‹ Le régent, l'abbé Dubois et les AnglaisChapitre 94 sur 209 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

LE VOYAGE DE l'aBBÉ DUBOIS A LA HA\'E

Los premiers mois de la Régence s'écoulèrent sans apporter de changement a la position de Tabbé Dubois. Il roslaii l\ancien précepteur du prince. Madame aurait voulu Vy clouer à jamais. Le prince étani venu la voir h Versailles, le jour même de sa régence (le 2 septembre), elle lui demuntla « sa parole précise de n'employer jamais, en rirn du tout, pour peu que ce fut, Tabhé Dubois, qui éloil le 1)1 us grand coquin et le plus insigne fripon qu'il y eût au mond(\ ce dont elle avoit mille et mille preuves, qui, pour peu qu'il put se fourrer, voudroit aller à tout, et le voîulroit lui et l'Etat pour son plus léger intérêt * ». Le duc promit et tint sa pande quatre mois. (Vêtait beaucoup pour lui. Sur ces entrefaites, rarcliovêque de Sens, conseilleur d'Etat d'Église, étant venu à mourir, le Régent donna sa place à Dubois, 2 janvier 1716. L'abbé était

1. Saint-Simon, l. XUI. p. 129. M. de Seilhac ponsc que le langage de la Palatine, si «liiïrrenl île ee qu'il avait élc, provient de ce qu*elle aurait appris la partiei|ialion <le Tabbé au mariage du dur de Chartres avec Mlh' de Hlois. Il fait remarquer aussi (|u'elle n'attaifue pas les mœurs de Vi\U\iv. (T. 1. |i. i:Mi.)

dans sa soixantième année. Enfin, « il avait le pied à l'élrier * ».

A cette époque, le Régent comprenait qu'il s'était abusé en frayant avec les jacobites et en laissant le maréchal d'Huxelles et la vieille cour se jouer des whigs. Il songeait à revenir sur ses pas. Alors sur qui compter, sinon sur Tabbé, peut-être le seul homme dont il fut assuré? Saint- Simon parle avec insistance d'un triumvirat formé par Canillac, le duc de Noailles et Tabbé Dubois, qui, d'accord avec lord Stair, le poussaient à Talliance anglaise anlijaçobite. Tantôt ensemble, tantôt séparément, ils le tenaient, dit-il, toujours en haleine et mettaient un obstacle continuel à tout ce qui n'était pas dans leurs vues. Saint- Simon, partisan passionné de Talliance espagnole, s'efTorçail de Ty amener et de le faire changer de boussole. Mais les trois renversaient aisément tout ce qu'il avait dit, même persuadé; « et le Régent contre son gré flottant éloit toujours raccroché par eux. Il s'en dédommageoit par des brocanls sur eux, auxquels Dubois étoit accoutumé, et dont Noailles ne faisoit que secouer les oreilles, mais dont Torgueil de Canillac étoit souvent blessé. Le Régent le laissoit bouder, rioit et quelquefois après le

1. U aurait dit au Régent : • Vous voilà tout-puissant; laisserez- vous «ians l'inaction un homme qui vous a élevé? - Le Régent, après l'avoir nommé, lui aurait dit : • L'abbé, un peu de droiture, je t'en prie. • (Sévelinges, t. I, p. 1.) — Saint-Simon ne rapporte rien de tel. Il raconte seulement que Dubois sollicita sa protection dans cette circonstance et qu'il refusa de s'en mêler. Selon lui, depuis la décadence de la santé de Louis XIV, Dubois était tombé auprès de son maître. (T. XllI, p. 325-327 ) Cela prouve que Saint-Simon n'avait nulle connaissance des rapports secrets du Régent avec lord Stair par l'intermédiaire de l'abbé. Tout ce qu'il raconte des manèges de Stair, de l'abbé et de quelques autres pour tourner le duc d'Orléans vers le roi George est inexact. (T. XIU, chap. xui, XVII, etc.) — Si l'on en croit la Gazette de la Rc^gence. p. 18, ce serait par la duchesee de Berry que l'abbé Dubois aurait obtenu sa nomination de conseiller d'État. {Gazette de ta Réf/eticr, publiée d'après le manuscrit de la Bibliothèque royale de la Haye, par le comte de Barthélémy. Paris, 1887.;

:2T4 LE IIKGKNT, LABBK Dl B(>IS ET LES ANGLAIS.

raressoit. tant son jar^ron important Tavoit accoutumé à le considérer *. »

On nous parle aussi des mémoires que Dubois multipliait pour tirer enfin son maître de ses incertitudes et de la situation fausse, même périlleuse, où elles Ta valent amt'né : et toujours derrière ces triumvirs, Saint-Simon nous montre lord Stair.

Cependant n'est-il pas digne de remarque que celtr <'S|)èce de complot permanent conduit avec tant d'activité, et qui tient tant de place dans les Mémoires de Saint- Simon, n'en tienne aucune dans la correspondance d»» lord Stair avec son frouvernement? on n'y rencontre alors ni le nom de Dubois, ni celui de Canillac; et si le dur do iNoailles est mentionné, c'est pour recommander de s'en méfier.

Quoiqu'il en soit, lorsque le duc d'Orléans, harassé d'incertitudes, s'arrête à la résolution si longtemps balancée do l'alliance anglaise dans les circonstances et au milieu des difficultés que nous avons racontées, il emploie l'abbé en cachette sans se commettre lui-même, pour porter la parole et rompre la glace auprès du ministre Stanhope.

Depuis que l'abbé avait rencontré celui-ci, d'abord à Paris, a|)rès la paix do Rvswick; ensuite à Londres, chez la duchesse de Mazarin, ils s'étaient revus fréquemment à Paris, où Stanhope, prisonnier sur parole depuis TafTaire de Brihuega, avait demeuré jusqu'à l'armistice de 1712. Ni l'un ni l'autre ne se doutait alors qu'ils auraient bientôt à débattre ensemble les |»lus grands intérêts des deux rovaumes. Dubois l'avait fait connaître au duc d'Orléans, qui le vit familièrement et l'admit à quelques-unes de ses parties '. Il paraissait donc l'intermédiaire tout indiqué

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