‹ Le RégentChapitre 177 sur 196 · Rec. O/f., France, vol · texte numérisé non relu

Rec. O/f., France, vol

même eu là-dessus avec le cardinal les scènes les plus vives. Et je Tay poussé jusqu'à me déclarer qu'il n'y aurait qu'une force majeure qui pût les contraindre à accorder ce que je demandais. » Dubois concéda seulement quelques faveurs spéciales ne devant pas tirer à conséquence !. Le 5 février 1723, Crawford présenta au cardinal, à l'appui de ses réclamations, un mémoire où il évaluait à 900 000 livres sterling ce que les Anglais avaient envoyé en espèces ou en bonnes lettres de change pour acheter des actions, alors très chères. Le cardinal répondit comme à Schaub par une grande colère, que le dernier Anglais avait été mieux traité que les princes du sang, que tout ce qu'il lui revenait de cela, était des reproches de sa patrie. Crawford pense que sans laisser tomber l'affaire, il ne faut pas non plus l'importuner 2.

11 semble que cette escarmouche ait clos le débat. Il disparaît dès lors des correspondances.

En France, on persécute les protestants; en Angleterre, les catholiques. Chacun des deux gouvernements s'intéresse chez l'autre à ses coreligionnaires, et sollicite des mesures de grâce et de tolérance qu'ils n'accordent l'un et l'autre qu'à leur corps défendant, après de longs délais et détours. Des deux côtés, ils s'agit de catégories hors la loi. Mais en France, c'est seulement affaire de confession religieuse ; en Angleterre, c'est de plus une question de subversion politique et dynastique.

1. Schaub à L. Carteret, Paris, janvier 1723. Rec. O/f., France, vol. 359.

2. Crawford à L. Carteret, Paris, 5 et 6 février 1723. En anglais, sauf les paroles de Dubois rapportées en français. Rec. Off., France, vol. 3G8.

Cette réciprocité d'intervention commence dès Tannée 1718; et, qui le croirait? c'est en Amérique, dans la Nouvelle-Angleterre, qu'habitent les premiers clients de l'abbé Dubois. L'abbé, à peine de retour à Paris, après avoir négocié à Londres la Quadruple-Alliance, recommande à Craggs les catholiques du Maryland. Le secrétaire britannique répond qu'il s'en occupera de son mieux; mais c'est difficile parce que le Maryland, étant sous le gouvernement d'un propriétaire, n'est pas soumis à l'action immédiate de la couronne, et il explique les droits du propriétaire1.

La clientèle confessionnelle de l'Angleterre en France se composait des réformés des Cévennes, les Camisards des derniers temps de Louis XIV. Depuis la paix d'Utrecht, mais surtout depuis la Triple-Alliance, ils avaient invoqué la protection du souverain britannique, d'abord la reine Anne, ensuite George Ier. Nous avons vu que, lors de la guerre d'Espagne, George leur avait enjoint d'avoir à s'abstenir de toute agitation. Le Régent ne leur était pas hostile ; et volontiers, il les eut tolérés. Mais il était impuissant contre le sentiment public, prononcé très violemment. Constitutionnaires et anti-constitutionnaires les haïssaient au même degré. Dubois, hostile au fond, avait de plus ses raisons d'archevêque et de candidat à la pourpre pour défendre avec d'autant plus de raideur l'orthodoxie romaine. L'intervention britannique embarrassait le duc d'Orléans; elle dépitait le ministre.

Par exemple, une lettre de Nîmes, datée du 22 mai 1720, sans nom, informe le secrétaire Craggs que les protestants arrêtés dans une assemblée pour prier, sont condamnés aux galères, et leurs biens vendus à l'encan, ce qui ne s'était jamais fait : prière de les protéger. Craggs

i. Craggs à Destouches, secrétaire de M. l'abbé Dubois, Hampton Court, 19 (30) septembre 1718. liée. O/f., France, vol. 343 B.

recommande à Sutton de tâcher de secourir la détresse de ces pauvres protestants. Souvent Destouches et Chammorel, en Angleterre, se sont intéressés à des papistes, et l'on y a eu égard. Mais, au premier mot de Sutton, l'archevêque de Cambrai, très prévenu contre les Protestants, s'emporte : le roi est maître chez lui; le roi d'Angleterre peut en user avec les papistes comme il lui plaît, sans qu'eux (du gouvernement français) aient à s'en mêler. Le Régent, plus accessible aux sentiments d'humanité et dégagé de tout fanatisme, promet la liberté des captifs. Seulement, on les relâchera sans bruit, de peur des gens zélés. Il faudra conseiller aux protestants du Languedoc d'éviter de donner prise sur eux par la transgression des édits. Tout ce qu'ils peuvent attendre de la connivence et de la douceur du gouvernement actuel, c'est la liberté de culte dans leurs maisons, sans être forcés d'aller à la messe, ni d'envoyer leurs enfants aux écoles catholiques (août 1720)1.

Cependant, la mauvaise volonté des subordonnés paralyse les bonnes intentions du prince. Les promesses se multiplient, tandis qu'on resserre les malheureux dans la Rochelle. Sutton espère (septembre) que leur délivrance est prochaine. Il se jure à lui-même de poursuivre sans relâche l'accomplissement des promesses du Régent, et de ne pas laisser une pierre sans la retourner pour hâter la libération de ces pauvres prisonniers. Cependant, le temps se passe, l'archevêque cherche tous les prétextes pour éluder les promesses faites. Sutton le poursuit obstinément. « J'y ai insisté au moins trente fois, écrit-il, et je continuerai malgré l'impatience et le malaise de l'archevêque, lorsque je lui rappelle cette affaire (13 octobre 1720). » Il se trou-

Page 1