au-dessus de lui, il existe un gouverneur du prince, M. d'Arcy, très honnête homme, successeur de M. de Saint-Laurent; il a suivi le duc de (lliartres à la guerre et meurt dans le cours de Tannée 1691.

1. St'ilhar, t. L Pièces justificatives^ n. Xill : treize lettres de Louis XIV au duc (le Chartres, du 1*2 juillet 16U2 au 31 mai 1696.

1. Du 19 mars IG'.M au 25 octobre 1706. Cinq sont adressées au duc de Chartres; (juaranle-trois à Dubois. La dernière, sans aucune importance, est de ni9. M. de Seilliac, en les reproduisant, T. I, Pièces justificativett^^ u. V, avertit qu'il n*a pas cru devoir conserver l'orthographe de la princesse palatine: et (|ue c'est la seule altération qu'il se soit permis de faire sul»ir au texte.

l'abbé DUBOIS. :249

11 y a aussi un sous-gouverneur, M. de Labertière. Que font-ils pour arrêter tant de scandale? Se tairont-ils sur les criminelles complaisances, les excitations du précepteur? Or les lettres que la Palatine écrit au maître respirent l'estime, Tamitié, la confiance, tandis qu'en même temps on voit qu'elle ne se fait aucune illusion sûr le caractère et les torts de l'élève. A celui-ci elle dit : « Si le Seigneur m'avait fait la grâce de me donner un peu de votre insensibilité, cela me ferait grand bien, mais il s'en faut beaucoup *. Faites des amitiés de ma part à M. d'Arcy, de Labertière et l'abbé Dubois. Si vous pouviez avoir le cœur fait comme eux, vous n'en vaudriez pas pis; mais le naturel prévaut.... Comptez, mon cher enfant, que malgré les larmes que vous me coûtez, je ne laisserai pas de vous aimer très tendrement. » (19 mars 1691.) Elle termine ainsi une lettre à l'abbé : « ...c'est pourquoi je finis en vous assurant, monsieur l'abbé, que j'ai beaucoup de reconnaissance de l'application que vous avez à faire un honnête homme de mon fils, et cela ajoute, à l'estime que j'ai pour vous, beaucoup d'amitié. » (23 mars 1691.) — « Je ne vous prie point de continuer vos soins auprès de mon fils, car je suis persuadée que vous n'y manquerez pas, monsieur l'abbé; mais, ce que je vous prie de croire, c'est que je souhaiterais fort trouver quelque occasion à vous marquer ma reconnaissance et l'estime que je fais de vous. »> (6 juin 1691.)

« Vous me faites un sensible plaisir de m'assurer qu'il (mon fils) fait attention à ce que je lui mande; car, cela étant, il y a à espérer qu'il changera, ce qui est pour sou bien, et le voudra bien suivre : Dieu nous en fasse la

1. Nous devons dire qu'elle se plaint d'un mal de lêle pour avoir pleuré la veille toute la journée. Dans une lettre suivante, elle félicite son fils de sa belle contenance devant l'ennemi, au siège de Mons.

HoO LK UÊiîEXT, L\VBBÊ DUBOIS ET LES ANGLAIS.

grâce. » (10 août 1692.) — « Tout lo monde approuve fort tjuo mon fils ne revienne pas (de l'armée). J'en serais Iros contente, si la conduite do mon fils n'était pas si mauvaise d Clourlrai.... Ce que j'y trouve de pis est que, s'étant accoutumé à cette vilaine vie, il la poursuivra partout. Voilà ce que c'e'st que de marier un homme à dix-sept ans, (»t de lui ôter son gouverneur par là; car il n'a plus rien qui le tienne en bride. » (19 septembre 1094.)

« Mon Dieu, son fond n'étant pas gâté, comme vous me l'assurez, ne serait-il pas possible que vous lui puissiez donner de l'horreur de ces abominables gens qui ne cherchent que sa perte et qui lui inspirent le vice? Que celte campagne lui serait heureuse si vous pouviez, monsieur l'abbé, le remettre dans ses anciennes voies qu'il a mal- . heureusement quittées.... » (3 juin 1696.) La Palatine, on le voit, sait fort bien à quelles abominables gens imputer les torts de son fils.

« Comme je sais votre bonne volonté à travailler très sérieusement aupr^s do mon fils pour tâcher de le retirer de ses égarements et lui donner l'envie de vouloir plaire au Roi; que je connais d'ailleurs votre bon esprit et votre pénétration, tout cela joint à l'amitié que mon fils a pour vous, monsieur l'abbé, et l'hîibitude de vous écouter, tout cola, dis-je, fait que je ne puis m'empècher de prendre quelque espérance, malgré le peu d'assurance que vous me donnez vous-même. » (IB juin 1696.) — « S'il n'était de mon devoir absolument do tâcher, par des remontrances, îi corriger mon fils, il y a longtemps déjà que j'aurais renoncé à cet ouvrage, par le peu d'espérance que je trouve de pouvoir réussir. Et j'admire votre patience, monsieur l'abbé, d'y pouvoir tenir bon. Je tiens cette œuvre pour vous plus méritoire devant Dieu que si vous jeûniez au pnin et à l'eau, car je crois que cela vous coûterait

moins de peine que ce que vous faites. » (28 juin 1696.) Survient alors l'affaire désolante et redoutable dont nous avons parlé plus haut. Elle dit à Dubois : « Quelque peu d'apparence que vous voyiez à faire réussir vos avis, au nom de Dieu, ne vous découragez pas de prêcher mon fils.... Voyez quelle consolation vous aurez si vous voyez un jour que vos peines ne deviennent plus inutiles et que vous le remettez dans le bon chemin. Comme je ne connais que trop, hélas! les défauts de mon fils, j'en touche de temps en temps quelques cordes pour tâcher de lui faire impression et vous voyez que tantôt je lui parle du secret, tantôt de la menterie, quelquefois de la débauche et souvent sur la paresse à faire agir son os[)rit.... Vous voyez que je suis votre avis et mêle mes corrections avec beaucoup d'amitié, à quoi je n'ai nulle peine le fond y étant et l'aimant aussi tendrement que je le fais.... » (6 août 1696.) Cependant le roi, à qui Ton a mandé les habitudes de langage cynique du duc de Chartres, et Monsieur, se fâchent auprès de Madame de ce que Tabbé ne leur en a pas rendu compte. « Je répondis (à Monsieur) qu'en cela vous n'aviez pas tort; car, comme Monsieur lui-même souffrait à mon fils des discours impertinents devant lui et que ce que mon fils faisait à l'armée n'était que les suites de ce qu'il faisait ici, je croyais que, n'ayant aucune nouveauté à cela, vous n'aviez pas jugé à propos de l'en instruire.... Monsieur l'a tant laissé gâter que je n'espère plus qu'il se corrige. Il serait pourtant temps, car toutes ces mauvaises impressions qu'on donne au Roi de lui ne lui attireront pas l'amitié du Roi. Il aura perdu la réputation auprès des étrangers pour avoir trop obéi au Roi en épousant sa bâtarde, et il perdra l'amitié du Roi, sa confiance et son estime pour aimer mieux être débauché que vertueux... Adieu, monsieur Tabbé; comme je suis très convaincue que ce

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