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Sévelinges, t. I, p

3. Il n'avait pas de pitié. « Le pape, écrivait-il, malade et souffrant, est devenu tellement inaccessible par sa mauvaise humeur, que personne n'ose plus l'aborder. En vérité, je crains qu'il ne meure en désespéré... Il n'est plus homme, lui qui était si affable, et son chagrin le transporte tellement, qu'il éclate jour et nuit en invectives contre ceux qui le servent dans sa maladie. >» 20 novembre 1720. Sévelinges, t. I, p. 301. Clément XI n'était plus qu'à trois mois et demi de son heure dernière.

C'était à quoi l'autre roi d'Angleterre, George Ier, pourvoyait alors. Sous sa pression infatigable, l'Emperenr en faisait faire la déclaration à Rome par le cardinal d'Altheim. Mais le comte de Sinzendorf ne laissa pas ignorer à Saint-Saphorin que le Prétendant demandait aussi le chapeau pour le même archevêque à qui il reconnaissait avoir les plus grandes obligations1. Quoi qu'il en soit, Charles VI, non seulement donna les instructions voulues au cardinal d'Altheim à Rome, mais il en informa M. de Penterriedter à Paris par une lettre conçue dans les termes les plus flatteurs pour Dubois, avec ordre de la communiquer et au Régent et à son ministre (janvier 1721).

Quant au roi d'Espagne, Dubois avait prise sur lui par le P. Daubenton, qui appréciait plus équitablcment que le Saint-Père son rôle dans l'affaire de la Constitution, et par le duc de Parme et la reine elle-même, qui avaient besoin de la France en Italie. Mais Philippe V était fantasque, presque insaisissable. Il fallut beaucoup de diplomatie pour fixer son humeur et l'amener à l'attitude de désintéressement de l'Empereur.

Combien plus difficile à conquérir était l'arbitre auquel aboutissaient tant de menées et d'embuscades! A travers les défaillances d'une santé qui dépérissait rapidement, le vieillard que les poursuivants traquaient avec un barbare acharnement conservait son sang-froid, rendait guerre pour guerre, stratagème pour stratagème, et déjouait les plus savantes manœuvres, les plus séduisantes tentations. Il ne voulait donner la promesse écrite du chapeau que Lafiteau cherchait à lui extorquer qu'à la condition d'y insérer que la France n'agirait pas en faveur du duc de Parme dans ses réclamations sur le duché de Castro et Ronciglione;

1. Saint-Saphorin à L. Stanhope, Vienne, 22 janvier 1721. En français. liée. Off., Germany, vol. 217.

sans quoi sa promesse serait nulle. « Sa Sainteté m'a déclaré, écrit Lafîteau, que si la France lui faisait perdre Castro et Ronciglione, elle dégageait par avance sa parole, pour ne pas en ce cas-là récompenser ses ennemis. Mais elle m'a ajouté en même temps qu'en avançant les intérêts du Saint-Siège de ce côté-là, Votre Excellence avait beau jeu pour avancer aussi le tems de sa promotion !. »

Les motifs dilatoires de Clément XI à l'égard de Dubois n'étaient donc pas d'ordre canonique. La partie se jouait sur l'échiquier politique. Si, enfin, au dernier moment, le pape donna sa promesse écrite, il sut la mettre sous la forme la plus décevante ; c'est-à-dire qu'il en fît l'objet d'une lettre adressée au chevalier de Saint-George (14 janvier 1721). Le désir qu'il avait, disait-il, de lui donner les plus grandes preuves de la prédilection paternelle et singulière qu'il lui portait, était si vif et si ardent, qu'il aurait bien voulu pouvoir lui complaire en créant cardinal immédiatement l'archevêque de Cambrai qu'il lui avait recommandé si souvent et avec des instances si pressantes. Mais, dans le moment, la chose était impraticable, parce qu'après avoir fait un si grand nombre de cardinaux étrangers, il lui fallait d'abord rendre quelque justice à tant de prélats italiens qui, malgré de longs et fidèles services, avaient eu la mortification de voir les étrangers préférés à eux dans les dernières promotions.

Puis, il posait ses conditions dans des termes enveloppés, mais compréhensibles : le prince lui ferait avoir préalablement par écrit les assurances que tant de fois il lui avait demandées comme un préliminaire indispensable, ces assurances étant exprimées clairement, sans équivoque, sans aucune condition, et signées de personnes dûment

4. Lettre à Dubois, 14 janvier 1721. Sévelinges, t. I, p. 419, 420.

autorisées. Alors, il ne ferait pas difficulté de comprendre l'archevêque de Cambrai dans la première promotion pleine1 qui aurait lieu. Mais ici, une restriction finale : « Bien entendu qu'alors Votre Majesté persévère dans les mêmes dispositions favorables où elle est pour M. l'archevêque de Cambrai, et non autrement2. »

En d'autres termes, le Saint-Père ne connaissait qu'une seule recommandation, celle de Jacques Stuart; et il voulait qu'avant tout on promît authentiquement de satisfaire à ses revendications politiques et territoriales. On a beaucoup dit comment Dubois marchanda le chapeau; mais n'avait-il pas affaire aussi à forte et marchande partie?

Le Prétendant fut un peu troublé par cette lettre, qu'il aurait souhaitée plus précise et moins limitée. « Mais, écrivit-il à l'archevêque (15 janvier 1721), ilafallu accepter ce qu'on a pu obtenir pour le présent. » De fait, ils étaient tous joués par un moribond.

A travers ses souffrances, le Saint-Père se divertissait. Dubois avait demandé à Lafiteau le catalogue des livres qu'il croirait pouvoir être agréables à Sa Sainteté, et les petits ouvrages pour son usage journalier, les reliures, les estampes en France, en Angleterre, en Hollande. « Depuis que vous m'avez marqué qu'elle a quelque idée de mon attachement à sa personne, et qu'on ne lui a jeté aucun soupçon sur mon sujet, je ne veux rien négliger de ce qui peut lui faire plaisir et l'amuser dans les intervalles de ses grandes occupations et dans les langueurs de sa convalescence3. » Lafiteau répondait : « Ne pensez point... que le Saint-Père ait contre vous le plus léger motif de mécontentement particulier. Loin de là, il me répétait

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