‹ Le RégentChapitre 164 sur 196 · Née le 31 mars · texte numérisé non relu

Née le 31 mars

Dubois s'en attribua-t-il, par une hypocrite habileté, tout l'honneur devant le duc d'Orléans, son maître1?

Toujours est-il que le duc d'Orléans le regardait comme le véritable auteur de cette heureuse révolution de famille. « Il me dit, rapporte Saint-Simon, que tout cela s'étoit fait en un tourne-main, que l'abbé Dubois avoit le diable au corps pour les choses qu'il vouloit absolument; que le roi d'Espagne avoit été transporté que le roi son neveu demandât l'infante; et que le mariage du prince des Asturies avoit été la condition sine qua non du mariage de l'infante qui avoit fait sauter le bâton au roi d'Espagne ». Et Saint- Simon ne peut pas s'empêcher d'admirer « ce chef-d'œuvre de l'audace et d'un bonheur sans pareil ». Il ajoute que le détail de la négociation n'est jamais venu à sa connaissance 2. Si ces mariages avaient été l'œuvre spontanée du roi d'Espagne, Saint-Simon très probablement aurait été mis au courant du détail lors de son ambassade à Madrid; et s'il n'en apprit rien, c'est que le procédé adopté pour la négociation avait dû être enseveli dans un impénétrable secret d'Etat, le secret de Dubois.

Assuré de la confiance de son maître par d'importants services, l'archevêque avait résolu, selon la forte expression d'un moderne, de conquérir, comme alliée, cette cour qu'il avait déconcertée comme intrigante, et vaincue comme

ennemie3.

1. Telle est l'opinion de Sévelinges, t. II, p. -200; de Baudrillart, t. II, p. 471 et suiv., dont le récit abonde en détails d'un vif intérêt. On y trouve aussi une explication très complète et très fortement déduite des motifs qui durent guider Philippe V. Mais cela n'entre pas dans notre sujet; et il n'y aurait pas lieu non plus de refaire ce qui a été si bien fait.

2. Si ce n'est que le duc d'Orléans lui dit que le mariage de sa fdle avait été la condition absolue de celui du roi, et que le roi d'Espagne était si intimement et si parfaitement français qu'il n'avait fait de difficulté à rien moyennant le mariage de sa fille. Mém., t. XVIII, p. 103, 22i et suiv.

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