‹ Le RégentChapitre 120 sur 196 · Baudrillart, t. II · texte numérisé non relu

Baudrillart, t. II

obtenir autant de l'Espagne. Il s'en ouvrit à Destouches, à Londres; et celui-ci transmit à Paris, 20 janvier 1721, le langage du principal secrétaire d'Etat britannique.

Stanhope proposait qu'avant l'ouverture du congrès, la France, l'Angleterre et l'Espagne se missent d'accord sur tous leurs intérêts, afin de forcer l'Empereur à tenir ses engagements en Italie. Mais comment, au congrès, s'opposer vivement aux desseins et aux chicanes de l'Empereur, si l'Espagne n'était point auparavant d'accord avec l'Angleterre sur tous ces points?

« Vous voyez bien, poursuit le ministre, que j'en veux venir à l'article de Gibraltar.

« Que le roi d'Espagne nous donne le temps de respirer et de nous tirer du bourbier où nous sommes par rapport à nos finances, et je lui garantis qu'avant qu'il soit un an, nous lui rendrons Gibraltar moyennant le plus faible équivalent, ou plutôt l'ombre d'un équivalent. Car je persiste toujours dans l'opinion où j'ai été de tout temps, c'est que non seulement cette place nous est inutile, mais même qu'elle nous est à charge. C'est la pensée du Roi mon maître comme la mienne, et je vous jure par tout ce qu'il y a de plus sacré que si la chose ne dépendait que de lui et de ses ministres, Gibraltar serait rendu à l'Espagne avant qu'il fût quinze jours. Mais présentement si j'y engage le Roi, je ne puis le faire sans le perdre et sans porter ma tête à un échafaucl. Or, quelque envie que j'aie de faire plaisir et de rendre des services essentiels à S. M. C. et de lui procurer les moyens de triompher de l'Empereur au congrès, je ne le ferai assurément point à ce prix-là. Jamais nous ne serons d'accord tant qu'on exigera Gibraltar quant à présent »

Mais si l'Espagne se désiste de l'article de Gibraltar avant l'ouverture du congrès, « il n'y a point d'engagé-

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ments où nous ne soyons disposés d'entrer avec l'Espagne, conjointement avec la France ».

Dans cette vue, Stanhope exprimait le désir de se rendre à Paris pour entretenir personnellement le Régent1. C'était la plus sûre tactique ; car sa parole avait en quelques heures plus d'efficacité que de longues correspondances. Il comptait proposer au duc d'Orléans de former avec l'Espagne une alliance à trois, de se présenter ainsi en un groupe compact au congrès et de déjouer par leur étroite union les manœuvres de l'Autriche, c'est-à-dire l'empêcher l°de refuser sous des prétextes l'investiture de Parme et de la Toscane à un prince de la maison de Bourbon; 2° de s'attacher le roi de Sardaigne en lui faisant espérer cette investiture pour le prince de Piémont qu'on marierait à une archiduchesse d'Autriche, ce qui fermerait lltalie à l'Espagne et à la France et la placerait sous l'hégémonie des maisons d'Autriche et de Savoie. Enfin, on obligerai! l'Empereur à cesser de fouler peu [des et princes de la péninsule par les continuels passages de ses troupes et leurs séjours en quartiers d'hiver.

Mais comment mener à hien une pareille tache sans un accord préalable avec l'Espagne surtout, si cette puissance tenait le poignard sur la gorge aux ministres anglais en exigeant par préliminaire la restitution de Gibraltar1?

11 ne fut pas donné à Stanhope de remporter ce triomphe diplomatique. Un mois après ses confidences à Destouches, accueilles du Régent avec la plus vive satisfaction, il mourait (février 1721). Ses successeurs adoptèrent ses vues sous l'impulsion du roi, vrai chef de la politique étrangère; ils ne réussirent qu'avec beaucoup de peine à amortir la passion du roi d'Espagne et, disons-le tout de suite, ils

1. Destouches au Régent, Londres. 20 janvier 1721. Baudrillart, t. II,

chap. ii, p. 446-449, a pleinement élucidé cette négociation.

durent se rabattre à compter sur le temps, sur les circonstances pour parvenir, selon le mot de Schaub, à lui faire faire abstraction <]e Gibraltar1. De cette manière, ils obtinrent de Philippe V une accalmie de quelques années.

1. Schaub à Saint-Saphorin, Versailles, 8 novembre 1722. En français. liée. Off., France, vol. 36i.

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