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CHAPITRE XVIII

ROBERT SUTTON SUCCEDE A L. STAIR FIN DU SYSTÈME. LES OUVRIERS ANGLAIS EN FRANCE

Sir Robert Sutton vint relever L. Stair à Paris, le 16 juin 1720. Le 18, il vit l'archevêque de Cambrai qui protesta de la ferme résolution du duc d'Orléans de demeurer dans une parfaite union avec le roi.

Relativement à Law, Dubois lui conseilla de garder soigneusement les apparences de bien vivre avec lui, ajoutant que s'il se présentait une occasion pour l'entreprendre, il ne manquerait pas de l'avertir du temps le plus convenable. Il savait, dit-il, que Law avait tenté de le faire disgracier j .

Le lendemain, admis en présence du Régent, il reçut de ce prince la déclaration qu'il persisterait inaltérablement dans les mesures et les engagements qu'il avait pris avec le roi d'Angleterre pour rétablir la paix et le repos de l'Europe, et pour le bien des deux royaumes; et s'il se

1. Le Régent écrivait alors à Stanhope qu'on avait répandu depuis peu des bruits ridicules et sans fondement qu'il avait disgracié l'archevêque de Cambrai.

336 LE RÉGENT, L'ABBÉ DUBOIS ET LES ANGLAIS, rencontrait quelque difficulté, pour en venir à bout, elle «'aplanirait facilement l.

Le 22 juin, le nouvel ambassadeur eut son audience de Louis XV.

Ses instructions lui prescrivaient de s'entretenir le plus souvent possible avec l'archevêque de Cambrai et avec le Régent, de faire les plus grandes démonstrations d'amitié pour la France, mais comme il convenait à l'ambassadeur du roi de la Grande-Bretagne, et en partant de ce fait que ce qu'il leur offrait leur était au moins aussi bon et aussi utile que l'amitié qu'il leur demandait 2. Au reste, l'archevêque, écrivant à Destouches qui avait suivi George en Hanovre, réitérait les assurances de la résolution du Régent de cultiver de plus en plus la bonne amitié qui subsistait entre eux; les suggestions malicieuses que des gens malintentionnés pouvaient avoir faites au contraire, étaient, disait-il, sans aucun fondement3.

Au lieu de prêter une oreille trop docile aux suspicions systématiques de L. Stair, Sutton prit le sage parti d'approfondir préalablement la situation. Stair avait dénoncé des mouvements de troupes en Bretagne sans réfléchir, tant il était ombrageux et entier dans ses idées, que la récente rébellion qu'on y avait tentée aurait suffi à justifier des mesures de précaution militaire. Son successeur constata bientôt qu'il n'en était rien et qu'il n'y avait d'armements ni sur terre ni sur mer; de même qu'on n'avait pas à craindre de ligue entre la France et l'Espagne, attendu que les deux cours étaient mal ensemble; enfin qu'en France, l'état

1. Sutton à Graggs, Paris, 21 juin 1720. En français. C'est la première dépêche de Sutton après sa prise de possession. Rec. O/f., France, vol. 361.

2. Graggs à Sutton, Whiteïiall, 27 juin (8 juillet) 1720. En anglais. Rec. O/f., France, vol. 361.

3. L. Stanhope à Sutton, Pyrmont 15 (lu) juillet 1720. En français. Rec. Off., France, vol. 361.

des choses, par la chute imminente du système, devenait si critique que le Régent, quelle que fût sa mobilité d'esprit, était dans l'impossibilité de rien entreprendre contre la Grande-Bretagne. D'ailleurs, ses assurances et celles de ses ministres respiraient tellement la sincérité que Sutton se serait fait scrupule de leur supposer quelque mauvais dessein, sans en avoir découvert de meilleurs fondements *.

Après trois mois de séjour et d'observation à Paris, il fera donc crédit à la bonne foi du Régent, pour une année tout au moins.

On ne doit lui témoigner ni jalousie ni appréhension sans en avoir occasion, écrit-il à Craggs. « Il m'a été impossible de découvrir la moindre raison de craindre qu'il songe à entreprendre de nous causer quelque trouble cette année. Sa situation, dont vous jugez très bien le péril, doit lui inspirer des idées très différentes; et si l'on peut s'en fier à lui et à ses ministres, particulièrement à l'archevêque de Cambrai, S. A. R. est résolue à cultiver l'amitié du roi. C'est ce qui me paraît le plus croyable, parce qu'évidemment elle n'est pas en bonne intelligence avec la cour d'Espagne; et quoique leurs rapports se soient améliorés, il est difficile de supposer que le Régent puisse faire fonds sur le roi d'Espagne jusqu'à risquer une brouille avec nous, alors qu'il connaît le mécontentement et la haine qui se sont élevés contre lui dans le royaume. Il faut avouer en même temps que sa conduite envers nous, spécialement, a été inconcevable d'étrangeté et d'inconstance, et qu'il y aurait peut-être aussi peu à compter sur ses dispositions d'esprit et de cœur que sur celles d'un prince quelconque, dès qu'il pourrait se flatter que ses affaires seraient en

I. Sutton à Craggs, Paris, 10 juillet 1720. En anglais. Rec. O/f., France, vol. 361.

bonne voie, ce à quoi il n'est que trop enclin, étant par nature amoureux de rêves et de spéculations1 ».

Sur ces entrefaites comme gage de sincérité dans l'alliance, le cabinet britannique, tenant pour suspects des préparatifs qui se faisaient à Cadix, offrit à deux reprises le concours d'une escadre destinée à garantir la Bretagne, et il grossit considérablement sa flotte du Canal 2. En réalité, l'armement de Philippe Y visait Ceuta au Maroc.

Ce n'était pas au dehors, c'était au dedans que le Régent se trouvait aux prises avec de graves périls par l'effervescence du public et la fureur croissante du parlement contre le système. L'auteur du système, en dépit de son orgueilleux optimisme, s'en émut; et afin de diminuer le nombre de ses ennemis, il fit un pas vers les Anglais. Il protesta auprès de Sutton de ses bons sentiments pour l'Angleterre, et comment il était bien loin d'avoir jamais entrepris de porter le Régent à une rupture 3. Il écrivit à Craggs deux lettres civiles. Sutton, en les transmettant, exprima l'avis que Craggs répondît de môme : « car, disait-il, il n'y a pas de milieu entre la guerre déclarée contre lui et le soin d'entretenir les dispositions favorables dont il fait profession maintenant à notre

1. Sutton à Craggs, Paris, 16 septembre 1720. En anglais. Rec. Off.\ France, vol. 362. Madame écrivait, 18 septembre 1720 : « Mon fils croit a la prédestination tout autant que s'il avait été, pendant dix-neuf ans, de la religion réformée, comme je l'ai été ». T. I, p. 467. On peut se rappeler aussi ses conjurations magiques dans les carrières de Vanves. Voir notre t. I, p. 52.

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