Lémontey, t. I, p
Il essaya tout d'abord du duc de Parme, François Farnèse, par les mains duquel il avait renversé Alberoni. Mais le prince italien, comme s'il eût été l'arbitre de l'Occident, commença par demander soixante mille hommes pour chasser les Autrichiens de la péninsule. Alors, Dubois chercha sous la robe d'un religieux un conciliateur moins turbulent1; il le trouva chez le jésuite Daubenton, confesseur de Philippe V, homme doux et modeste, attaché à la France, sa patrie, heureux de la servir dès que son gouvernement faisait prévaloir dans le royaume la bulle Unigenitus et donnait un confesseur jésuite au jeune Louis XV. Maître de la conscience du timoré Philippe V, il sut l'amener aux mariages qui allaient unir les trois branches de la maison de Bourbon; et le langage énigmatique qu'il tint un beau jour à Maulevrier très surpris, fut l'indice, non pas d'une situation se dénouant d'elle-même dans l'esprit de Philippe V, mais d'une négociation occulte menée auprès de ce prince en dehors de l'ambassadeur, et parvenue à sa maturité après le plus silencieux labeur.
A ce sujet, il existe une source de renseignements très abondante et d'autant plus précieuse qu'elle émane d'hommes qui, sans avoir été mêlés à la négociation qu'on leur dissimula comme à tous autres, reçurent, dès qu'elle eut abouti, les confidences quotidiennes du grand meneur, c'est-à-dire les ambassadeurs anglais, Sutton et Schaub. A leur tour, ils relatent à leur gouvernement leurs entretiens avec Dubois; et c'est de leur récit que nous tirerons le nôtre.