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Baudrillart, t. II, p. 4G

attitude et son langage furent d'un homme d'Etat qui sait séparer le principal de l'accessoire. L'essentiel était d'empêcher la cour de Vienne d'engager de nouveau celle d'Angleterre dans ses intérêts. « Cette considération, écrit Dubois, l'a emporté dans l'esprit de S. A. R. sur la peine qu'elle a eue de voir que vous n'ayez pas compris les ordres qu'elle vous a fait donner le 7 de mai de n'entrer que par de simples offices dans la négociation des points qui ne regardent que les intérêts de l'Espagne et de l'Angleterre respectivement. Elle a été surprise et je l'ai été aussi que vous ayez fait les plus grands efforts pour y faire intervenir le Roi, quoi qu'elle vous eût fait expliquer jusqu'à quel point elle vouloit y entrer. Mais c'est une affaire finie et si cet accident peut avoir des inconvénients, la chose est si bonne et si avantageuse dans le tout qu'il faut se consoler de ce qui manque à sa perfection. »

En terminant, Dubois prescrivait à l'imprudent de garder un profond silence sur ce sujet, afin que l'incertitude du fait pour le public et le temps fissent tomber, s'il était possible, cet événement dans l'oubli1.

Au mois de juillet, on échangea les ratifications des traités tels quels; et alors seulement le colonel Stanhope remit à Philippe Y la lettre de George Ier, datée du 1er juin, dont nous avons fait mention plus haut. En dehors du traité proprement dit, les Français et les Anglais convinrent ensemble d'inviter les Hollandais à entrer dans ce nouveau système de quadruple alliance inverse de la Quadruple- Alliance initiale.

Comme gage de sincérité et d'amitié, et afin d'atténuer par un procédé délicat les fâcheux souvenirs de 1718, George, après l'échange des ratifications, ordonna aux auto-

1. Dubois à Maulevrier, 24 juin 1721. Baudrillart, t. II, p. 466.

rites de Mahon de rendre les vaisseaux pris sur les Espagnols à la bataille d'Agosta et ramenés dans ce port. Il en fit remettre la valeur, argent comptant, aux capteurs auxquels il les avait donnés après le combat, selon la coutume qui se pratiquait en Angleterre en de pareilles occasions1.

Toutes ces négociations furent menées à Finsu de l'Autriche. Quand, au mois de juillet, alors que les ratifications s'échangeaient à Madrid, M. de Penterriedter témoigna quelque soupçon à Dubois, celui-ci, qui n'en avait pas encore la nouvelle, nia avec l'assurance dont il était coutumier au besoin2.

La conclusion de ce traité était un événement considérable; car il déplaçait l'équilibre de l'Occident. L'Espagne sortait de son isolement, elle enlevait à l'Empereur ses alliés, et pouvait se flatter de voir modifier à son avantage les conditions que lui avait imposées la Quadruple- Alliance. Le Régent et Dubois s'affranchissaient de la cabale de la vieille cour en même temps qu'ils donnaient satisfaction à l'amour de la nation pour le sang de Louis XIV. L'Angleterre acquérait de grands avantages de commerce et réduisait le Prétendant à l'impuissance. Quant à l'Autriche, mise à l'improviste en face du faisceau des trois puissances, elle descendait au second plan, selon les prévisions mélancoliques de son ambassadeur à Paris.

1. Colonel Stanhope à Grimaldo, Madrid, 15 juin 1723. En français. Trait de la lenteur espagnole : la cour de Madrid laissa passer plus d'un an avant de se mettre en mesure d'aller chercher les vaisseaux; quand elle s'y décida, l'officier qui en avait l'entretien était absent. Cela fit un retard. Mais, dit Stanhope, l'Espagne a tort de croire qu'on ne veuille pas exécuter le traité. Rec. 0/f\, France, vol. 359.

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