‹ Le RégentChapitre 188 sur 196 · CHAPITRE XXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVIII

Le duc d'Orléans ramassa le pouvoir aussitôt tombé des mains du cardinal. En apprenant cette mort au roi, il se proposa pour remplir la place de premier ministre. Le jeune Louis XV, à qui plaisaient la bonne grâce et l'esprit de son parent, l'agréa; et le jour suivant le duc prêta serment entre ses mains (10-11 août 1723).

En se réservant la surintendance des postes, il nomma Morville secrétaire d'Etat des affaires étrangères; Morville, dit Grawford, remarquablement probe et juste, parfaitement bien disposé à maintenir la paix et l'amitié établies entre les deux nations.

Telle était aussi la résolution du nouveau ministre. Deux lettres en date du 17 août 1723, à Versailles, l'une de Louis XV, l'autre du duc d'Orléans, émanées certainement de la même plume, le certifièrent à George Ier. La plus intéressante, comme la plus significative, était celle du prince qui avait noué l'alliance. Par la force des choses, il s'était attaché de plus en plus à son œuvre. Il s'en porte garant dans des termes d'autant plus décidés, à ce qu'il

semble, que l'artisan de l'alliance ayant disparu, il importe d'ôter toute inquiétude à l'autre partie.

« Je ne doute point que dans les dispositions qui viennent d'estre faites pour l'administration générale des affaires du royaume, Votre Majesté ne reconnoisse de la part du Roy et de la mienne une résolution invariable de ne point s'écarter des maximes et des principes suivis si constamment depuis le commencement du règne de Sa Majesté, cependant je ne sçaurois m'empêcher d'en donner à Votre Majesté les plus fortes asseurances ; je luv demande de vouloir juger de ce qui fera mon principal et mon plus cher objet dans l'administration dont le Roy a voulu que je me chargeasse, par ceux ! au succez desquels elle m'a veu employer l'autorité que j'exerçois pendant ma Régence, et je me flatte que par là Votre Majesté demeurera convaincue, ainsy que je le désire ardemment, que je ne cesseray point de faire consister ma satisfaction et ma gloire à fortifier et à rendre indissoluble l'union déjà si étroite entre le Roy et Votre Majesté, et à faire éclater de plus la sincérité et la solidité du respect et de l'attachement avec lesquels je suis... 2.

« C'est sans doute, mande, à cette occasion, Schaub à Robert Walpole (18 août 1723), ce qui pouvoit arriver de plus consolant après la mort de M. le cardinal Dubois que le peu de nouveautez qu'elle entraîne 3 ».

De son côté, M. de Morville avait pris les devants et prié Schaub d'assurer L. Carteret que, dans toutes les affaires, il tâcherait de mériter la prédilection que le roi et ses ministres venaient de lui marquer.

1. C'est-à-dire les principes suivis.... Phrase entortillée. Ce n'est plus Dubois qui rédige. Dans cette lettre il n'y a d'autographe que la signature.

Page 1