‹ Le RégentChapitre 108 sur 196 · Lettre de Penterriedter du 6 février 1720. Weber, p · texte numérisé non relu

Lettre de Penterriedter du 6 février 1720. Weber, p

2. Traité entre l'Espagne et l'Angleterre, à Utrecht, 13 juillet 1713.

conquête, acquisition complètement organisée, faisait peu de cas de Gibraltar où tout était à faire.

Même après la guerre qui finissait à peine et afin d'éteindre toute querelle, le roy y inclinait encore contre des avantages de commerce ou une compensation territoriale en Amérique. En dernier lieu, Stanhope, étant à Paris au mois de janvier, ne s'était pas dédit, mais pour tout homme d'Etat anglais, il allait de soi que rien ne valait sans le parlement. Le duc d'Orléans, au contraire, avonsnous dit, s'attendait que le roi déciderait spontanément cette restitution dans la plénitude de sa prérogative souveraine. D'une éventualité qu'on ne repoussait pas, il fit un engagement ferme. Fiévreusement il en assura le roi d'Espagne. Sans plus de réflexion , il ne craignit pas de s'en porter garant.

Tandis qu'il s'abandonnait à ces fallacieuses illusions, une dépêche de Destouches, du 12 février (1720), apportant la réponse négative de Londres au mémoire de Grimaldo, le bouleversa et le mit au désespoir. Il se regardait comme engagé, comme perdu d'honneur vis-à-vis le roi d'Espagne, à la face de l'Europe témoin de son affront, comme frappé d'un coup mortel en France. Agité au delà de ce que Dubois l'avait jamais vu, il déchargea sa colère sur ce dernier, lui reprochant d'avoir montré à L. Stair et à M. de Penterriedter l'acceptation du roi d'Espagne et les autres papiers, sans quoi il n'y aurait pas eu de difficulté sur la cession de Gibraltar. A un autre, ajoutait-il, il n'aurait jamais pardonné la faute qu'il avait faite; sans sa bévue, la reddition de Gibraltar était sûre. Affirmation gratuite, excessive. Les Anglais n'avaient-ils pas été informés directement par le mémoire de Grimaldo? Et Georges était-il maître de se comporter à la Louis XIV?

Autour du duc d'Orléans , la vieille cour inspirait des

conseils violents. Law, plus que jamais, se livrait à ses fumées d'imagination; il demandait la guerre en protestant avec une frénésie d'inventeur qu'elle mettrait en évidence la bonté de son système, quoiqu'il fût clair, disait à l'inverse Dubois, que son système de papier tomberait entièrement1.

Et c'était au milieu et en dépit de ce conflit étourdissant où chacun contre lui enchérissait sur le maître, que l'abbé, poussé par les Anglais et les Autrichiens à l'archevêché de Cambrai, gardait sa présence d'esprit, et, comme un tacticien habile à opérer sur plusieurs échiquiers simultanément, combinait l'escalade des différents degrés du sacerdoce, sa sauvegarde!

Dubois, dans cette crise, recourut tout d'abord à L. Stanhope. Par une lettre très secrète, en date du 17 février (1720), il lui dépeignit le désespoir du duc d'Orléans, que lui, le ministre, ne pouvait ni soulager ni condamner, et qui les exposait tous à tant de dangers. « Je ne sais pourtant, ajoutait-il, ni ce que je puis espérer, ni ce que je puis faire pour détourner tout ce que je crains2 ». Quelques jours après (24 février), il résumait à Destouches les traits de cette situation si troublée, Law qu'il avait cru clans les termes de modération où il était resté avec L. Stanhope, au contraire fort altéré contre la cour de Londres; Leblanc, ministre de la guerre, entré dans les vues de Law; tous deux l'attaquant comme favorisant l'Angleterre; le duc d'Orléans lui reprochant sa prétendue faute d'indiscrétion et envoyant une lettre vive par M. de Senneterre au roi de la Grande-Bretagne, la nécessité de rappeler L. Stair sans aucun délai de peur de quelque éclat qui serait sans remède, sa présence à Paris étant peut-être une des principales

1. L. Stair à Craggs, Paris, 22 février 1720. En français. Hardiv. Pap.> vol. II, p. 607, 608.

Page 1