Rec. Off., France, vol
Dubois, artisan essentiel de ce qu'il appelait avec complaisance son grand ouvrage, était aussi mieux établi que jamais à la tête du gouvernement par le fait des mariages espagnols. Et ici, n'est-il pas juste de mettre en regard des misères tumultueuses de sa poursuite du chapeau, le sangfroid, l'énergie, la dextérité qu'il déploya simultanément clans la conduite des affaires si complexes d'Espagne, sans parler de la préparation du Congrès de Cambrai?
Au cours de ces négociations, Dubois reçut du Rég-ent l'abbaye de Cercamp (juillet 1721). Elevé à la pourpre au même moment, il avait atteint au faîte des dignités ecclésiastiques. Mais ses ennemis à la cour de Rome se mirent à intriguer pour qu'on déclarât la charg-e de secrétaire d'Etat au-dessous d'un cardinal. Comme il s'en plaignait à Schaub, celui-ci reprit en souriant : « Je leur pardonnerais si, par là, ils réduisaient S. A. R. à la nécessité de vous déclarer premier ministre. » En attendant, restait à ses côtés M. de Torcy, surintendant-général des postes et relais, l'ennemi le plus vigilant et le plus acerbe, en possession avec lui de tous les secrets, ainsi que Dubois l'avait éprouvé à son dam lors de ses manœuvres quelque peu effrontées avec Lafîteau à Rome. Maintenant, un mois après le oui du jeune roi, le ministre obtint du Régent qu'il demandât à M. de Torcy sa démission (octobre 1721). Sa charge fut conférée au cardinal. Mais il reçut de beaux dédommagements. Schaub écrivit à L. Carteret : « Je crois que cette nomination est la plus agréable nouvelle que vous puissiez apprendre après celle des mariages. » Cela fit grand bruit. Certains seulement s'étonnaient que le
Régent fût resté si longtemps sans prendre cette détermination1. Nous avons rapporté précédemment que L. Stair en avait déjà risqué le conseil, et que le Régent en avait ajourné l'exécution aux approches de la majorité du roi. Ainsi, le cardinal rassemblait dans ses mains tout le mouvement des affaires étrangères. Au mois de janvier 1722, il reçut un brevet de grandes entrées chez le roi 2. Le 22 février, conduit par le duc d'Orléans, et à la faveur d'un précédent par lui créé exprès pour le cardinal de Rohan, il prit rang au conseil de régence au-dessus des ducs, des maréchaux et du chancelier, à titre de cardinal. Ils désertèrent en protestant3, et le conseil demeura le docile instrument de ce plébéien qui, dans son isolement, n'en parut que plus haut personnage aux yeux de la foule. « M. le cardinal Dubois, écrit Barbier (avril 1722), s'appelle tout court le cardinal, comme nos deux anciens grands ministres. »
Il lui restait maintenant à réaliser la prévision de son ami Schaub, et à rassembler clans ses mains toutes les
rênes de l'Etat.
1. Schaub à Carteret, Paris, 15 octobre 1721. — Crawford à L. Carteret, môme date. Rec. Off., France, vol. 363.