Saint-Simon Mém., t. XVIII, chap. xr, p
Balsaïn par Maulevrier et Grimaldo, le 5 octobre; ratifiés à Paris par le roi de France, le 20.
Le duc d'Ossone, chargé de faire la demande solennelle au nom de Philippe V, arrive à Paris le 29 octobre.
Le duc de Saint-Simon, chargé de même mission près le roi d'Espagne, part de Paris le 23 octobre, et arrive à Madrid le 22 novembre 1721.
16 novembre. On signe à Paris le contrat de la future princesse des Asturies.
9 janvier 1722. On procède à l'échange des deux princesses, l'infante et Mlle de Montpensier, dans File des Faisans, sur la Bidassoa.
30 janvier. Le mariage du prince des Asturies avec Mlle de Montpensier est célébré à Lerme (Vieille-Castille).
2 mars 17*2$. L'infante arrive à Paris.
IIF
Maintenant, l'explication de ces événements d'après les documents britanniques.
Lorsqu'au milieu de septembre la nouvelle du mariage du roi fit explosion, les Anglais ne furent pas moins étonnés que les membres du conseil de régence ; mais ils le prirent plus galamment. Un peu troublés de cette espèce de trame ourdie à leur insu entre deux puissances, leurs alliées intimes, ils se rassérénèrent promptement et accueillirent avec une bonne humeur incrédule les tentatives du cardinal pour leur faire prendre le change.
Schaub rapporte (16 septembre) que le Régent et le cardinal prétendirent que cela avait été une nouveauté pour eux. Le Régent déclara, dans le cercle des ministres étran-
gers, qu'il n'avait d'autre mérite que d'avoir sur-le-champ
et sans balancer accordé la demande du roi d'Espagne.
Schaub n'en fut pas la dupe. « Me trouvant hier (le 15), dit-il, avec le cardinal, au lieu de commencer par me plaindre du mystère qu'il nous en avait fait, je me mis à le louer de ce nouvel échantillon de son habileté, en imaginant un mariage si bien adapté au goût des François et à l'intérêt du Régent. » Le cardinal répondit : « Nous n'avons pas l'honneur de l'invention; c'est le roi d'Espagne qui s'en est avisé lui-même en envoyant trois lettres : l'une au jeune roi, qu'il ne pourroit mieux commencer sa correspondance avec lui qu'en lui offrant sa fille ; une deuxième au Régent, que ce prince ayant souvent promis qu'il est prêt à cimenter l'union des deux couronnes, le roi espère qu'il le lui prouvera dans cette occasion ; la troisième lettre au maréchal de Villeroy, qu'il verra sans doute avec plaisir le succès d'un mariage qu'il doit croire le plus conforme à l'intention de son défunt maître.
Quelques-uns, ajoutait Dubois, conseillaient au Régeut de supprimer ces lettres et de donner au roi Mlle de Beaujolais, sa fille; mais, sans rien écouter, il les avait portées au conseil de régence et avait opiné le premier pour l'affirmative.
Aussitôt la décision du conseil, il avait renvoyé en Espagne l'exprès de Maulevrier, et envoyé un exprès ta Destouches pour communiquer la nouvelle au roi George.
À ce premier moment, Schaub n'en est encore qu'aux conjectures relativement au mariage de Mlle de Montpensier avec le prince des Asturies. « En ce cas, je ne sais ce que nous pourrions faire de mieux que d'applaudir évidemment à ce qui convient au Régent et que nous ne pourrions pas empêcher. Si nous travaillions pour substituer
l'infante de Portugal à Mlle de Montpensier, nous serions incertains de réussir, et le Régent en serait certainement informé, tout comme il l'a été que nous tâchions de finir avec l'Espagne à son insu1. »
L. Carteret, au lieu de dépit, témoigna beaucoup de bonne grâce lors de la communication de Destouches2.
Rassuré, touché peut-être de cette courtoisie, Dubois se départit par degrés de sa fable diplomatique. Cette fois c'est Sutton qui écrit (25 septembre) : « Le cardinal s'est découvert à nous, en avouant que les trois lettres du roi d'Espagne avaient été concertées avec cette cour (de France) et que ce party est le propre ouvrage de ses mains. Il est bien aise de le faire valoir. » Il le représente comme le meilleur moyen d'apaiser le ressentiment de Philippe Y pour la destruction de sa flotte, et de le « rapatrier » avec l'Angleterre et la France. « Vous voyez, Milord, par la date de ces circonstances, que M. le cardinal ne soutient plus que ce mariage est une chose nouvelle. »
Relativement au secret gardé envers le roi George, Dubois s'excusait sur ce que les choses s'ouvriraient si bien dans quinze jours que le roi aurait sujet de se sentir obligé au Régent de lui avoir tenu cachée une chose de nature à n'être pas communiquée pendant qu'elle était en négociation3.
Dans sa dépêche du 28 septembre, où il célèbre la glorieuse semaine que « notre cardinal » vient de passer, Schaub rapporte aussi les explications de ce dernier, comment il était# essentiel de conduire ce mariage de manière
1. Schaub à L. Carteret, Paris, 16 septembre 1721. Rec. O/f., Finance, vol. 363. Schaub fait allusion aux négociations qui avaient produit le traité de Madrid. Le 25 septembre le mariage de Mlle de Montpensier n'était pas encore déclaré.