Celle du 27 décembre
aller chez Stair pour y recevoir la visite de Law; si, quand il y fut, il devait passer la quinzaine de son séjour à négocier comment il se rencontrerait avec le personnage qu'il avait ordre absolu du roi d'entretenir. Il fit bien d'aller à lui tout droit et de lui demander de s'expliquer sur les points nécessaires. Quant au régiment, Stanhope voulait voir, en l'offrant, si Law serait disposé à solliciter quelque faveur du roi. « Dites-moi, je vous prie, si vous pensez que cela ne valût pas la peine d'obliger le personnage. S'il n'est pas homme à se laisser obliger, s'il veut au contraire soutenir les jacobistes, s'il peut amener la France à rompre avec nous, sera-ce le régiment en question qui mettra le Prétendant sur le trône?
« Je suis entièrement de votre avis sur un point, à savoir qu'il se peut que Law arrange et établisse les finances de France de manière à rendre ce royaume plus formidable que jamais à ses voisins. Je pense que nous devons nous inquiéter, être circonspects et nous tenir sur nos gardes. Je pense avec vous que Law peut avoir la vanité, étant notre compatriote, de tenter un jour ou l'autre de nous •donner un monarque; et cela doit nous rendre très vigilants; mais je n'admettrai jamais que le roi doive, à cause -de ces appréhensions, rompre immédiatement avec le Régent, s'il ne congédie pas M. Law.
« Si telle est votre pensée, j'en diffère complètement. Voulez-vous que nous nous mettions en toute chose à contrarier et à irriter M. Law? Je me rappelle que vous avez été avec l'abbé Dubois tout à fait approchant de ce que vous êtes devenu ensuite avec Law. A présent, je vous vois en train de rompre chez nous avec L. Stanhope; et, je vous prie, qu'arrivera-t-il de tout cela? Dieu me garde, mais vous me remettez à l'esprit ce que je vous ai vu faire si souvent au jeu. Quand vous commenciez à perdre, vous
aviez coutume, fût-ce contre tous les filous et les spadassins de la caverne, de tenir tout quand môme. Si un ami vous parlait ou vous tirait par la manche, que dis-je? Si une dame requérait vos services, — c'était tout un pour le comte de Stair — maîtresse, ami, fortune, tout au diable, plutôt que de céder \ Et alors, chacun de dire et de convenir : Cet homme a une A'aste capacité; c'est un bon soldat, un habile homme d'Etat, un homme distingué, un lettré de très grand mérite, un agréable compagnon, mais voicy qui gâte tout 2. De môme en tout ceci : vous avez été jaloux des bons rapports entre L. Stanhope et l'abbé, ensuite piqué de la conduite de Law, et maintenant de ce que L. Stanhope n'est pas entré entièrement dans votre manière de voir sur ces affaires 3. »
Retenons de cette lettre qu'au commencement de février 1720, le ministère anglais, s'il admet qu'il doive avoir l'œil ouvert sur le système et sur les plans politiques de Law, se cantonne néanmoins dans la simple observation. Loin de travailler au renversement du système, s'il réprouve quelqu'un, c'est son propre agent, lequel, après tout, s'attaque moins encore au système qu'à son auteur.
Les dards que Craggs lui décochait avec une gaieté quelque peu cruelle, injuste à plus d'un égard, provoquèrent de la part de celui qu'ils visaient une réplique de justification indignée, et pour nous très instructive (14 février 1720). « J'ai reçu, dit Stair, votre lettre du 25 janvier (5 février). Je l'ai lue et relue avec l'esprit et la disposition où l'on doit être pour recevoir les avis et les reproches d'un ami. Je sais fort bien que j'ai des défauts; et je m'efforce de me
1. La lettre est en anglais; les mots tout au diable, en français.