Nous en avons fait usage plus haut
nous importe de l'authoriser et de lui procurer tout le plus de crédit que nous pourrons. Il est très sensible et très reconnaissant des bontez que l'Empereur a déjà eu pour luy. Il veut encore faire une tentative à Rome pour le chapeau de cardinal et déclare n'en vouloir faire que celle-cy. Il en a parlé à M. de Penterriedter, qui luy a promis d'écrire à Vienne pour que l'Empereur donne de tels ordres à son ministre à la cour de Rome, qui fassent sentir au pape que la promotion de M. l'abbé Dubois est une chose à laquelle la cour de Vienne non seulement n'est point contraire, mais que bien loin de là elle lui serait très agréable. Si vous y pouvez quelque chose, je crois que vous rendrez un service très réel au Roy et à l'Empereur en y coopérant1. » Ainsi toujours, les intérêts de plusieurs grandes monarchies sont liés à la fortune ecclésiastique d'un fils d'apothicaire.
Sur ces entrefaites, le nonce à Vienne, Alexandre Albani, divulgua étourdiment que le roi Jacques s'intéressait à Dubois. Ce dernier frémit; il en tira pratiquement la conclusion que Sa Sainteté devait lui faire sans retardement la grâce que le duc d'Orléans demandait pour lui, afin de détruire l'opinion qu'il acceptait les offices du roi Jacques pour avoir le chapeau, ce qui le priverait du crédit dont il avait besoin à la cour d'Angleterre pour le succès des affaires du pape au congrès2.
Selon une autre version, celle de Saint-Saphorin3, le bruit serait venu de Rome à Vienne chez l'envoyé de Florence que l'archevêque de Cambrai sollicitait le Prétendant de le nommer au cardinalat. Un certain abbé Strickland,
1. Paris 1er avril 1720. En français. Rec. Off., France, vol. 361. Germany vol, 211.
2. Lettre à l'évêque de Sisteron, 22 juin 1720. Sévelinges, t. I, p. 339.
3. Dans une lettre à L. Stanhope, Vienne, 22 janvier 1721. Rec. Off., Germany, vol. 217.
qui pratiquait dans les deux camps, l'aurai t répété chez Albani, qui en informa l'archevêque. Celui-ci jeta feu et flamme contre l'ingénu nouvelliste et le traita d'insigne imposteur. Saint-Saphorin, sachant que Vienne n'aimait pas la bonne intelligence entre la France et l'Angleterre, en parla à l'ambassadeur français, le comte du Bourg, qui, à son tour, s'informa auprès du nonce. Albani s'écria que rien n'était plus faux; et il donna à entendre que le cardinal d'Altheim1, ministre impérial à Rome, pouvait l'avoir écrit pour causer des brouilleries.
Les Anglais dédaignèrent ces propos. Dubois se sauvait par une restriction mentale : car s'il était vrai qu'il n'avait pas sollicité le patronage du Prétendant, il était vrai aussi qu'il en avait accepté l'offre et les services avec joie. Le pape, de son côté, fît la sourde oreille au raisonnement entortillé de l'aspirant cardinal. Et, néanmoins, imperturbable dans son désir déplaire, Dubois obtint de L. Stanhope et de George Ier l'admission d'Alexandre Albani au congrès, en qualité de nonce, quoiqu'ils y fussent peu disposés2. Ils mirent pour condition que le roi ne donnerait qu'un consentement verbal et non écrit, et que les ministres britanniques n'auraient aucune relation directe avec le nonce. Dubois aurait pu borner ses soins à ouvrir l'accès du congrès au neveu de Clément XL II fit plus : il lui offrit l'hospitalité dans son palais archiépiscopal.
Les Anglais approuvaient qu'il prétendît recevoir le chapeau ou y renoncer avant le congrès, et ils pressaient toujours la cour impériale d'agir auprès du pape. Ils avaient mis dans ses intérêts le comte de Stahremberg, l'un des principaux ministres de Charles VI3. Le comte de