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En français. Stair Papers, Oxenf. Castle, vol. III, B

2. Ainsi c'est par erreur qu'on a cru voir dans cette nomination l'influence de Stanhope.

L. Stair, il jugea à propos de le reconnaître comme premier ministre et de le considérer comme un bien plus grand homme que n'avaient jamais été le cardinal Richelieu ou le cardinal Mazarin !. Il lui fît des avances, tâcha, non de le séduire, ses offres n'étaient pas d'un tentateur, mais de le rattacher par des procédés courtois personnellement, tels que de donner un régiment à son gendre, L. Wellingford; d'ouvrir l'accès de la Chambre des Lords au comte de Banbury, son beau-frère.

Par quel accueil Law répondit-il à cette bonne grâce? les documents sont muets. Il est permis de croire qu'il y parut sensible. Les récriminations de L. Stair dans sa correspondance ultérieure avec Craggs (12 mars), nous apprennent que L. Stanhope affirma au Régent que le roi était pleinement satisfait de Law et n'élevait aucune plainte contre lui; que Stair avait entièrement tiré de son propre cerveau tout ce qu'il lui avait dit, sans ordre et même contrairement à ses ordres; et qu'à raison de cette manière d'agir, il serait rappelé. D'après le témoignage irrité de L. Stair, dont l'affirmation est formelle, Stanhope en fit la promesse à Law lui même 2.

Après cet éclatant désaveu de L. Stair, Stanhope reprit le chemin de Londres, persuadé qu'il avait fait, avec le créateur du système, non pas un traité de paix, il n'y avait pas eu guerre, mais un pacte de bon vouloir réciproque; que Law n'était pas l'ennemi de l'Angleterre hanovrienne, tout le mal n'étant que fumées de fantaisie, humeur atrabilaire et agitée chez L. Stair. Il se trompait. Sa fougue de confiance en lui-même faisait tort à sa clairvoyance.

1. Lett. à Graggs, 12 mars 1720. En anglais. Hardivicke t'ap., vol. II, p. 612.

2. L. Stair à Graggs, Paris, 20 février 1720. En français. Rec. Off., France, vol. 361.

Il résulte donc de l'étude des documents intimes du ministère anglais que ses membres ne tramaient nullement contre Law et le système le complot qu'on leur impute, et que si Stanhope se montrait favorable à Law dans ces commencements de 1720, et désireux de s'entendre avec lui, il était de bonne foi; il ne jouait point de comédie perfide.

Au reste, l'attitude de L. Stair dans les mêmes jours servirait de contre-épreuve, si l'on peut s'exprimer ainsi.

D'abord, comme suffoqué par la surprise et la colère, il se tait sur la lettre de Graggs du 22 décembre 1719 (2 janvier 1720), bien qu'à Londres on attende impatiemment sa réponse. Il s'abstient d'annoncer à Craggs, qui se plaint de son silence, l'arrivée de L. Stanhope à Paris l.

Cependant, il se ressaisit, supporte bravement le coup qui l'immole à Law; et, quand il se décide à parler, s'il s'exprime en homme profondément blessé, c'est aussi en citoyen toujours prêt à se dévouer au service de l'État.

Le 20 janvier 1720, il mande enfin à Craggs : « Puisque milord Stanhope a jugé à propos de déclarer mon rappel aux ministres de cette cour, qui ont eu soin de le publier par toute la ville, j'espère que le Roy enverra au plus tôt quelqu'un de confiance à Paris où, si je ne me trompe fort, Sa Majesté aura bientôt besoin d'un ministre éclairé.

« Pour mes sentiments touchant les affaires publiques et les dispositions de cette cour, je me remets à ce que j'ay (eu) l'honneur de vous écrire immédiatement avant

1. Craggs à L. Slair, Whitehall, 28 décembre 1719 (8 janvier 1720). En anglais. Stair Papers, vol. XIX, B. Staiï Annals, vol. 11, p. 407.

l'arrivée de mylord Stanhope. Je suis trop bon serviteur du Roy et j'aime trop ma patrie pour ne pas vous redire, quand môme cette vérité déplairait, que si nous ne prenons pas des arrangements pour le payement de nos dettes publiques, et cela sans perdre un moment de temps, nous nous trouverons, selon toutes les apparences humaines, dans l'état dans lequel M. Law dit que nous sommes déjà, savoir que la nation est banqueroutte et que nous n'avons d'autre parti à prendre que de dépendre de la France.

« Je souhaite autant que qui ce soit de voir continuer la bonne intelligence entre le Roy notre maître et le Régent. Mais si je ne me trompe fort, nous ne devons pas compter sur cette bonne intelligence qu'autant que le Roy sera en état d'être un ami utile ou un ennemi dangereux; il me paroit que les démarches queM. le Régent vient de faire ne doivent point nous endormir. »

Stair veut bien croire que les intentions du Régent sont sincères. Or, peut-il agir autrement dans la conjoncture présente? N'est-il pas clair qu'en cas de rupture avec l'empereur et avec le roi, tout le système de papier de M. Law tomberait par terre? Mais quand la France aura les cent vaisseaux de ligne qu'elle se promet pour l'année prochaine, et si le papier de Law s'établit, croit-on qu'elle parlera et agira, comme elle parle et fait semblant d'agir à présent? « Je vous l'avoue, je "n'en crois rien. »

L'énorme exagération de ces cent vaisseaux disponibles l'année d'après, alors que Louis XIV avait laissé la marine à l'abandon, devait, dans l'état d'esprit des ministres britanniques, nuire davantage encore à celui qui prenait pour article do foi cette jactance de Law et de la vieille cour. Toutefois, à la fin de sa lettre, L. Stair s'exprimait d'une façon plus digne de son vigoureux caractère si fortement trempé.

« Par rapport à ce qui m'est arrivé, je ne dirois mot. J'ay toujours été prêt quand il s'agit du service public, de me compter pour rien. Je souhaitte très fort que l'on puisse se trouver bien des soumissions qu'on a jugé à propos de faire à M. Law; je vous avoue qu'elles m'ont paru un peu fortes, et je prévois que difficilement en tirerons-nous ou bonneur ou utilité. Du reste, je n'ai nul regret d'être tiré d'un poste lequel allait devenir trop difficile et trop délicat pour moy. La manière n'a pas été trop gracieuse; mais cela ne change rien à mon dévouement immuable au service du Roy et de la Patrie !. »

Quoiqu'il en eût cependant, la colère qui fermentait dans son âme ulcérée jaillit par une lettre particulière à Craggs, adjointe à la précédente, et d'une telle violence contre L. Stanhope que Craggs la brûla et ensuite y répliqua sur le ton d'une gronderie amicale, catégorique et pittoresque.

« Entre amis, sur de telles affaires, dit-il, je ne sais pas faire de phrases. J'ai fréquemment donné à entendre à V. S. que j'aurais souhaité qu'elle ne s'engageât pas si souvent dans des animosités personnelles avec les ministres du Régent; mais je serais bien aise de savoir si, dans ces dernières circonstances, le roi et ses serviteurs pouvaient se tenir tranquilles après votre dernière lettre à L. Stanhope 2. »

Ici Craggs rappelle la résolution immédiate du roi d'envoyer Stanhope pour se mettre en rapport avec Law; il se moque des pointilleries de L. Stair. Quand la question était de savoir si Hannibal était aux portes, fallait-il disputer sur des misères, par exemple, si Stanhope devait

1. L. Stair à Craggs, Paris, 28 janvier 1720. En français. Stair Papers, Oxenf. Caslle, vol. III, B. Hardwicke Pap., vol. II. p. 603, moins complet.

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