‹ Le RégentChapitre 170 sur 196 · Voir dans Baudrillart, t. II, p. 415, 472, 558 et suiv · texte numérisé non relu

Voir dans Baudrillart, t. II, p. 415, 472, 558 et suiv

2. Schaub, lettre du 4 octobre 1721. Il dit tenir ces renseignements du Régent et de Dubois.

reine, le P. Daubenton et le marquis de Grimaldo, que le cardinal a insensiblement poussé la confiance du Roi Catholique jusqu'aux mariages, auxquels il avoit une si extrême répugnance.

« Véritablement, il y est aussi entré un peu de peur que, vers la majorité, le Régent ne mariât le jeune roi avec Mlle de Beaujolais, pour qui on lui supposoit du penchant. C'est ce qui animoit tant la reine d'Espagne, qui s'étoit mis en tête de voir sa fille reine de France, ne pouvant l'être elle-même; et c'est par ce motif qu'elle hâta l'offre de l'infante à l'insu du parti espagnol d'ici, crainte qu'en le lui communiquant auparavant, le Régent n'en eût vent, et n'en pût mieux le parer1. Sûr est-il que le roy d'Espagne a bonnement cru surprendre le Régent par cette proposition ; et c'est ce qui exigeoitle secret avec lequel le cardinal y travailloit2.

« Or ce qu'il y a de plus habile et de plus salutaire dans la conduite de ces mariages, c'étoit sans contredit : 1° de les faire proposer et rechercher parle roy d'Espagne même, puisque de cette manière il ne pouvoit les conditionner à rien de préjudiciable aux autres alliés du Régent, comme il l'auroit pu, si c'eût été le Régent qui en eût formé la demande. Et 2° de faire apparaître ces mariages tout à coup, sans que les partisans de la vieille cour et de l'Espagne s'y attendissent, ni pussent être censés y avoir eu la moindre part, ce qui leur a ôté tout poids, tout appui et toute ressource.

« D'ailleurs, le Régent prolongeoit ses espérances de dix ou douze ans, sans que le public pût s'en prendre à lui,

1. C'est-à-dire empêcher un mariage qui, dans ces conditions, serait devenu une machine de guerre dirigée contre lui.

2. Schaub ajoute : « et dont Penterriedter s'est tant offensé. » On n'avait garde de mettre la cour impériale au courant, surtout après que Philippe V avait pensé à une archiduchesse pour son fils.

puisqu'il ne faisoit que complaire au roi d'Espagne, l'idole de la nation. Et de plus, il est sûr de tenir la Reine Catholique dans l'assujettissement jusqu'à la consommation du mariage de sa fille, crainte de la faire renvoyer, au lieu que celui de Mlle de Montpensier est consommé actuellement. Si le Régent ne s'étoit assuré ainsi de la continuation de son autorité, aussi bien que de son espérance, il auroit bien pu se trouver réduit à la nécessité de faire une guerre à l'Empereur conjointement avec l'Espagne pour se rendre nécessaire et agréable à la France, comme quelques brouillons l'avoient projeté. Mais présentement, il faudroit qu'il fût insensé pour vouloir de gayeté de cœur perdre ses alliances, dont il auroit toujours si grand besoin quand le jeune roy, ou l'infante d'Espagne viendroient à mourir : supposé même qu'il pût s'en passer dans ces tems-ci, où il lui convient si fort d'être respecté en France et de la garder tranquille pour y rétablir l'ordre et le crédit, et de primer sur l'Espagne pour n'en être pas dominé. Il est incontestable que, comme vous le dites aux ministres impériaux, ce n'est pas l'Espagne qui, par ces mariages, a gagné de l'influence sur le Régent, mais le Régent qui en a gagné sur l'Espagne '. »

Telle fut, d'après des témoins si bien placés pour être informés exactement, la négociation des mariages espagnols, merveille de savoir-faire chez Dubois, décision et détour, infatigable énergie, surtout le secret. Jamais

i. Schaub en cite une preuve qui n'importe pas ici. Rec. O/f., France, vol. 364.

homme plus adroit à cacher son secret, comme à pénétrer celui d'autrui l.

Quelques jours avant la signature du contrat de sa fille, le duc d'Orléans en avait écrit à George Ier (6 novembre 1721). Il lui rappelait qu'il lui avait fait rendre compte des premières propositions du roi d'Espagne pour le mariage du roi avec l'infante, et du prince des Asturies avec Mlle de Montpensier. Il l'informait que les articles du mariage de sa fille allaient être réglés sous peu de jours. Il ne perdrait pas un moment pour lui en donner part. Il apporterait tous ses soins pour entretenir la bonne correspondance et les liaisons déjà si heureusement établies qui assuraient également le bonheur et les avantages des sujets du roi et le repos de toute l'Europe2.

Une lettre de Louis XV, du 7 novembre, faisait part au roi de la Grande-Bretagne du double mariage convenu, du départ du duc de Saint-Simon pour l'Espagne, de l'arrivée du duc d'Ossone à Paris, de l'échange prochain des princesses à la frontière. « Je connois si parfaitement vos sentimens à mon esgard, disait-il (ou plutôt disait celui qui avait déjà prêté sa plume pour la lettre ci-dessus), que je ne puis douter que vous ne vous intéressiés à la satisfaction que je ressens de ces deux événements, qui en m'unissant encore plus étroitement avec un prince votre allié, et qui est aussi uni avec vous par les liens de l'affection que par ceux des traités et de vos intérêts communs, me donneront de nouveaux moyens de contribuer à entretenir et à fortifier l'heureuse intelligence qui convient si parfaitement à l'une et à l'autre couronne et à la tranquillité

1. Pourtant il en avait transpiré quelque chose en Italie. Mais le comte de Spittemberg en Italie, et le nonce à Paris, traitèrent cela de vision el n'en parlèrent seulement pas. Sutton à L. Garteret, Paris, 25 sept. 1721. Rec. Off., France, vol. 3G3.

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