I do not care to make the grimace of
3. L. Stair à Craggs, Paris, 17 février 1720. En anglais. Hardwiche Pop.r vol. II, p. 604-007. Stair Pap., Oxenf., vol. III, B.
que, pour complaire à M. Law, on a jugé à propos de lui promettre que je serois rappelé, et qu'on a détruit l'intérêt personnel 1 que j'avois auprès de M. le duc d'Orléans et qu'on a fait comprendre à S. A. R. que je n'avais plus de crédit à cette cour2. »
Mais aussi longtemps qu'il reste sur le théâtre de sa disgrâce, il combat. Tel un capitaine de vaisseau attaqué à bâbord et à tribord, plutôt que d'amener son pavillon, le cloue au grand mât et riposte des deux côtés, tel L. Stair réplique à ceux de Londres comme à ceux de Paris. Le 28 février, il reprend son thème, cette fois en français, par ce que, des mains de Craggs, sa dépêche est destinée à passer sous les yeux du roi.
« Admirez l'insolence de cet homme. Pendant que son système ébranlé le menace de l'écraser par sa chute à tout moment, il ose prétendre vous mener le bâton haut. Qu'en feroit-il, si son système étoit établi? Vous ne verrez que trop que j'ay bien connu cet homme, et ses mauvais desseins contre sa patrie, et le méchant usage qu'il méditoit de faire de son crédit contre son maître.
« Vous avez mal jugé, quand vous vous êtes imaginé que je me laissay emporter par picque et par humeur.
« Dieu sçait que je ne suivois que les mouvemens du zèle et d'attachement à mon Roy et à ma patrie. Je vous ai parlé vray en homme éclairé, pendant que vous m'avez traité en visionnaire, quoi que je puisse dire sans vanité, que vous aviez raison de vous fier à moy, et de vous défier de ceux à qui vous ajoutiez foy.
« Je ne parle pas de my Lord Stanhope. Je le reconnois pour très honnête homme, bon citoyen et bon serviteur du Roy. Je le respecte et je l'honore ; quoique j'ay raison de
1. Locution anglaise pour l'influence personnelle. '2. En français. Rec. O/f., France, vol. 3G1.
me plaindre de luy, je n'ay nul ressentiment contre luy. Il croioit servir l'Etat en me donnant des mortifications. Il s'est trompé, et tout homme peut se tromper. Je vous en réponds, si vous m'aviez laissé faire, Law serait perdu à l'heure qu'il est; et l'union entre le Roy et M. le duc d'Orléans seroit plus étroite que jamais. A l'heure qu'il est, il faut songer au plus tôt, d'envoyer un autre ministre à cette cour. Pour l'amour de Dieu, envoyez-y un honete homme, avant toutes choses; et un habile homme, si vous le pouvez trouver1.
A la fin de février, Craggs informe L. Stair que le roi consent à le rappeler, que ses lettres de rappel vont être préparées; qu'en attendant le choix de son successeur, il ait à avertir le Régent de son prochain départ et à rester auprès de lui 2.
Stair reçut en effet ses lettres de rappel au commencement de mars. En remerciant le roi, il ajouta qu'il attendrait ses ordres pour en faire usage \ De cette manière, son ambassade à Paris se prolongea officieusement plusieurs mois encore.
Tel fut le dénouement de la querelle entre les deux antagonistes, le diplomate et le financier.
Yoici ce qui nous paraît se dégager évidemment des rap-
1. L. Stair à Graggs, Paris, 28 février 1720. En français. Hardwicke Pap., vol. II, p. 609. Le 12 mars suivant, il revient à la charge auprès de Graggs, par un plaidoyer, en anglais cette fois, plus développé et non moins vigoureux que la lettre ci-dessus. Id., ihid., p. 610-615.
2. Graggs à Stair, Whitehall, 18 (29) février 1720. En anglais. Stair Anna/s, vol. II, p. 144.
3. Lett. à Graggs, Paris, 11 mars 1720. En français. Rec. O/f., France, vol. 361.
LORD STAIR ET JOHN LAW. 27i
ports de Stair et du gouvernement britannique avec Law. Stair, irrité des propos et de l'attitude hostile de Law contre sa patrie et son maître, effrayé de la puissance énorme que la réussite du système mettrait dans les mains de cet ennemi, le dénonce à la fois à son gouvernement et au Régent comme le dissolvant de l'alliance et un danger public. Quoique le rétablissement des finances de l'Etat français au moyen du système lui semble une éventualité très redoutable en présence de la situation critique des finances d'Angleterre, il semble que l'essentiel pour lui soit de renverser l'auteur du système, à cause du mauvais usage qu'il ferait du succès. A la vérité, il est difficile de concevoir le renversement de l'inventeur sans le renversement de l'invention. Mais ce dernier objectif ne figure ni dans la correspondance régulière ni dans les récriminations de L. Stair avant ou après sa disgrâce.
Son gouvernement, c'est-à-dire le Roi, Stanhope et Craggs ne désirent ni surtout ne complotent la chute ni de l'homme ni de la chose. Ils regardent ce qui se passe entre les deux Ecossais comme une guerre de chicane, presque d'espièglerie, — et en cela ils se trompent, elle porte beaucoup plus haut et plus loin. — L'indomptable personnalité de Stair peu à peu les fatigue et les irrite. Stanhope, accoutumé à résoudre par sa présence et par un don naturel de persuasion les difficultés de la politique étrangère, croit qu'en allant sur place, à Paris, en désavouant l'ambassadeur, en usant de procédés gracieux envers Law, il satisfera celui-ci et substituera la bonne entente à de simples querelles de ménage désormais sans objet; et il agit en conséquence avec moins de discernemeut, disons-le, que de bonne foi.
Cette bonne foi ressort incontestablement des correspondances échangées entre les trois ministres, Stanhope,
Craggs, Stair. Si elles avaient été écrites pour le publie, il serait loisible de les taxer de fourberie et de comédie. Mais elles portent la mention confidentielle1; et plus haut, nous avons vu L. Stair se plaindre amèrement qu'à Londres on ne gardât pas le secret sur ses confidences. On ne saurait dire qu'ils se fardent la vérité l'un à l'autre. N'est-ce pas assez des philippiques de Stair pour démontrer que la partie était très sérieuse entre eux et qu'il faisait les frais de la conciliation souhaitée et recherchée franchement par Stanhope auprès de Law 2?
Craggs suit avec une curiosité qui n'est pas exempte d'anxiété le développement extraordinaire et les fluctuations énormes du système. Mais nulle part on ne surprend dans ses dépêches les pensées haineuses contre la France, les traits machiavéliques qui fourmilleraient certainement entre fauteurs du noir complot qu'on leur attribue. Bien plus, une de ses lettres citée plus haut nous apprend que volontiers il eût spéculé et qu'il n'était pas sans quelque regret de ne l'avoir pas osé.
Dans cet ordre d'idées il ne sera pas inutile d'emprunter encore à sa correspondance quelques extraits pris sur le vif, dans la sincérité de ses impressions, et avec des vues sur l'opinion du public anglais3.
Il écrit à L. Stair : « En ce que Votre Excellence rapporte de M. Law, on ne s'étonnerait pas beaucoup ici que