Scvolinges, t. IL p. 402. Letlre de
l'abbé DUBOIS. 265
un Dubois sans défaut, en nous proposant de prendre le contre-pied de Topinion accréditée? Non pas, nous tâchons seulement d'approcher le plus près possible de la réalité. L'abbé Dubois était doué des grandes qualités de Tesprit, la lucidité, la prestesse et la vigueur de conception, ([ui Téclairaient et le guidaient là où les autres, troublés, s'agitaient dans une stérile hésitation. Exempt, par sa basse origine, des préjugés de caste, il était tout prêt, homme nouveau, à entrer dans des voies nouvelles. L'ambition devait l'y pousser, fouine ou taupe, dès qu'il y apercevrait une issue vers le pouvoir. Il voulait parvenir. Chez lui, reconnaissons-le, l'àme n'était pas à la hauteur de l'intelligence; le cœur ne valait pas le cerveau. Délié et hardi, infusé de Gil Blas et de Fronlin, il n'y a pas de raison pour rejeter ce qu'on a dit de son goût de l'intrigue et des (inesses, sans aller peut-être jusqu'à la « fumée de fausseté », dont l'enveloppent les yeux prévenus de Saint- Simon, cette fumée « qui sortait malgré lui de tous ses pores et jusque do sa gaieté ». L'accusation de méchanceté avec réflexion et par nature n'est guère justifiée dans son ministère. On a remarqué que la moyenne (annuelle) des écrous à la Bastille descendit alors de soixante-six, qu'elle était dans les cinq dernières années de Louis XIV, à quarante-trois '. Par raisonnement^ traître et ingrat^ dit Saint- Simon : assurément, ni l'un ni l'autre envers son élève qu'il servit très fidèlement. « Maître expert aux compositions des plus grandes noirceurs^ effronté à faire peur étant pris sur le fait. » Ces noirceurs, foisonnent-elles si
I. Seilhar, t. Il, p. 2J7. On met à pari les années 1H9 el 1720, oii il y eul conspiralion et insurrection. Sèvelinpes, l. II, p. 403, rite un fragment (le lettre où Dubois dit de eeux (jui s'acharnent a le décrier : • Ils rroienl me désoler avec leur éternel refrain de Itrives-la-daillardr et iV apothicaire. Je les y enverrai un jour en exil, pour qu'ils puissent contempler à leur aise la boutique de mon père... • Dubois était alors andievéque de Cambrai.
abondamment dans son minislèro, à moins qu'on ne dénomme ainsi les luttes de cour quand il rendait coup |)onr coup? On sait aussi combien Tauteur des Mémoires est prodijrue des reprocbes de noirceur et de scélératesse îi l'adresse de quiconque a le malbeur de lui déplaire '. Dèsirayil tout, enviant tout, et voulant louées les rf^'ponilles. (^eci est plus vrai, Dubois était inquiet, ombrageux; il voulait on effet tout tenir à la fois.
« On connut après, dès qu'il osa ne plus se contraindre », poursuit son terrible ennemi qui ne serait pas sans mériter (|uelques-unes des épithètes dont il Ta flagellé, *' on connut îï quel point il était intéressé, débauclié, inconséquent, ignorant en toute affaire, passionné toujours, emporté, blasphémateur et fou, et jusqu'à quel point il méprisa [publiquement son maître et TËtat, le monde sans exception et les affaires, pour les sacrifier à soi tous et toutes, à son crédit, à sa puissance, à son autorité absolue, à sa g^randeur, à son avarice, à ses frayeurs, à ses ven-
geances *. »
Ce débordement d'injures est étourdissant. Pourtant on nigraore pas que, ministre, sa vie fut aussi régulière que frugale; tandis qu'il traitait ses invités magnifiquement, lui-même dînait d'une tasse de lait: et nous indiquions tout à l'heure quelles causes non déshonorantes avaient [)u altérer sa santé. Intéressé : il s'enrichit, mais il est certain qu'il ne laissa pas une fortune à la Mazarin ^. Et puis
i. Hôoipruqucmciit. il Taut voir comme Saint-Simon se vante des noir- <ours «ju'il combinait avec lanl de méchanceté contre le duc de Noailles.