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CHAPITRE XXII

La première campagne de l'abbé Dubois pour la conquête du chapeau avait fini par un humiliant désastre en cour de Rome. Ni l'intervention personnelle du Régent ni le concours de l'Europe de ce temps-là n'avaient ému le Saint-Père, qui même, peu satisfait d'écarter le candidat du gouvernement de France, avait compris dans l'offensante promotion de novembre 1719 l'archevêque de Reims, au mépris de l'exclusion formelle que le duc d'Orléans avait donnée à ce prélat.

D'abord atterré et comme hors d'haleine après son grand coup diplomatique porté à faux, Dubois, sous l'aiguillon de la nécessité et l'impulsion de Lafîteau, son imperturbable lieutenant, se ranima. Une dépêche chiffrée de ce dernier, datée de Rome, 27 novembre 1719, deux jours avant la railleuse promotion des dix cardinaux, en lui faisant pressentir qu'il en serait exclu, lui annonçait qu'un patron inattendu et certes très puissant dans cette cour offrait ses bons offices : rien moins que celui qu'on n'y connaissait que sous le nom de roi d'Angleterre, le chevalier de Saint-

George, désigné clans la correspondance secrète qui s'engagea, sous le nom de la personne principale, ou simplement la personne.

Le cardinal Gualterio, précédemment nonce en France, où il s'était acquis beaucoup d'amis, et depuis protecteur attitré près le Saint-Siège des couronnes de France et d'Angleterre (l'Angleterre jacobite), faisait savoir à Dubois que s'il pouvait faire payer au chevalier de Saint-George la pension qui lui avait été promise par le Régent à sa sortie d'Avignon, le chevalier lui donnerait, comme roi d'Angleterre, sa nomination au cardinalat. L'abbé tressaillit de joie et d'anxiété.

Ce délicat problème se posait à Fimproviste, au milieu des embarras de la guerre d'Espagne, au plein de l'alliance anglaise, à l'heure de la chute d'Alberoni et des négociations qui furent si difficiles avec Philippe Y en vue de la paix. Dubois, absorbé par de tels soins, se pourpensa à loisir sur l'offre de Gualterio. Comment accepter? Comment refuser? Au bout de deux mois seulement, le 6 février 1720, il répondit à Lafîteau 1.

La part qu'il avait eue, disait-il, dans les alliances formées entre l'Empereur, le roi George, la France, la Hollande et le roi de Sicile, ne lui permettait pas de profiter publiquement des ouvertures faites par la personne désignée. Il perdrait l'appui des grandes puissances. Les engagements du duc d'Orléans ne lui permettaient pas davan-

1. Sa lettre, que nous analysons, a été donnée par M. de Seilhac, t. II, p. 230. Lémontey (t. II, p. 9) dit qu'elle « seroit digne des crayons de Molière. La première moitié de sa leLtre était consacrée à des imprécations contre une telle impudence, et la seconde à adopter l'expédient, pourvu qu'on le déguisât sous des formes impénétrables. » Il n'y a ni imprécations ni impudence dans cette lettre imprimée par Seilhac et auparavant par Sévelinges, t. I, p. 302. Mais Lémontey ne sait pas voir chez Dubois autre chose que la caricature à la Juvénal. Il ne sourit jamais.

tage de faire actuellement ce qu'on désirait. Les liaisons que la personne avait eues avec l'Espagne dans le temps que cette dernière était le plus animée contre le duc d'Orléans, avaient refroidi chez ce prince le penchant qu'il avait de lui faire tous les plaisirs qui ne seraient pas contraires aux engagements qu'il avait pris. En aucun cas, il ne pourrait convenir au personnage que l'abbé avait fait dans les affaires de l'Europe, de paraître avoir concerté ses avantages particuliers par ce canal, quelque bonne volonté, quelque compassion et quelque zèle qu'il pût avoir dans le cœur en faveur de cette personne.

Il lui fallait donc ou abandonner cette idée ou la retourner de manière qu'elle fût entièrement déguisée et impénétrable. Seul, le cardinal Gualterio était capable de trouver les expédients qui conviendraient. Suivait une ébauche de combinaisons pour assurer à la personne principale un secours de trois cent mille livres, payées soit directement à elle-même, soit indirectement par le pape, qui les donnerait comme de sa bourse; en retour de quoi on pourrait procurer la nomination dont elle disposait l au neveu chéri que son oncle désirait avancer; et alors le Saint-Père destinerait à l'abbé le chapeau qu'il aurait gardé in petto.

Le même courrier, outre cette lettre de Dubois, portait à Latîteau une lettre du Régent relative à la nomination qu'il venait de faire de l'abbé Dubois à l'archevêché de Cambrai, avec chaude recommandation de l'appuyer activement près le Saint-Siège. On se rappelle que la mort du cardinal delà Trémoille, survenue à Rome un mois auparavant, avait fait vaquer l'archevêché de Cambrai, que les ministres d'Autriche et d'Angleterre procurèrent à Dubois,

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