‹ Le régent, l'abbé Dubois et les AnglaisChapitre 90 sur 209 · Saint-Simon, t. XIX, p. i · texte numérisé non relu

Saint-Simon, t. XIX, p. i

2. Sévclinges, Mémoires secrpls du cardinal Dubois, I . I, p. il.

trouver chargée des affaires du Roy a Rome, si j'avois 4mcore les affaires étrangères entre les mains et que proffitant d'une conjoncture que je croirois favorable, je voulusse, sans croire en Dieu, sans religion, sans la moindre ombre de probité, sans mœurs, connu pour tel des Fran- <jois et des étrangers, me faire archevesque, et devenir cardinal par le moyen de l'Empereur et du Roy d'Angleterre *. » La condamnation est écrasante. Mais avant d'y souscrire, ne convient-il pas de se rappeler que celui qui la fulmine, fidèle à la politique de la vieille cour, lui-même très ambitieux, hostile à Talliance anglaise, était en sourde et tenace compétition avec Dubois; qu'il travaillait à le miner auprès du Régent, dont il avait encore l'oreille, en qualité de surintendant des postes, et que Dubois se défen- «laît par des contre-mines *?

Notre grand peintre d'histoire, Michelet, s'est servi des couleurs des ennemis de l'abbé. II les a même trouvées pâles; il les a outrées. La comparaison de Saint-Simon, une mine de fouine, lui semble trop délicate. C'est « un mufle fort, de grossière animalité, d'appétits monstrueux,... une furieuse taupe qui, de ce mufle, percera dans la terre ces trous subits qui mènent on ne sait où ' ».

i . British Muséum, additional Manuscripts, n" 20 319, fol. 219 verso. — >I. de Torcy ne pense pas mieux d'Alberoni, dont il dit : • En vérité, les élévations qu'on voit, loin d'exciter l'ambition, devroient bien l'éteindre •. (4 janvier 1717.) — « Il faut des personnages burlesques dans les pièces. » (1* mars 1717. W., ihid., fol. 248, 253.) Cette lettre du i mars a été signalée pour la première fois par notre distingué compatriote, M. Masson, professeur au collège de Harrow.

2. Voir dans Saint-Simon, t. XVIU, p. 140, l'avortcmenl risible d'un complol où M. de Torcy essaye d'enrôler M. le duc (de Bourbon), Saint-Simon et le maréchal de Villeroy, pour renverser Dubois, en 1721. L'entreprise tourne contre lui. Il est obligé de résigner les postes. Dubois, tant accusé 4le méchanceté par Saint-Simon, se prête de bonne grâce aux arrangements les plus avantageux pour son ennemi. Id., ibid.. p. 250.

3. Michelet, la liéyence^ p. 55. L'illustre historien remarque que les portraits de Dubois sont terribles et font reculer. « Rarement, dit-il, on le montre de face : les yeux sont trop sinistres, et rensemble trop bas. » —

On ne peut pas s'empêcher de soupçonner que si Dubois, au lieu crêtre un fils de médecin-apothicaire, en un mot de la Ile du peuple *, avait été seulement un petit cadet do Gascogne et qu'il eût continué complaisamment la politique du dernier règne, les seigneurs de son temps Teussent dépeint d'un tout autre style et présenté sous des traits fort différents au jugement de la postérité.

N'est-il pas singulier qu'aujourd'hui, de ce côté-ci de la Révolution, maint écrivain libéral ait, sans y prendre garde, épousé leur querelle, et, en s'appropriant leurs imj)récations, fustigé sous leurs auspices cet intrus, parti de rien, coupable d'être parvenu à se frayer la voie à tra-. vers les mailles serrées de la hiérarchie aristocratique du temps jadis? Dubois ne pourrait-il pas répondre encore ainsi qu'autrefois : « Conformément à la vieille routine de ces messieurs, on me reproche de n'être pas fils d'un duc et pair; ce qu'ils appellent être né dans la bou^ * »? Et nous, modernes, ne voyons-nous pas tous les jours, comment l'injure lancée sans relâche contre un homme public, à la (in tourne en doctrine et acquiert force de chose jugée? N'est-ce pas pour l'historien, tout au moins, une école de prudence?

En résumé, dans notre pensée, Dubois n'a pas perverti son élève ni consciemment par des complaisances et des excitations, ni inconsciemment par le seul effet de ses mauvais exemples. Il n'a pas été le pensionnaire des Anglais. Il n'a pas empoisonné la famille royale. Il n'a pas pris femme au pays. Encore moins, a-t-il été bigame.

Est-ce à dire que nous voulions présenter au lecteur

Cependant le port rail par Rigand est de face et ne ressemble pas à la hellita que Michclct dénonrc. Nous sera-t-il permis de suggérer qii'ei» Kônoral. Micholet aime à découvrir bien des choses dans les portraits?

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