‹ Le RégentChapitre 162 sur 196 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

Tandis que la passion du chapeau torturait Dubois jour et nuit, et semblait, au jugement de chacun, ne plus laisser de place pour les intérêts de l'Etat parmi ses préoccupations égoïstes, il entreprenait, avec une surprenante maîtrise de lui-même, l'affaire la plus épineuse et la plus brillante si le succès la couronnait : rien moins qu'une réconciliation sanctionnée par des mariages entre les Bourbons de France et les Bourbons d'Espagne. Un avis venu de Yienne l'avait informé que Philippe Y songeait à une archiduchesse d'Autriche pour son fils aîné, le prince des Asturies.

Il en avait coûté beaucoup au duc d'Orléans de diriger contre l'Espagne la guerre que l'animosité et l'ambition du couple royal, Philippe V et Elisabeth Farnèse, avaient rendue inévitable. Le petit fils de Louis XIV était très populaire en France. Aussi, dès que l'adhésion du roi d'Espagne aux conditions de la Quadruple-Alliance eut permis de poser les armes, le Régent employa-t-il son industrie à calmer, à endormir les ressentiments de son parent. Il soutint les réclamations de celui-ci sur Gibraltar, au risque d'une rupture avec l'Angleterre. Stanhope n'apaisa l'un et l'autre

qu'en leur persuadant de s'en remettre au futur congrès. Alors Philippe V signa une alliance défensive avec la France (traité de Madrid, 27 mars 1721), et il se prêta, après mainte incartade, à faciliter à Rome la brigue de Dubois. Dubois lui écrivit une lettre de gratitude en ce qui concernait son espoir de la pourpre (22 avril) ; qui plus est, il obtint du Régent qu'il écrivît à Philippe V :

« La joie que j'ai eue de la conclusion de notre grande affaire ne me fait pas oublier la grâce que Votre Majesté a faite à l'archevêque de Cambrai, dont il est aussi touché que si elle l'avait fait pape1... » Si l'archevêque n'osa pas se permettre d'écrire directement à la reine, il se loua dans une lettre à Scotti, l'envoyé de Parme (25 avril), des bontés de cette princesse, de la protection qu'elle lui avait accordée à Rome ; il parla de la vivacité avec laquelle elle avait concouru à l'union des deux couronnes, la suppliant de disposer de lui comme de sa créature très respectueuse et très reconnaissante 2.

A ce premier pas de la réconciliation diplomatique succéda une démarche d'une plus haute portée, tendant à la fusion des intérêts dans la polique étrangère de la France, de l'Espagne et de l'Angleterre, c'est-à-dire la triple alliance de Madrid (13 juin 1721), afin de se présenter ensemble avec d'autant de poids et d'autorité au congrès de Cambrai.

Mais Dubois souhaitait plus encore. Il visait à une réconcilation de famille en mariant le roi de France avec une fille de Philippe V, et les fils de Philippe V avec des filles

1. Sévelinges, t. II, p. 54. Baudrillart, t. II, p. 438. Dubois aimait à prendre des arrhes sur l'avenir. Déjà, en 1717, après la signature de la Triple-Alliance à la Haye, il avait écrit au Régent qu'il lui était plus redevable de lui avoir donné cette marque de sa confiance (par la mission dont il l'avait chargé), que s'il l'avait fait cardinal. Voir notre t. 1, p. 447.

Page 1