‹ Le RégentChapitre 11 sur 196 · Par exemple, celle du li janvier analysée plus haul · texte numérisé non relu

Par exemple, celle du li janvier analysée plus haul

qui va se faire par rapport aux domaines que le Roy s'est acquis en Allemagne, vous aplaniriez bien des difficultés. »

« Il faut que je vous dise dans la même confidence qu'il nous est revenu des avis d'une négociation que vous aviez avec le czar. Je les ay attribuez à une finesse moscovite qui a cherché à nous donner de la deffiance. Si vous vouliez bien m'envoyer quelque chose d'ostensible sur ce sujet, je crois que cela auroit un bon effet. »

Craggs demande à Dubois l'échange des nouvelles que recevront les deux cours, « afin que par des confidences et bons offices réciproques, nous puissions mettre la dernière main à cette union et à ce concert qui nous a déjà menés si loin, et qui nous tirera tous d'affaire, pourveu que rien ne l'interrompe. »

Enfin, il prie l'abbé de lui communiquer ses idées sur la manière de s'y prendre avec le czar.

Dubois se décide alors à sortir de son mutisme; le 16 et le 21 janvier, il écrit coup sur coup deux lettres. Mais, si nous en jugeons par la réponse du secrétaire anglais, il semble que ce soit surtout l'envie de cribler L. Stair par devant son gouvernement qui fasse retrouver la parole à l'irascible abbé.

Craggs d'abord accuse réception des deux lettres du 1G et du 21 x ; il les regarde comme des preuves très marquées de l'amitié et de la confiance de l'abbé. Et tout de suite il entre dans ce qui est pour celui-ci le vif du sujet, c'est-àdire la philippique qu'il a fulminée contre L. Stair. Le ministre britannique s'exprime en homme aux yeux duquel l'intérêt majeur est de contenter l'abbé.

« Le premier article de votre lettre du 16 roule entièrement sur le chapitre de Mylord Stair; et quoique vous en

1. Londres, 20 (31) janvier 1719. En français, comme la précédente. Là lettre de Craggs n'a pas moins de vingt-deux pages. Id., ibid.

disiez beaucoup, je n'y puis répondre que très peu de chose, puisque je conviens généralement avec vos sentimens de son mérite et de ses défauts. Je reconnais parfaitement l'original au portrait que vous en faites l, mais j'espère que si la manière dont vous vous y prenez avec lui, et si les instructions qu'il reçoit d'icy ne l'apprivoisent point, il se rendra du moins à l'évidence et aux effets qui justifient tous les jours de plus en plus la fermeté, la bonne foi et la confiance avec lesquelles S.A. R. en agit avec le Roy, l'amitié et la sincérité que vous avez toujours marquées pour ses serviteurs et pour la cause commune. Enfin, monsieur, je vois avec bien du plaisir que les soins obligeans que vous vous donnez auprès de ce ministre, le feront revenir des soupçons, des pointillés et de cette conduite dure et hautaine dont vous vous plaignez.

« Je n'ai pas manqué de lui représenter dans toutes mes lettres la nécessité où il estoit, non seulement de se conduire humblement envers S. A. R, mais de bien faire sa cour à M. l'abbé Dubois, puisque, s'il vouloit avoir du crédit et de la confiance clans une cour étrangère, il les devoit obtenir par son savoir-faire et son adresse, mais qu'ils ne se demandoient pas par autorité, et que si vous vous y étiez pris par ce chemin en Angleterre, vous auriez rebuté tout le monde. Aussi dois-je dire à Y. Exe. que, dans les dernières dépêches de Mylord Stair, nos offices ont produit un bon effet et il témoigne tout le respect et toute la justice qui sont dus à M. le Régent et à son ministre. »

Certes, dans ce style, il y a de quoi adoucir les piqûres cuisantes que L. Stair a infligées à sa victime. Mais si cela ne suffit pas, on ira plus loin : on extirpera la cause du mal.

1. C'est grand dommage que ce portrait, qui devait être de main de maître, n'existe pas au Record Office.

« Pour conclure cet article, je vous ferai seulement ressouvenir de ce que Mylorcl Starihope et moi vous avons offert au nom du Roy. Au pis aller, il ne s'agira que de rappeler Mylord Stair, et quelques difficultés qu'il nous en pût survenir, nous les préférons à celles de conserver en France une personne qui vous est désagréable. Si M. Destouches vous a bien informé de tout ce que je lui ai dit. il aura dû remédier en grande partie aux inquiétudes qu'auront pu produire les defliances de Mylord Stair dans votre esprit. »

Ici une réflexion se présente d'elle-même à l'historien. On dépeint Dubois comme le docile instrument des Anglais, auxquels il n'a rien à refuser. Et voilà qu'au lieu d'avoir le mors dans la bouche, il s'impose tellement qu'il est devenu le maître de la situation diplomatique. Peut-être aussi L. Stair, malgré ses rares talents, et du fait de son caractère altier, n'est-il pas beaucoup plus sympathique sur les bords de la Tamise que sur ceux de la Seine.

Des traits personnels, Craggs passe à la théorie générale, comme s'il voulait instruire l'abbé sans en avoir l'air; et il la met en pratique avec une très jolie légèreté de main.

« Il n'y a, poursuit-il, que la manière de présenter les choses, et c'est peut-estre en quoi consiste le plus l'habileté d'un ministre qui veut préserver la bonne intelligence entre les cours où il négocie. » Il cite des faits et comment on doit bien distinguer entre les avertissements et les

reproches, entre la communication par un ministre à l'autre de tout ce qu'on dit, de tout ce qu'on pourrait dire, et ce qu'il dit comme son opinion et sa pensée. Il faut avoir égard aux prétextes que leurs ennemis peuvent prendre, aux insinuations qu'ils peuvent fournir. Il est bon de s'entre-avertir. Pour lui, il ne croira jamais les choses au point où il les désire, jusqu'à ce qu'on reçoive ces avis de

part et d'autre comme des communications d'amitié, plutôt que comme des craintes et des jalousies de gens qui ne se fient pas les uns aux autres.

« C'est clans ce sens, ajoute Craggs, que nous recevons les plaintes que vous nous faites du traité conclu entre S. M. l'Empereur et le roi de Pologne », traité dont il atténue de son mieux l'importance, ainsi que nous l'avons vu plus haut, et dans lequel il n'y avait réellement à reprendre que le silence observé à l'égard du Régent.

« A propos de la guerre contre Philippe V, il reconnaît qu'en France une inclination démesurée et déraisonnable prévaut en faveur du roi d'Espagne et du Prétendant. Un peu de temps, beaucoup de méthode dans la police des provinces et la disposition des emplois en viendront à bout. Craggs ne veut point se mêler des affaires domestiques de France : « Je vous dirai seulement que, pour de nouveaux systèmes, il faut de nouveaux hommes. » Que le Régent prenne garde à lui. Le parti qui lui est opposé est descendu en ligne droite de la vieille ligue en France, et l'esprit qui la gouverne a été aussi héréditaire en Europe; et en lisant les histoires, on le voit dominer et succomber tour à tour aussi visiblement que les grandes familles qui ont leur période d'accroissement et de déclinaison : et vous savez, monsieur, que chez eux il n'y a point de voye qui conduise plus certainement au salut qu'un bon assassinat bien exécuté pour la cause de Dieu \ »

En effet, à Londres, les jacobites parlaient tout haut d'assassiner le Régent *. Aux fréquents avis de complots contre sa personne qui lui parvenaient, le prince, loin de les prendre tragiquement, n'en faisait que rire.

\. liée. O/f., France, vol. 358.

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