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MORT DE STANHOPE L. TOWNSHEND LUI SUCCÈDE

Les premiers mois de l'année 1721 soumirent l'alliance franco-anglaise à une cruelle épreuve par la mort inopinée de celui qui, dans la Grande-Bretagne, en avait été l'auteur principal et semblait en être l'indispensable colonne, c'està-dire L. Stanhope.

Il tomba victime, sans l'avoir mérité, de la catastrophe de la Compagnie de la Mer du Sud. A l'imitation de la folie financière de France, la folie d'Angleterre avait parallèlement germé et fait explosion. Mais tandis qu'à Paris elle se portait seulement sur les billets et les actions de la banque et de la Compagnie des Indes, à Londres, elle créa, dans l'été de 1720, un inextricable chaos d'entreprises et d'inventions où la malhonnêteté le disputait à l'insanité, peste morale qui n'épargna, non plus qu'en France, aucune des classes de la société, depuis les gens de la première volée jusqu'aux plus bas-fonds du vulgaire. Cette frénésie ne prit fin qu'au mois de septembre (1720). A ce moment, des poursuites intentées par les directeurs de la Mer du

Sud contre quelques-unes de ces sociétés d'aventure en ayant démontré le vide, leur chute ouvrit les yeux au public sur la vanité des apparences dont il s'était ébloui jusque-là. La fièvre de réalisation et l'impossibilité de réaliser qui s'ensuivirent, en même temps le contre-coup de la chute du système de Law, enflammèrent les Anglais de désespoir et de fureur. Le roi, rappelé d'Allemagne par les courriers porteurs coup sur coup des plus tristes nouvelles, dut, à son retour, se borner à exhorter le Parlement, 8 (19) décembre, à chercher un remède au désastre. La discussion de l'adresse, calme chez les lords, retentit aux communes des noms de misérables, d'écume de la nation, d'ennemis de la patrie, appliqués aux directeurs de la Mer du Sud ; il les fallait coudre dans un sac et jeter à la rivière, comme les parricides à Rome. Robert Walpole apaisa ces flots bouillonnants. Lui-même avait été assez avisé pour vendre ses actions au plus haut cours (1000 1. sterl.), toutefois sans prendre part aux honteux manèges de Blunt. La vengeance des communes s'exerça rigoureusement sur les personnages compromis1. Mais bientôt elle dévia. L'opposition s'en fit une arme politique contre le cabinet et dénonça perfidement Stanhope, non pas que le ministre eut trempé dans les scandales que l'on châtiait; on savait sa probité et que ses mains étaient pures de tout maniement d'argent. Mais, par un détour, le duc de Wharton, personnage honteusement dissolu, devenu pour la circonstance effronté panégyriste de la vertu, donna à entendre que Stanhope avait fomenté la mésintelligence entre le roi et le prince de Galles; il le mit en parallèle avec Séjan, ce méchant et trop puissant ministre qui semait la zizanie dans

1. On découvrit que plus de cinq cent mille actions fictives avaient été émises pour acheter des protecteurs et des protectrices. L. Mahon, vol. H, p. 20, 21.

la famille impériale et avait fait détester à Rome le règne de Tibère. Stanhope défendit sa conduite personnelle et son administration. Malheureusement, le feu de la colère et du tempérament l'emporta trop loin; soudain une congestion cérébrale le foudroya ; il expira le lendemain, 5 (16) février 1721 ', dans sa quarante-neuvième année.

Esprit largement ouvert, caractère droit, si, au début, il s'était montré doublement hostile à l'égard de la France, et comme Anglais et comme whig, en revanche, une fois converti à la politique contraire par son maître, il avait, sous les auspices de George Ier, pratiqué l'alliance franchement, loyalement, en homme au-dessus de la misère du préjugé. A l'ardeur du caractère il unissait la stabilité et la résolution pratique qui ne permet pas aux stériles suggestions du passé de dénaturer le présent ni d'obstruer la carrière, pour nouvelle qu'elle soit, où l'on s'engage de propos délibéré. Même, si, des deux parties contractantes, l'une parut parfois tentée de se dérober, ce fut le Régent qui en donna l'inquiétude ; l'autre eut -assez à faire de le retenir du côté où était, avec la paix de l'Occident, la sécurité des deux royaumes. Lord James Stanhope sut être à la fois un très bon Anglais et un sincère allié de la France. De ce côté-ci du Canal, on s'est mépris sur le caractère et le rôle de ce brillant et sympathique ministre; n'est-il pas juste, étant mieux connu, de lui rendre le témoignage qu'il mérite2?

La mort de L. Stanhope ne fut pas la seule perte en

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