The moneyed men
En réponse (30 avril), Stair se réjouit que, dans la pensée de Craggs, Law ne puisse pas nuire aux fonds anglais. Cependant n'est-ce pas une chose dangereuse que des étrangers possèdent tant de fonds anglais? N'est-ce pas une arme terrible entre les mains d'un homme tel que Law? Et, — chose intéressante à noter, — L. Stair s'inquiète de ce que les Anglais négligent trop de penser aux plans de cet homme, leur ennemi déclaré. « Vous ne pouvez pas croire, dit-il, que son pouvoir soit peu de chose, si vous considérez l'autorité absolue qu'il a acquise sur le
Régent ».
A propos de l'arrêt du 21 mai (1720) portant réduction de la valeur des actions et des billets de banque, Craggs mande tranquillement à Stair le 16 (27) mai : * J'ai reçu votre lettre avec l'arrêt extraordinaire qui vient de réduire la banque. Je ne me permettrai pas d'observations à ce sujet, les finances de France étant une matière sur laquelle nous ne saurions dans notre pays former aucun jugement. Mais je suis impatient de savoir quel effet cet édit aura produit sur le public » . (L'effet produit fut qu'on le révoqua, le 27 mai, six jours après la promulgation.)
Il convient donc, sur le témoignage des documents originaux les plus certains et les plus dignes de foi, de relé- «mer parmi les légendes que l'examen des textes dissipe, les prétendues menées sournoises et malfaisantes du gouvernement de George Ier contre le système.
A la vérité, un an plus tard, le 15 (26) janvier 1721, Schaub écrira à Dubois que milord Stanhope a été tenté plus d'une fois d'aller le féliciter du coup de maître par lequel il a fini l'année en se défaisant d'un concurrent également dangereux à l'un et à l'autre l. Ce langage s'explique
1. Lémontey, t. I, p. 333, note 2. Sévelinges, t. II, p. 2, donne la lettre en entier.
par la raison que, malgré la tentative de bon accord de Stanhope auprès de Law, celui-ci avait, plus bruyamment que jamais, affiché ses sentiments jacobites et, de concert avec certains ministres français, ennemis de Dubois, prôné la guerre contre l'Angleterre hanovrienne. Rien donc de plus rationnel ni de plus légitime que le changement qui s'était opéré chez le ministre anglais à l'égard de Law, du 1er janvier 1720 au 1er janvier 1721. Dubois, de son côté, ne fut pas l'auteur de la chute du système. Mais une fois le système renversé, après sa course vertigineuse, écrasé sous son propre poids, Dubois décida le Régent à renoncer à tout espoir de restaurer les finances par le génie de l'homme qui venait de les perdre.
Conclusion : le gouvernement britannique, à l'époque où l'on raconte qu'il conspirait contre Law, lui offrait loyalement un pacte d'amitié.