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L'îlot fortifié de Cronslot, au S.-E. de Cronstadt

le Tsar refusait d'adhérer, on les lui reprendrait pour les restituer à la Suède, de même qu'on rendrait Kiev et Smolensk à la république de Pologne. « Le traité, est-il dit, sera conclu par une alliance offensive et défensive tant entre les parties intéressées qu'entre ceux qui y voudraient entrer et à qui il importe. On y prendra les mesures nécessaires pour l'exécution du susdit traité de paix et contre ceux qui voudraient s'y opposer et ne pas s'y conformer1.

Ce plan était très beau sur le papier, sur le sol allemand, où chacun s'était nanti aux dépens de la puissance qu'on parlait de secourir, alors qu'on la frappait d'une spoliation irrémédiable, comme s'il suffisait de lui réserver par acquit de conscience un dédommagement aussi problématique que flatteur à l'œil. Mais à cette ébauche de coalition, pour lui donner l'être et le mouvement, un Charles XII manquait. Et lequel des coalisés marcherait le premier?

La Marck avait promis à L. Stair de lui mettre par écrit la substance de leur conversation. Le temps passait et l'écrit ne venait point.

Inutilement, Stair se présentait tous les jours chez l'abbé. On lui refusait la porte. Enfin le jeudi (i mai), jour de réception pour les ministres étrangers, il pénètre, parle du Mémoire, dit qu'il a retardé l'envoi de son courrier afin d'y joindre le papier du comte de La Marck. A ces mots, l'abbé s'emporte. Il s'écrie que lui, Stair, a parlé trois heures

1. Dumont, t. VIII, 2e partie, p. 8. En français, on voit par une lettre de Stair à Graggs, du 4 juin 1719, que le plan de ce dernier, en deux mots, consistait en effet à tenir les Suédois hors de l'Empire et à refouler les Russes le plus loin possible à l'Est. Hardwicke Papers, vol. 11, p. 510.

consécutives, avec La Marck, lequel lui a dit tout ce qu'il avait à dire, plus assurément qu'il n'en avait dit à lui-même ou au duc d'Orléans. Une telle conversation valait mieux qu'un chiffon de papier '. L. Stair, sans se départir de son calme systématique, réplique que dans une matière de pareille conséquence, il n'aurait garde de s'en fier à sa mémoire, de peur de se tromper et de donner une impression inexacte; la pensée de ce papier est venue de l'abbé, et non pas de lui; il n'y a pas de quoi se mettre en colère. Si l'on ne juge pas à propos de lui donner le papier, il rédigera de son mieux, de mémoire, et enverra son courrier en Angleterre sans le document. « Bon, dit l'abbé subitement radouci, je vous en dirai tout le contenu sur le bout du doigt. C'est l'affaire d'un quart d'heure de le coucher par écrit. Peut-être le comte de La Marck l'a-t-il déjà fait. S'il ne l'a pas fait, ce sera pour ce soir. Vous l'aurez. » Le soir vient : point de papier. Stair ne l'eut que le lendemain, à une heure avancée de la soirée.

La bourrasque passée, L. Stair alla le même jour, c'està-dire le 4 mai, visiter le Régent, sans lui dire mot de ces violents incidents. Le prince fut surpris qu'il n'eût pas reçu le papier, et il s'exprima sur les affaires du Nord dans un langage ouvert et franc qui mérite d'être reproduit tel que l'ambassadeur le transmit à son gouvernement 2.

« Il ne faut pourtant (pas) finir cette lettre sans faire justice à M. le duc d'Orléans. Il m'a dit avant-hier 3, en parlant des affaires du Nord en termes bien clairs, qu'il ne prétendait pas avoir une conduite ambiguë, ni faire la moindre chose d'incompatible réellement ou en apparence avec la Quadruple-Alliance; que comme il n'avoit nulle

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