‹ Le RégentChapitre 189 sur 196 · Id. , ibid., vol · texte numérisé non relu

Id. , ibid., vol

Et encore, Schaub à Robert Walpole : « A l'intérieur, le duc d'Orléans se comporte avec une fermeté à laquelle on ne s'attendait pas de lui. Au dehors, il est au moins aussi déterminé que l'a été son défunt ministre à faire de son union avec S. M. Brit. la base de sa conduite » (5 septembre).

Ainsi, la politique étrangère va subsister intégralement. S'il survient quelque mauvais esprit pour déranger ces principes, il est à espérer que l'expérience du passé aura rendu le duc d'Orléans plus avisé sur l'avenir. Car il a tenté de tout, et il ne lui reste plus d'essai à faire (Id.).

Aussi bien, le duc n'en avait-il nulle envie. Et en auraitil eu le temps? Ses jours, à lui aussi, étaient comptés.

D'abord, comme un esclave à l'instant de l'émancipation, il respira. Il avait dû sacrifier à l'humeur de plus en plus chagrine de Dubois, Noce, l'un de ses plus joyeux compagnons de table, et l'exiler. A peine le cardinal eut-il exhalé son dernier souffle que le duc expédie à son favori une lettre de rappel où figurait, citation peu honorable, le dicton italien : Morta la bestia, morto il veneno. Dès le 12 août, il recevait Noce avec des embrassements et des larmes. Ils soupaient ensemble au Palais-Royal. On nous dit qu'il l'aimait comme un fils. Homme de plaisir, ennemi du travail, il n'inquiétait pas les Anglais.

Ils étaient moins rassurés quant au duc de Noailles, dont

l'exil prit fin au mois de novembre. Le duc d'Orléans le

reçut avec ces mots d'une meilleure inspiration que les

précédents : Laus Deo, paxvivis, requiesdefunctis. Schaub,

qui s'en défie, le dépeint avec des traits que l'on croirait

dérobés à Saint-Simon, comme un homme de peu de sens et de conduite, mais de beaucoup de feu et d'imagination; fort apparenté, fort remuant, fort hardi et très peu scrupuleux. Capitaine des gardes du corps et devant entrer en quartier le 1er janvier, ce qui l'approchera journellement du roi pendant trois mois, s'il est d'une cabale contraire au duc d'Orléans, il lui sera plus dangereux que personne. Mais ayant été en intime liaison avec ce prince, dont il a su tous les secrets avant la mort du feu roi et au commencement de la Régence, et le jeune roi étant trop enfant pour qu'on puisse faire fonds sur lui, il est à croire que M. de Noailles aimera mieux reprendre ses anciens errements avec le duc d'Orléans que de s'exposer à être exilé de rechef1.

Quelques-uns proposaient de rappeler Law. Mais tout en parlant de lui d'une manière civile, le prince ne les encouragea pas. Les Anglais l'auraient préféré au duc de Noailles; car depuis la chute du financier, ils avaient désarmé à son égard. Ils se tinrent sur la réserve de crainte de le rendre suspect au duc, méfiant de sa nature. Ils ne s'alarmèrent pas quand le prince nomma capitaine des gardes de la porte M. de Torcy; ils pensèrent que, par bon naturel, alors qu'il s'attribuait la surintendance des Postes, il avait voulu lui accorder quelque compensation. Le temps n'était plus où ils avaient tout à redouter de son influence.

Il n'y eut donc pas de changement dans la politique et la marche du gouvernement, si ce n'est que le duc d'Orléans devint pour le moment un tout autre homme. Lui qui était réputé pour se charger le moins possible du détail des affaires, eut honte de l'état de tutelle et d'effacement

1. Schaub à Robert Walpole, Versailles, 20 octobre 1723. Rec. Off., France, vol. 359.

où l'avaient relégué sa paresse et le génie envahissant de Dubois.

De ce ministre, après tout, il n'avait eu nulle trahison à craindre; en serait-il de même avec d'autres? Il se ressaisit. « Depuis la mort du cardinal, écrit Schaub, le duc d'Orléans est devenu plus âpre et plus jaloux de l'autorité qu'il ne l'a jamais été, au point que dans cet instant, il n'y a personue qui puisse se vanter d'avoir de l'ascendant sur luy ». »

Dans sa fonction nouvelle de premier ministre, qu'il prit donc fort à cœur, on nous apprend qu'il avait aussi fort à faire. Le cardinal avait peu d'ordre ; presque personne autour de lui, excepté pour les affaires étrangères. Vainement avait-il, sur le papier, distribué son temps entre les différents services par jours, par heures, dans l'ordre le plus savamment méthodique 2; il ne put jamais arriver à remplir son programme. Rarement il avait le loisir de finir une chose, n'allant qu'au plus pressé, toujours en hâte à cause de la grande multiplicité des affaires qui s'accumulaient sur lui, dans un pays comme celui-ci, dit Crawford, puisqu'on savait que, pour réussir, c'était à lui qu'il fallait s'adresser 3. La jalousie du pouvoir s'exaspérait en lui à mesure qu'il sentait davantage le déclin de ses forces, tandis que ses subordonnés, par jeu d'inimitié, lui déversaient sans relâche le flot montant du détail.

Le malheureux était devenu à charge à son maître.

« J'ai appris de la meilleure part, écrit Horace Walpole à L. Townshend, que si nécessaire que le cardinal pût être au duc d'Orléans, particulièrement pour la conduite

1. Lettre à Robert Walpole, Versailles, 20 octobre 1723. Rec. O/f., France, vol. 359.

. 2. Sévelinges a reproduit le Journal de Son Eminence, à la fin de son second volume.

3. Crawford à Robert Walpole, Paris 11 août 1723. En anglais, liée. Ofî , France, vol. 368.

des affaires étrangères, en raison de son heureuse négociation entre l'Angleterre et la France, néanmoins sa mort n'a pas été regardée par le duc lui-même comme une grande perte, et quoique le cardinal remportât toujours la victoire sur ceux qui n'étaient pas ses amis (lesquels étaient presque tous les amis particuliers de S. A. R.), cependant sa manière altière et arrogante, ses retards et son désordre dans l'expédition des affaires, trop lourdes ou pour son état de santé ou pour sa capacité, comme on le pense généralement ici, l'avaient rendu quelque temps avant sa mort, très fatigant et incommode au duc d'Orléans 1 ».

En présence de cette sorte de chaos, le prince s'arma d'une résolution virile; il s'enferma, se plongea dans les papiers de Dubois pour les débrouiller, se mettre au courant des affaires, travaillant d'une force à se tuer, selon l'expression de Crawford (18, 20, 28 août, 13 octobre), sans permettre à personne de l'influencer; et, paraît-il, ce labeur opiniâtre autant qu'inusité ne fut pas étranger au coup foudroyant qui bientôt termina sa vie.

La mort du cardinal Dubois eut pour conséquence à Paris une intrigue assez singulière parmi les ministres britanniques. Elle fut dirigée contre Schaub, comme nous l'avons fait pressentir. L. James Stanhope, qui aimait à distinguer le mérite, avait attaché au service de l'Angleterre deux Suisses, Schaub et Saint-Saphorin, l'un et l'autre naturalisés anglais. Saint-Saphorin était ambassadeur à Vienne. Schaub, secrétaire de Stanhope et par lui anobli,

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