‹ Le RégentChapitre 169 sur 196 · Du même au même, 30 septembre 1721. Id., ibid · texte numérisé non relu

Du même au même, 30 septembre 1721. Id., ibid

2. Shaub à L. Carteret, Paris, 4 octobre 1121. Rec. 0//'., France, vol. 363.

3. Nous nous servons des nombreuses lettres écrites journellement par les représentants de la Grande-Bretagne pendant cet automne de 1721. Rec. 0//'., France, vol. 3G3. Elles ont été corroborées par une lettre de l'un d'eux, le principal Schaub, à Saint-Saphorin, le 8 novembre 1722, c'est-à-dire plus d'un an après les événements, en pleine connaissance de cause. Rec. Off., France, vol. 364.

Maulevrier, ambassadeur officiel de France, arrivé à la fin de septembre 1720 à Madrid, avait la mission de réconcilier la France et l'Espagne; et quoique diplomate étourdi et malhabile, il y était parvenu par les traités de Madrid du 27 mars et du 13 juin 1721, l'Angleterre intervenant comme tierce partie dans ce dernier. Mais Dubois avait par devers lui un plan profond pour mettre la dernière main à la réconciliation des Bourbons ensemble par des mariages entre les trois branches de la famille. Là étaient les difficultés les plus graves et les plus aiguës, en ce qu'il s'agissait de vaincre et de désarmer des passions personnelles chez le roi et la reine d'Espagne. Pour plaider ce procès scabreux, Dubois fit choix de l'abbé de Mornay, ambassadeur en Portugal depuis la paix d'Utrecht et qui, archevêque nommé de Besançon, prenait le chemin du retour par Madrid. Son arrivée en cette ville, au commencement d'octobre (1720), suivit de très près celle de Maulevrier. Dès lors, s'engagea, enveloppée des plus épaisses ténèbres, la négociation des mariages. Elle fut concentrée entre Mornay, le P. Daubenton, le ministre Grimaldo et la reine Elisabeth Farnèse, le roi étant laissé soigneusement en dehors jusqu'au moment où le complot, conduit à sa perfection, s'imposerait à ses rancunes; Maulevrier était borné, comme nous l'avons dit, à porter au confesseur les lettres de Dubois, dont il ignorait le contenu. A plus forte raison, se cachèrent-ils du résident anglais, le colonel Stanhope.

Pourquoi le concours de Daubenton? Si nous en croyons Schaub, bien placé pour voir et savoir, le confesseur de Philippe V avait été l'ennemi le plus animé du Régent, alors que ce prince se déclarait pour les jansénistes et persécutait les jésuites. D'abord, en l'intimidant, le Régent aurait tempéré son ardeur. Ce prince, plaçant sa confiance

dans les puissances protestantes, comme Henri IV, aurait osé menacer le pape, si ses dévoués le poussaient à bout, de chercher une ressource dans le rappel des huguenots, dans un schisme même; et les jésuites, de les exterminer de la France, « Ayant retenu par là les actes ouverts de leur malveillance, il a ensuite marchandé avec eux pour des actes apparens de conciliation. De là sont venues les démarches en faveur des constitutionnaires et cette grande collation de bénéfices aux gens de leur party !. » Ces lignes expliqueraient, d'une part, le concours du P. Daubenton, outre ses sentiments de bon Français; d'autre part, la tenace animosité de Clément XI contre le duc d'Orléans, animosité si visible dans l'affaire du chapeau.

D'ailleurs, le confesseur était tenu par la reine. Elle avait été « étrangement tentée d'être reine de France ». Puis, déçue dans son espoir de renverser le Régent, voyant s'affermir la santé du jeune roi, si souvent menacée, elle avait substitué à ce désir celui de voir sa fille reine de France. Elle voulait aussi se ménager une retraite en cas que Philippe V vînt à succomber à quelqu'une des graves maladies auxquelles il était sujet. Il lui fallait donc l'appui du Régent. Elle l'acheta en s'engageant à pousser le mariage de Mlle de Montpensier avec le prince des Asturies.

Elle-même n'avait pas moins besoin du Régent, pour, en temps et lieu, mettre son premier-né (1716), don Carlos, en possession des duchés de Parme et de Toscane, que la Quadruple-Alliance lui avait garantis.

Le temps pressait. Le roi, atteint de mélancolie, hanté du dégoût du trône, avait fait vœu, dès le 27 juillet 1720, d'abdiquer avant le 1er novembre 1723. La reine avait dû

1. Schaub à L. Carteret, Paris, 4 octobre 1721. Rec. Off., France, vol. 363.

se lier par le même serment, qu'ils mirent par écrit1. Elle

devait donc, sans retard, au moyen d'une étroite alliance

de famille, attacher le duc d'Orléans à ses intérêts, et

comme mère de don Carlos, et comme veuve, le cas

échéant.

Le difficile était de décider Philippe Y. On lui fît croire que le duc d'Orléans, loin de penser à ces mariages, songeait au contraire à marier le roi avec sa fille, Mlle de Beaujolais, qu'il fallait se hâter d'y obvier par l'offre de l'infante, et surtout n'en rien dire à la vieille cour. Le roi céda; on le tint dans l'incertitude sur le succès. De là sa joie immodérée en recevant la réponse de France. Il prit pour un sacrifice généreux de la part du Régent qu'il destinât l'infante au roi au lieu d'introniser sa propre fille2. L'innocent fut la dupe de ce machiavélisme rare.

Treize mois après, Schaub, qui vivait dans une intime familiarité avec le Régent et le cardinal, confirmait ses premiers dires dans une lettre à Saint-Saphorin, ambassadeur britannique à Vienne (8 novembre 1722), lettre qui mérite d'être insérée ici : comment leur gouvernement (celui d'Angleterre) avait pris soin « d'amadouer » le roi d'Espagne par beaucoup d'apparence de bonne volonté; comment ce qui l'avait flatté davantage dans leur alliance particulière, c'est qu'elle était secrète, et qu'il tenait aux deux couronnes (Angleterre et France) par des liens ignorés de l'Empereur. « Cette satisfaction du roi d'Espagne alloit tous les jours en augmentant par le chagrin, les plaintes et les reproches que les ministres impériaux faisoient partout éclater contre nous ; et c'est par de pareils chatouillements bien adroitement ménagés par la

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