‹ Le régent, l'abbé Dubois et les AnglaisChapitre 98 sur 209 · Coxe, Metn. of Waipole, vol · texte numérisé non relu

Coxe, Metn. of Waipole, vol

lande. Le Réfjent persista; et, par ses instructions du 20 juin 1716, il chargea l'abbé du soin de justifier sa conduite et d'olTrir les conditions de Talliance désirée, telles que ses représentants les avaient déjà formulées, mais telles aussi que la partie adverse les avait autant de fois repous-

sées V

Dubois partit de Paris le 2 juillet. Arrivé, le 5, à la Haye, il prit gîte dans une auberge sous le nom de Saint- Albin et se donna pour un amateur attiré en Hollande par le goiit des livres et des belles peintures. Là, au milieu d'Allemands dont la maison était pleine, il fit si bien son personnage que, contrairement aux inquiétudes du maréchal d'IIuxelles, nul ne pénétra ni sa qualité, ni l'objet de son voyage. George P' débarqua à Helvoetsluis, aux bouches de la Meuse, le 20 juillet 1716, gardant un incognito qui lui servit à décliner poliment la visite et les compliments de Châteauiieuf. Stanhope, en réponse à Tabbé qui lui témoigna par lettre Tardent désir de le voir à son passage, lui donna rendez-vous chez Horace Walpole, à la Haye, pour le lendemain matin, 21 juillet *.

Ce jour-là, dans leur première conservation, à huit heures du matin, Dubois débuta par la petite comédie qui servait de prétexte à sa présence à la Haye. A propos d'une correspondance secrète de Guillaume HI, portée sur le catalogue d'une bibliothèque mise en vente, il s'affligea que Stanhope eut laissé sa dernière lettre sans réponse; et, tirant de

\. Srvelinges, l. l, p. 182. Ces instructions sont du jour même où lo Régent <iéelarail à lonl Stair (|u*il ne renverrait pas le Prétendant prêalablemonl aux négoriations.

2. Le (iélail de rotle entrevue nVsl connu jusqu'ici que par les dépérhes de Dubois. M. de Sévelinges les a extraites, t. I, p. 189-20S. Nous n'avons pas pu dé<*ouvrir ni au lienjrd Office, ni dans les Stair Paperjt, la relation que James Slanh<»pe a du écrire pour le gouvernement de Londres. Nous n'avons donr rien de nouveau sur le fait lui-môme. Mais notre récit ne peut pas le négliger.

sa poche une lettre du duc d'Orléans, il lui donna lecture iFun endroit où, à propos d'incidents survenus dans la petite cour du prince de Galles à Londres, le duc autorisait Tabbé, s'il lui arrivait de voir Stanhope lors de son passage en Hollande, à lui offrir de sa part, bons offîces, amis, aident, en un mot tout ce qui dépendrait de lui. Le ministre anglais refusa avec des marques de reconnaissance.

Alors Dubois dit qu'il avait eu en vue dans ses lettres, la conformité d'intérêt qui régnait entre la France et TAngleterre ; elle pourrait facilement produire non seulement un traité d'alliance, mais même une union sincère entre les deux couronnes, union d'où résulterait l'équilibre si nécessaire au repos de l'Europe; il avait désiré voir Stanhope jouer, en Angleterre et dans le monde entier, un des plus beaux rôles qui eût jamais été le partage d'aucun ministre.

Stanhope objecta que la confiance que le roi avait eue d*abord dans le Régent se trouvait singulièrement altérée par la persuasion qu'il avait favorisé l'entreprise du Prétendant sur TEcossc. Dubois défendit de son mieux le duc d'Orléans, sa loyautô, la difficulté de sa situation vîs-à-vis de l'opinion publique ^\\ France. Los amis du Prétendant ne lui avaient-ils pas reproché d'avoir fermé sa porte à ceux qui venaient lui parler en faveur de ce prince, tandis qu'elle était toujours ouverte pour le comte de Stair? Malgré les déclamations dirigées contre lui en plein Parlement britannique, le duc d'Orléans avait voulu toujours compter sur les nobles sentiments et les bonnes dispositions de Stanhope à son égard.

C<» dernier saisit Toccasion de prolester contre les discours de cette sorte qu'on lui avait imputés. Mais il revint sur la sinish*e imjtression de son maître, quand, après être allé au-devant des intérêts du duc d'Orléans, jusqu'à différer de reprendre les poursuites qu'on avait commencées sous

le feu roi touchant le canal de Mardick, il avait vu la rébellion s'introduire dans ses Etats par la France, et sous les auspices, en quelque sorte, du prince qui la gouvernait, (tétait là, dit le ministre, le principal obstacle à Tunion proposée par le duc d'Orléans. Peut-être une partie de ce que Tabbé avait dit, était-elle vraie. Mais il fallait le faire comprendre aux autres membres du cabinet, au roi. Vérité ou prévention, il n'y avait que le temps et une expérience contraire qui pussent dissiper les soupçons.

Dubois saisit ce mot d'expérience : « Qui nous empêche d'y recourir? s'écria-t-il. De quelle part proviennent les difficultés qui retardent sans cesse Taccomplissement de l'union que nous vous avons tant de fois offerte? » Et, au sujet de cette expulsion préliminaire du Prétendant qu'on exigeait, il rappela les facilités consenties dans des circonstances semblables par Cromwell et par la reine Anne: et comment le Régent ne pourrait pas renvoyer le Prétendant sans être à même de montrer un traité ayant pour objet principal le maintien du repos public et de la paix du royaume.

Stanhope répliqua qu'il regardait l'éloignement du Prétondant comme la chose la plus indifférente; si jamais la France hasardait quelque entreprise contre l'Angleterre, il souhaiterait, pour la faire échouer, que le Prétendant fiit î\ la tête do l'expédition.

Il était possible en effet que, personnellement, Stanhope no tînt pas au renvoi préalable du Prétendant. Mais fieorge I" persistant à le réclamer, il se croyait obligé d'y insister absolument dans les relations officielles. A ses veux, la grande difficulté consistait en ce que le Régent voulait [irondre pour base le traité d'Utrecht, tandis que \o roi no s'y prêterait jamais, u La maison d'Autriche a toujours vu la paix d'IUrecht de mauvais œil; et Sa

Majesté pense qu'elle ne doit point choquer d'anciens amis, pour plaire à des alliés nouveaux et incertains. »

George, en effet, avait besoin du concours de Tempereur Charles VI pour faire sanctionner par la diète le nouvel riat territorial du Hanovre. L'Empereur, afin de garder *e puissant feudataire à sa discrétion, ne se pressait pas '. n même temps qu'en toute occasion, il protestait contre li*s stipulations dX'trecht. D'autre part , Stanhope et les whîgs avaient, au Parlement, attaqué ce traité avec tant il«' passion qu'ils s'étaient ôté le moyen de l'adopter comme H'gle de leur politique étrangère.

Après cette conversation qui se prolongea plusieurs heures, l'ahbé en raisonna avec M. de Chàteauneuf. Ils l»ensèrent que Stanhope n'était pas dans un éloignement invincible de traiter avec la France, puisqu'il paraissait se relâcher sur l'expulsion préliminaire du Prétendant; et qu'il en ressortait aussi que le roi n'avait pas pris ailleurs d'engagements contraires.

Le soir, le ministre anglais vint souper avec Dubois. Celui-ci, toujours dans son personnage d'emprunt, s'était rntoun'Mle livres. Mais on aborda bientôt le grand objet qui tenait les deux cours en suspens. Stanhope critiqua, comme susceptible de renouveler tous les jours les aigreurs, la roul<» qu'on avait prise pour négocier — c'est-à-dire sans doule la translation de la négociation en Hollande, ce qui élail surtout l'œuvre du cabinet français. Il regrettait sincèrement qu'il n(» dépendît plus de lui d'y parer; car, avant le départ du roi, les résolutions avaient été prises t'U conseil de cabinet, ot les ordres donnés en conséquence à la régence d'Angleterre et dans l'entourage immédiat du

I. ord Townshend à Scliaub, Haniplon Court, 10 (2i) aoiU 1716. Record Of/irr. Germany. vol. 202.

roi. — Stanhope faisait allusion à la condition sifie qua non du renvoi préalable du Prétendant.

Ce n'était pas, continuait-il, que le monarque s'aveuglàl sur ses véritables intérôts. Il était persuadé que rien no serait plus avantageux à TAngleterre qu'une alliance étroite avec lîi Franco, et qu'à sûreté et fidélité égales, elle devrait la préférer à celle de toute autre puissance de TEurope, puisque la France était la seule qu'elle eût à craindre. Tous les Anglais sages étaient convaincus qu'ils avaient tout à perdre et rien à gagner dans une guerre contre elle. Victorieux, la nation ne permettrait pas qu'on acceptât rien des conquêtes faites sur la France. Unies ensemble, les doux puissances n'auraient rien à craindre des autres; elb^s pourraient maintenir la tranquillité générale et même gouverner l'Europe.

Mais, poursuivit le ministre, de quelle utilité pouvaient être toutes ces considérations, si le gouvernement français s'étudiait à jeter la défiance dans l'àme de George !•'? 11 fallait, avant tout, chercher à détruire ses soupçons; et, pour cela, que le duc d'Orléans entrât, sans délai, dans une correspondance directe et personnelle avec lui, on lui donnant une explication loyale du passé, des assurances positives pour l'avenir, et surtout qu'il renonçât formollenient h la cause du Prétendant. Sans cela, lui, Stanhope, ne pourrait jamais rien (conclure, ni même hasarder une proposition avec espoir de succès.

Le hMidomain de cette soirée, si bien employée de part et d'autre, Stanhope revint souper avec Dubois (22 juillet).

L'abbé, comme preuve de la pureté des intentions du Kégont, lui remit deux lettres de ce prince qu'il avait réservées jusque-là, Tune pour lui-même, l'autre pour le roi. Le ministre anglais les reçut avec une respectueuse déférence et on conclut qu'elles concouiTaient avec tout le

LE VOYAflK DE L'ABBÉ DUBOIS A LA HAYE. 28:')

reste à persuader à son maître que le Régent, bien loin d'avoir de Téloignemenl pour son amitié, la recherchait toujours avec le même zèle.

Au souper, entre autres choses, ont parla finances. L'abbé s'effrayait de la dette publique de l'Angleterre; Slanhope le railla et dit que, quelle qu'elle fut, elle augmenterait sans doute beaucoup encore : « et jamail^, croyez-moi, elle ne causera plus d'embarras au gouvernement et plus d'inquiétude à la nation qu'elle ne leur en cause aujourd'hui ». Dubois répliqua que quelque fond que le souverain pût faire sur les subsides de son Parlement, il était encore moins riche que celui de la France, puisque ce dernier jouissait de la portion des revenus de tous ses sujets qui lui convenait, et qu'en un mot, il pouvait se regarder à bon droit comme le propriétaire du territoire entier de son royaume. « Comment donc, l'abbé, s'écria Stanhope, auriezvous fait votre cours de droit public en Turquie? » Les convives rirent beaucoup de cette saillie. Elle mettait en relief la grande différence entre un pays d'institutions libres et un état despotique. Le principe de Dubois se trouve déjà énoncé sur ce même ton de dogme indiscutable, dans ce qu'on appelle les Mémoires de Louis XIV. Telle fut encore la maxime de nos hommes d'État du xvui® siècle; ils ne surent pas s'élever à l'idée du crédit. « Ah! répliquait Dubois à son interlocuteur, vous ne connaissez pas la force d'un gouvernement qui fait banqueroute quand il veut '. » Il y en eut en effet plus d'un exemple, de la Régence à l'abbé Terray. Mais l'ancien régime y trouva sa perte. Cette maxime commode contenait en germe la Révolution. En Angleterre, il est vrai, la couronne avait la propriété du sol du royaume depuis Guillaume le Conquérant,

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