Michelet, la HégeiwCy p
qu'il n'est pas juste de ramasser en un seul tableau, comme fait Saint-Simon, sans tenir compte des diverseï^ époques du personnage; des vices très hypothétiques, contre lesquels nous devons être tenus en garde par la passion des accusateurs, et par la signification favorable des documents originaux.
Son génie politique? Nous avons vu, dès le commencement de cet ouvrage, que la pensée de Talliance anglaise ne lui appartient pas. Elle vient de George I"; lord Stair en porte les premières paroles. Le représentant du duc d'Orléans, dans ces pourparlers, est d'abord l'abbé de ïhésut. Dubois n'y paraît qu'ensuite, uniquement comme organe du prince. On le trouve chaleureux, tiède, glacial, selon la variable humeur de son maître.
Lorsque le Régent, au début de son gouvememenl. penche pour le Prétendant, l'abbé penche du même coté. Peu lui importe, pourvu qu'il ait un rôle à jouer. Il est le serviteur de son maître.
Lorsque le Prétendant éprouve en Ecosse une de ces déconvenues, où la ruine morale est pire encore que la ruine matérielle, le Régent se retourne vers l'alliance hanovrienne, et Dubois avec lui. Mais dès lors le choix de l'abbé est fait. Tandis que son maître, tiraillé à l'inverse par la vieille cour qui le sert si mal, oscille entre les deux politiques, il comprend, lui, qu'il faut s'attacher à celle qui rompra la coalition contre la France et dont le succès rendra inébranlable à Fintérieur l'autorité du Régent. Certainement il en augure aussi pour son ambition personnelle le plus brillant avenir. Puisque les ministres légués par lo régime précédent et ceux qui siègent dans
l'abbé DUBOIS. ^1\
les conseils sont d*cntèlés jacobitcs, c'est a lui 4}ue le Régent devra s*adresser pour tendre la main aux whigs. apaiser leur mauvaise humeur, conclure et pratiquer Talliance, redisons-le, homme nouveau pour une situation nouvelle. Il va dévouer à cette tâche sa claire intelligence, sa fertile imagination, sa volonté impétueuse et tenace.
« Dubois à toute reste vouloit percer par TAngleterre. parce qu'il ne s'en voyoit pas «rautre moyen ". »>
Ne lui demandons pas, dans cette carrière, l'élévation des sentiments, la hauteur des vues, les grandes pensées qui viennent du cœur. Laissons-le à son rang (rhommr d'affaires éminent, très bon Français au demeurant; et nr le rangeons point parmi les grands politiques. Beaucoup Font rabaissé avec une criante injustice. D'autres Tonl surfait; surtout, il s'est surfait lui-même et à lui-même. Mais la politique qu'il servit et dont il contribua à assurer h.' triomphe, valait, à noire sens, beaucoup mieux qu«» celle de la vieille cour.
1. Saint-Simon, l. XIU, p. 409 : à foute reste, c'est-à-dire à inute foivc.