V. t. I, ch. xxin
Il y a chez lui une sincérité de fond que les accidents de surface n'obscurcissent qu'un moment.
A cette heure même, il en donne une preuve intéressante à rapporter.
Les protestants du Midi de la France qui avaient espéré du Régent, et maintenant attendaient de l'alliance anglaise une ère d'affranchissement, s'agitaient et risquaient de troubler le royaume pendant la guerre d'Espagne. George, avec sa décision habituelle, leur signifia d'avoir à se tenir en repos. Sans doute il avait intérêt à ce que nul incident intérieur ne compromît l'action militaire de la France; mais c'était déjà un mérite que de ne pas prendre le change sous couleur de religion et de décourager promptement les exaltés.
Par son ordre, Craggs écrivit à L. Stair la lettre suivante :
« S. M. ayant été informée par de nombreux rapports des désordres que les protestants de France causent fréquemment, de manière à troubler le gouvernement de S. A. R. le duc d'Orléans, lequel, malgré les dispositions favorables où il peut être à leur égard, est mis dans l'impossibilité de leur témoigner de l'indulgence par leur conduite intempestive et turbulente, qu'ont fomentée peut-être les ennemis de S. M. aussi bien que du Régent — m'a ordonné de mander à V. Exe. qu'elle ait à assurer S. A. R. dans les termes les plus formels de son vif désir de contribuer de tout son pouvoir à la paix et à la tranquillité du gouvernement de S. A., en cette occasion et toujours. En conséquence, le Roi, estimant que son influence sur une
population protestante pourrait être de quelque poids, a jugé qu'il servirait le Régent en leur envoyant quelqu'un pour leur faire savoir en son nom combien il croit de leur intérêt aussi bien que de leur devoir de se comporter honnêtement et paisiblement. Le colonel de la Boucbetière, porteur de la présente, est la personne désignée par le roi pour cette mission; et S. M. désire que vous le recommandiez de votre mieux à S. A 11., afin qu'il reçoive tout appui et protection qu'il appartiendra ' ».
Sincère aussi était L. Stair, mais d'une sincérité agressive. Quelle vie agitée avec l'abbé! Ce dernier, qui sent fixé sur lui l'œil d'un contempteur, est en proie à un malaise inexprimable. Il se submerge par nature dans les embarras, aussi bien les embarras de détail que ceux des graves questions où sont engagés les intérêts vitaux des deux gouvernements. Il en est à ne plus trouver le temps de correspondre avec le cabinet britannique. [Le secrétaire Craggs, aussi bien que Stair, ne sait que penser du petit abbé; mais, plus adroit que l'ambassadeur, il comble d'égards celui qui est leur unique soutien auprès du Régent, et derrière lequel ils perçoivent distinctement les maléfices de M. de Torcy.
Il l'encourage, le fortifie, à grand renfort d'amabilité et
1. Whitehall, Il (22) avril L719. En anglais. Stair Papers, vol. XIX. A. The Stair Annals, vol. 11. p. 106. Cette mission ent-elle des suites? Nous n'en trouvons aucune mention ultérieure. Le réfugie Coullielle informe Craggs (Londres, 29 juillet 1719) qu'il connaît dix chefs des assemblées qui se l'on! dans les Cévennes. Les papistes n'en sont pas fâchés; ils laissent faire dans l'espoir que ces attroupements décideront le gouvernement à envoyer des troupes contre eux. Rec. Off., France, vol. 357. — Par conséquent à s'affaiblir sur la frontière des Pyrénées.
de confiance. 11 a des paroles d'incantation; il le flatte par les caresses du doux langage; suprême habileté, il entre dans ses colères. Il lui sacrifiera tout; et, si cela est nécessaire, L. Stair lui-même, dont il se croit obligé néanmoins de lui vanter les dispositions conciliantes.
Tel est l'esprit de ses deux lettres à Dubois des 12 (23) et 20 (31) janvier 1719 ».
Dans la première, Craggs lui reproche amicalement son silence et défend L. Stair : « Quoiqu'il y ait bien longtemps que nous ne recevons point de nouvelles de V. Exe, cependant j'apprends avec beaucoup de plaisir, par mylord Stair, la bonne intelligence et l'harmonie qui s'est restablie enlre V. Exe. et lui, puisque dans toutes ses dernières dépêches 2, il ne se loue pas seulement du procédé droit et ferme de votre cour, mais du zèle et de la droiture avec laquelle vous poussez nos affaires communes et de la confidence que vous lui témoignez depuis quelque temps ».
« J'espère qu'il se l'attire, par l'estime, le respect et l'amitié qu'il vous rend, car sans ces sentimens il représenterait très mal cette cour. J'ai souvent prié M. Destouches de vous écrire sur ce chapitre. Car véritablement n'ayant point de réponse aux dernières lettres que mylord Stanhope et moi vous avons écrites, nous sommes un peu embarrassés sur la conduite que nous devons tenir. »
Après cet exorde insinuant, il en vient aux affaires du Nord. Et ici, quelle délicatesse de touche! Le roi est disposé, comme le Régent, à incliner en faveur du prince de Hessc en Suède. « Je dois vous prier de vouloir bien nous fournir vos lumières sur cet article; et s'il m'estoit permis de vous parler en ami et non pas en ministre, je vous dirois que si vous pouviez contribuer à faciliter le traité