T. XII, p. 10t
:{. Seilhac, t. 1, p. 35 et suiv. Diil>ois laissa deux frères et une sœur. Le mari de celle-ci refusa les loOOOU livres à elle offertes pour sa part dans la su<'cession <lu cardinal, lit un procès en recel à Joseph, le frère atné, le perdit et linit par se contenter de la somme qu'il avait d^abord repous- >cc. Or on devine cependant que rimpopularitê du cardinal ne pouvait pas. hii une fois mort, être une recommandation pour ses frères aupK's iU^rt' juges.
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ne faudrait-il pas s'entendre sur l'avarice et l'avidité dont on fait si souvent le reproche aux grands de l'ancien régime? Leur état de maison, la cour, la guerre exigeaient des dépenses considérables. Les revenus qu'ils tiraient de leurs terres n'y suffisaient pas; il leur fallait en surplus des offices ou des bénéfices, des gratifications du roi, des affaires. C'était une question d'existence. Ignorant en toute affaire : cela fait sourire, lorsqu'il s'agit d'un homme qui, de fils d'apothicaire, devint premier ministre. Aujourd'hui, on est plutôt d'accord que l'ignorance des affaires était du côté des ducs. Les autres griefs, exprimés avec tant d'exagération, notamment le mépris presque public que Dubois aurait fait de son maître et de l'État, ne sont pas sans renfermer une dose de vérité. L'abbé était d'un tempérament très nerveux, sujet à s'exalter et à s'abattre avec la même impétuosité, s'effrayant à l'excès dès qu'il croyait son crédit en péril, enclin à prendre les choses avec passion et à s'emporter soudain, comme aussi il se calmait; cependant, au besoin, maître de lui-même, par exemple dans ses entretiens avec Stanhope, et alors ne gardant de sa vivacité que la dose nécessaire pour produire une favorable impression de franchise. Sous cette apparence mobile, une volonté très tenace marchait au but. Mais il voulait y marcher seul, sans souffrir de compagnons, ni de partage dans son autorité et sa gloire. A mesure que sa situation grandit, il devint de plus en plus jaloux, emporté et passionné. L'affaiblissement de sa santé et de ses forces physiques aiguisa la susceptibilité de ses nerfs; il eut des colères ressemblant dans leurs transports à des accès de folie. A la longue, il devint moins capable de travail, sans se résigner à sacrifier même la part la plus mince de ses attributions, laissant les affaires s'accumuler sur son bureau et tempêtant contre ses commis de ce
qu'elles ne s'expédiaient pas. Il parait certain que, dans cet état d'excitation croissante, il s'abandonna à d'excessives intempérances de langage, qu'on l'entendit blasphémer, sacrer : ce qui lui aurait attiré de son secrétaire une verte riposte. Au lieu de se fâcher, il se mit à rire et s'apaisa *, car il était sans méchanceté et homme d'esprit. N'est-co pas lui qui, au temps de sa grande fortune, fit un soir apporter dans son salon devant ce que l'on comptait h Paris de gens sachant rimer des copies des plus méchantes drôleries qu'on eût faites contre sa personne et qui s'amusa à en lire des phrases devant la compagnie? 11 ne se défendit ensuite qu'en récitant des vers de Voltaire, alors le jeune A rouet, tirés de VEplire au Régent *.
Était-il « sans mœurs, connu pour tel des Français et des étrangers », comme dit M. deïorcy? Le ton des lettres de la Palatine et de tels autres personnages que l'on a
i. Saint-Simon, t. XX, p. il- 18. Le cardinal se plaignait avec emportement devant Vcnier, son secrétaire, d'ôtrc mal servi malgré la dépense qu'il y faisait : » Monseigneur, lui dit Venier. prenez un seul commis do pins, et lui donnez pour emploi unique de jurer et de tempêter pour vous, et loul ira bien, vous aurez beaucoup de temps de reste, et vous trouverez bien servi. •
2. Sêvelinges, t. 11, p. 403. Extrait d'une lettre de Dubois :
Khî qui de sa Vertu reçut toujours le prix? 11 est chez les Français de ces sombres esprits, Censeurs extrava^^ants d'un sage ministère, Incapables de tout, à qui rien ne peut plaire. Dans leurs caprices vains tristement afTcrmis, Toujours du nouveau maître ils sont les ennemis; Et, n'ayant d'autre emploi que celui de médire. L'objet le plus auguste irrite leur satire. Ils voudraient de cet astre éteindre la clarté Et se venger sur lui de leur obscurité....
L'épitre est de 1710. Il s'agit du Régent désigné assez improprement par le mot ))tinixi*h'e. Dubois était encore un personnage obscur; mais, quand il dit ces vers, il pouvait les appli([uer h lui-même. L'auteur était présent. • Jo n'en étais pas au second vers, écrit Dubois, que vous eussiez vu le jeune Arouet <|ui, jusque-là, s'était tenu dans un coin avec Fontcnellc, fendre la foule à coups «le coude, et se planter devant moi avec ses yeux dai^Me, comme pour me dire : • Eli! parbleu, monseigneur, n'est-ce * pas moi (|ui les ai faits, ces beaux vers-là? »
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accoutumé de respecter, va directement contre cette accusation. Comment auraient-ils parlé ainsi à un homme ou ifun homme! si publiquement décrié? Qu'il ne s'effarouchât pas aisément, qu'il fût bon cheval de trompette, comme il l'écrivait plus tard à un ami, pour une autre occasion*; que, vivant à la cour de Monsieur, oix fleurissaient le chevalier de Lorraine et le marquis d'Effiat, il se fiit aguerri contre bien des choses; cela prouve-t-il qu'il en adoptât l'infamie?
Mais il y avait en lui quelque chose de vulgaire, comme fonds premier. Cette vulgarité intime, contenue tant qu'il eut sa fortune à faire, échappa et peu à peu s'affranchit de la contrainte, s'étala, sa fortune une fois faite. Elle est sensible dans son style. « Il écrit, dit Michelet, de la langue nouvelle et si agile qu'on peut dire celle de Voltaire'. » Rien de plus vrai, si ce n'est qu'il lui arrive de sentir la rhétorique, l'effort de l'homme qui veut être digne et n'en a pas l'étoffe.
Ëtait-il sans croire en Dieu, sans religion, comme dit encore M. de Torcy? 11 ne nous appartient pas de scruter la conscience; et il se peut aussi que, dans un anathème de ce genre, il y ail, chez celui qui le prononce, quelque ferment de la querelle entre jansénistes et molinistes. Mais nous n'irons pas nous rendre garants de ses sentiments religieux. Dubois portait le petit collet et le titre 4'abbé, sans être dans les ordres. On est d'une sévérité plus scrupuleuse envers lui qu'à l'égard de Mazarin, beaucoup plus compromis, puisqu'on ne sait pas encore si ce dernier, étant cardinal avéré, ne fut pas en môme temps le mari d'Anne d'Autriche.
Telle est notre opinion sur Dubois : des défauts criants,