M. d'Arc V. mort «mi hiOi
254 LE KÉGENT, L'abbé dl'bois et les anglais.
joug, toul neufs, sans expérience» regardent comme le bel air dont ils sont les esclaves, et souvent jusque malgré eux, eiTacèrent bientôt ce que Saint-Laurent et le marquis d' Arcy lui avoient appris de bon '. Il se laissa entraîner à la débauche et à la mauvaise compagnie, parce que la bonne, m^mo de ce jrenre, craignoit le Roi et Tévitoit. Marié par force et avec toute rinégalité qu'il sentit trop tard, il se laissîi aller il érouter des plaisanteries de gens obscurs qui, pour le gouverner, le vouloient à Paris; il en fit à son tour et se croyant autorisé par le dépit que Monsieur témoignoit de ne pouvoir obtenir pour lui ni gouvernement qui lui avoit été promis, ni commandement d'armée, il ne mit plus de bornes à ses discours ni à ses débauches, partie facilité, partie ennui de la cour, vivant comme il faisoit avec Mnuï sa femme, partie chagrin de voir M. le duc. et bien pins M. le prince de Conti en possession de ce qu*il y avoit de pins brillante compagnie, enfin dans le ruineux dessein de se moquer du Roi, de lui échapper, de le piquer à son tour, (»( «le se venger ainsi de n'avoir ni gouvernement ni armée à e(»mmander. Il vivoit donc avec des comédiennes et leurs entours, dans une obscurité honteuse, el à la cour lou( le moins qu'il pouvoit. L'étrange est que Monsieur le laissoit faire par ce même dépit contre le Itoi, el que Madame, qui ne pouvoit pardonner au roi ni à Mme sa belle-fille son mariage, désapprouvant la vie que men<nl M. son fils, ne lui en parloit presque point, inlérieurenient ravie des déplaisirs de Mme sa belle-fille, el du chagrin qu'en avoit le Roi *. »
1. Il faut se rapiieler (|ui* les désordres du jeune homme firent explosion dès ranncc tOUl, ri t|ut^ M. d*Arcy fut absolument impuissant à les rcfri'nor, soit retU' aiiiuV-IA, soit les trois années suivantes, c'est-à-dire le reste de sa vie.
2. Mém.. t. XII, 1». lni>. Malf^ré ce que dit iei Saint-Simon, il faut pourtant reenimaitre |»ar la «••>rn'Spnndance de Madame avec Dubois, qu*elle
l'abbé DLBOIS. ijo
D'après ce témoignage fréquemment réitéré sur Monsieur, n'est-ce pas lui plutôt qui serait le complice de rinconduite qu'on impute à Dubois?
Le roi, quoi qu'on en dise, n'avait pas si mauvaise opinion de Tabbé, puisqu'il l'adjoignit au maréchal deTallard, lorsqu'en 1698 il chargea le maréchal d'aller entreprendre à Londres, près de Guillaume III, des négociations pour le démembrement de la monarchie espagnole. La descendance mâle de Charles-Quint allait s'éteindre avec le débile Charles II. Dubois à Londres rencontra faveur dans le monde spirituel et brillant qui se groupait autour de la duchesse de Mazarin et de Saint-Evremond, fidèle ami de Ninon de Lcnclos. Il y connut le brillant James Stanhope. Au cours de ce voyage de 1698, outre la négociation officielle dont le chef était Tallard, Dubois en introduisit une seconde au profil de son élève. Du moment qu'on préparait un partage de la succession de Charles II, Monsieur prétendait y être compris en qualité de second fils d'Anne d'Autriche; et. [nw ses ordres, l'abbé sonda le gouvernement de Guillaume III sur cette question. Tallard, ayant eu connaissance de ces démarches, quelque peu irrégulières, le fit rappeler d'Angleterre par M. de Torcy. Tel fut son premier pas sur le terrain ^'^lissant «le la diplomatie.
A la mort de Monsieur, survenue le 9 juin 1701, après
••lierche très simèreiiient a corriger son lils (Seilliac, lov. cit.). Du reste, <aint-Simon dit, quelques pages plus loin (p. 132), qu'elle s'était à la fin apprivoisée, non avec la naissance «le sa belle-fille, mais avec sa per- ?*onne. Klle estimait, elle plaignait, elle aimait presque la duchesse d'Ori«>ans. Elle blâmait fort la vie désordonnée que le duc d'Orléans avait menée, etc. — Saint -Si ujon parle encore de la complaisance funeste de Monsieur pour son lils. 1. IH, p. 1 Wi.
une altercation avec le roi sur ce qu*à Touverture de la guerre de la Succession d'Espagne, le monarque avait exclu son neveu dans la distribution des armées, le duc de Chartres, devenu duc d'Orléans, nomma Dubois secrétaire de ses commandements, comme surnuméraire. Bientôt, il remploya pour une mission non moins délicate que celle d'Angleterre. Il s'agissait de la protestation élevée par Monsieur contre le silence du testament de Charles II sur les droits du second fils d'Anne d'Autriche à la succession éventuelle d*Espagne. Le nouveau duc d'Orléans la réitéra, de l'aveu de M. de Torcy et de Louis XIV; et il envoya Dubois en Espagne (décembre 1702), sous prétexte de saluer de sa part Philippe V et sa jeune épouse, Louise- Marie de Savoie * ; en réalité, pour s'informer secrètement des motifs de ce silence du testament, des dispositions de Philippe V, de celles du cardinal Porto-Carrero, premier ministre, et du conseil de Castille, quant aux mesures à prendre pour annuler les effets de cette omission, et pour ijarantir les droits de la branche cadette de Bourbon, si la branche aînée venait à s'éteindre. Dubois montra de Thabileté, obtint de bonnes paroles, mais revint au commencement de 1703, persuadé que c'était de Paris seulement que son maître pourrait exercer une action efficace *. Les démarches du duc d'Orléans restèrent sans résultat, .soi! effet de la lenteur espagnole, soit sourde hostilité de la part de Philippe V, k l'instigation de Mme des Ursins. Mais elles mirent en relief les qualités d'entregent que possédait l'abbé.
Lorsque le roi se décida enfin à donner un commande-
i. Fille de Victor-Amédée II et d'Anne-Marie, que Monsieur avait eue en premières noces d'Henriette d'Angleterre; conséquemment, nièce de Télèvc de Dubois. La reine d'Espagne était sœur de Marie-Adélaïde, duchesse de Bour^çopno.
•2. Seilhar, t. I, chap. ix, et n. XVU, XVIII, XXI, XXII, XXIII.
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ment à son gendre en Italie, pour la campagne qu'il ne dépendit pas de lui de diriger et qui finit si mal devant Turin (1706), Dubois accompagna le prince. Il semblerait, d'après une lettre de Madame, qu'il eut l'intuition de rissue désastreuse que les fautes des autres généraux préparaient *. Le duc d'Orléans, blessé grièvement au bras, à la bataille de Turin, alla se guérir aux eaux de Balaruc. Madame, touchée du dévouement infatigable de Tabbé, témoigne dans ses lettres une vive reconnaissance et les termine invariablement en se déclarant sa bien bonne
amie \
Le duc d'Orléans, rentré en grâce pour sa belle conduite militaire, reçut le commandement de l'armée d'Espagne en 1707. Il y alla sans l'abbé. L'influence de Mme des Ursins, qui se souvenait du séjour de Tabbé à Madrid, avait fait décider qu'il ne serait pas du voyage. Le prince fit deux campagnes (1707-1708) très glorieuses. Mais le malheur voulut qu'il finît par entrer dans des négociations louches avec le général anglais, James Stanhopc, pour le cas où Philippe V renoncerait à l'Espagne. Cette intrigue à laquelle Dubois, demeuré à Paris, n'eut aucune part, valut au duc une disgrâce définitive et non imméritée ^
En 1707, M. de Thésut, secrétaire des commandements du duc d'Orléans, vint à mourir. L'abbé sollicita cette charge. Le duc voulait la lui donner, mais probablement par les mêmes influences qui déjà avaient retenu Dubois
i. Madame à Dubois, Marly, 30 juillet 1706. « Je ne comprends pas M. de Vendôme de laisser voir (?) les choses en si mauvais état, et d'avoir laissé passer les ennemis; je ne comprends rien à tout cela. Le bon Dieu nous assiste! nous en avons grand besoin. Mais ce que vous me mandez me fait trembler et redouble bien ma curiosité. » Seilhac, t. I, p. 237.