Nous en parlerons dans un des chapitres suivants
a tenu. Elle ne l'aime point et n'auroit peut-être pas été fâchée de le luy faire sentir à cette occasion. Car me trouvant avec elle, avant qu'il entrât, elle me témoigna de la curiosité de l'entendre, en me disant : « Il connoit Saint- Cloud et il y est connu ». — Mais dez qu'il eut débuté ainsy : « Si la pourpre romaine dont je suis revêtu pouvoit faire oublier à Madame les premiers temps où elle a daigné jetter icy les yeux sur moy, je serois le premier à lui en rappeler le souvenir pour... » Madame me fît un signe d'approbation et la harangue étant finie, elle avoua n'avoir jamais rien entendu de plus beau.
« Mais celle qu'il a faite au Régent était de beaucoup la plus touchante... S'étant assis et couvert devant le Régent, il dit : « Je rougirois de confusion de paraître ainsy devant V. A. R., si ce que je suis n'étoit votre propre ouvrage ». Dans la suite, il lui dit : « Vous avez donné en moy la preuve la plus éclatante de l'étendue de votre pouvoir et de votre bonté en m'élevant du plus bas ordre de vos sujets au plus haut degré où un sujet ecclésiastique puisse monter ». Et voicy comme il commença son remercîment : « Je vous parlcrois de ma reconnaissance si les soins qui m'ont attaché à votre personne dez votre plus tendre enfance ne m'animoient pour vous de sentiments infiniment plus vifs que tous les bienfaits ne sauroient faire naître... »
« Le Régent, après avoir marqué au cardinal la joye qu'il ressent de son élévation, ajouta : « J'aurois manqué au Roy et à moi-même si j'avois omis de récompenser dignement les importans services que vous avez rendus à l'Etat depuis que le soin m'en est confié; et quant à l'amitié, nous savons tous les deux à quoy nous en tenir1.»
1. Rappelons que l'impression de Saint-Simon concorde avec le récit de Schaub. Mém., t. XVIII, p. 176.
De Londres, le secrétaire d'Etat, lord Carteret, envoya, au nom du roi et du cabinet, de chaleureuses félicitations au cardinal, regardant, disait-il, la bonne cause comme fortifiée par l'avancement d'un ministre qui n'avait cessé de travailler au bien de l'Europe à travers des difficultés à peine connues dans d'autres temps et que rien moins que sa sagesse et sa fermeté n'aurait pu surmonter. Il ne restait plus rien à souhaiter à lui et à eux, pour rendre complet le lustre de son ministère, que de voir ce qui était à la veille d'arriver, les grandes puissances de l'Europe en paix, jouissant des fruits qu'il leur en aurait procurés *.
Entre les deux rois d'Angleterre, de fait et de droit, que la question du chapeau avait mis en mouvement (avec quel zèle et quelle efficacité, chacun dans sa sphère!) le cardinal partageait ses bons sentiments. Devers Rome, il fait parvenir par Gualterio au roi d'Angleterre en grand secret, une lettre de profond respect et de vive reconnaissance. S. Em. « sait quels sont les engagemens du ministère dont je suis chargé, et je me flatte que si elle jugeait nécessaire de suppléer les expressions dont je ne puis me servir, elle voudra bien le faire en assurant Sa Majesté Britannique que je n'oublierai rien dans le cours de ma vie pour lui marquer mon parfait et très respectueux attachement, toutes les fois que je pourrai concilier sa satisfaction avec le service du roi, et qu'en attendant que les décrets de la Providence en développent les occasions, j'aurai toute l'attention dont je suis capable à tout ce qui pourra lui être agréable et qui dépendra de mes soins et de mon application ~ ». Cependant, trois mois plus tard, (7 novembre 1721), par prudence, il prescrivit que toute relation quelconque entretenue jusqu'à ce jour par le car-