C'est Barbier qui souligne
dans la correspondance de Dubois avec les Anglais ni dans celle des ministres anglais entre eux; et que le ton dont ils lui parlent et dont ils parlent de lui est exclusif de tout marché honteux. De même, la manière accorte et franchement amicale dont George Ier en use constamment à son égard ne saurait se confondre avec les séductions savantes d'un pacte d'infamie. Cette légende n'a pas d'autre fondement que la malveillance.
Dépourvu de grandeur d'âme et d'élévation dans l'esprit, il possédait en revanche un solide bon sens très affiné, servi par une volonté forte et suivie qu'il savait imposer. Il orienta la politique française dans une voie, non seulement nouvelle, mais contraire aux maximes de jadis, parce qu'indépendamment de l'espoir de se créer dans cette voie une carrière brillante, il comprit que la politique agressive de Louis XIV avait pris fin avec ce monarque, qu'il était d'intérêt majeur de dissoudre la coalition européenne et de transformer en amis et en alliés les Etats sous le glaive desquels le royaume avait été si près naguère dépérir. Dans cette entreprise, il eut contre lui la vieille cour, les hommes du passé que l'on ne convertit pas, l'intraitable préjugé national enté sur quatre siècles d'hostilité. Il se trouva seul aux côtés du Régent, la nation en masse étant de cœur avec Philippe V dont l'alliance lui aurait apporté le funeste cadeau de la guerre générale. A peine si un bourgeois parfois avisé ose-t-il penser que « peut-être a-t-il fait bien du bien par ses négociations en pays étrangers pour éviter les guerres1 ».
Mais quoi! Il avait fait disgracier, exiler le maréchal de Yilleroy, cher aux Parisiens par sa prestance et ses airs avantageux. Chose surprenante, il meurt un an après, jour
i. Barbier, t. I, p. 29 u
pour jour, tandis que le maréchal, qui est bien vieux, vit encore. « Il semble que ce soit là une punition bien marquée », ajoute gravement le chroniqueur1.
Le reproche dont Dubois ne se lavera non plus jamais, c'est d'avoir été le fils de ses œuvres; ou, pour reprendre une des locutions de l'inépuisable Saint-Simon, d'avoir jusqu'au bout senti la vile coque dont il sortait2. D'ailleurs, il ne laissa ni fondation, ni famille élevée, selon la remarque de Barbier, ni clientèle intéressée ou obligée à le défendre. Entouré d'ennemis, et sans méchanceté, quoi qu'on en ait dit, il n'était pas de caractère à se faire des amis. « Sa renommée, remarque Lémontey, resta en proie à ses nombreux ennemis, qui tous lui survécurent. » Et, docilement, l'histoire a sanctionné leurs dires en bloc,
sans chercher à dégager l'homme d'Etat de sa gangue de parvenu.