Baudrillart, t. II, p
tinée à l'Angleterre, la mésaventure de Cellamare à Paris, le désarmaient de ses grands coups. Augurant mal de l'avenir, il se déchargeait de ses téméraires responsabilités sur la soumission à la volonté de Dieu, comme d'autres imprudents, après avoir trop entrepris au delà de leurs forces, imputent leur insuccès à la fatalité.
« Le poids dont je suis chargé est lourd, écrivait-il au comte Rocca, le 26 avril; mais à l'aide de ce qui me reste de forces, il faut le porter et se faire toujours plus de courage pour soutenir les disgrâces avec énergie et constance. Les opérations de l'homme, si elles ne sont pas secondées par le souverain moteur, servent de peu de chose ou de rien. J'ai eu lieu de me convaincre de cette vérité par tout ce qui est arrivé. Parmi les idées que j'avais formées, qu'une seule réussît, c'était assez pour faire avorter les desseins des ennemis : Dieu les a traversées toutes. Il ne nous reste plus qu'à adorer ses justes jugements et à nous soumettre avec une entière résignation à sa divine volonté \ »
Quatre jours après, tout en suivant les étapes vers la Biscaye, il réitère qu'il faut se résigner à la volonté de Dieu, en adorant ses justes jugements. Mais, triste et suprême ressource de l'illusion : pourquoi ne s'opérerait-il pas un miracle? « Jl se peut que le Seigneur Dieu veuille, par lui seul et sans l'aide des hommes, protéger et défendre sa cause 2. »
Le dégoût le prend. « Enfin, il faut sortir de ce labyrinthe, s'il se peut, et réfléchir qu'il est impossible d'endurer une pareille vie 3. »
Il l'endurera pourtant; n'est-ce pas son principe après tout? étant le serviteur, son devoir est d'obéir au maître.
i. Madrid, 26 avril 1717, Lettres intimes d'Alberoni au comte Rocca, publiées par Emile Bourgeois, à partir de 1713.