En français dans le texte anglais
■2. Dépêche du 6 mai 1710, en français. 3. Jeudi, i mai.
liaison avec le Czar et qu'il n'a voit nulle envie d'en prendre, il fera tout ce que dépendra de luy pour empêcher la Suède d'en prendre, que sa veue étoit de relever la Suède aux dépens du Czar, qu'il estoit bien aise de voir que le Roy n'estoit pas seulement disposé à faire la paix avec la couronne de Suède, mais aussi de luy donner du secours contre le Czar en cas de besoin, que la France s'y joindrait très volontiers à fournir de pareils secours et à former une ligue pour remettre la Suède sur pied; qu'il ne me dissimulerait point qu'il avoit deux veues dans cette ligue, la première pour remettre et garantir la Suède, et la seconde que cette même ligue seroit en cas de besoin une barrière contre
l'Empereur.
« Il me dit que pour cette fin je voiois bien qu'il estoit nécessaire que la Suède conservât un pied en Allemagne, mais qu'il ne s'embarrasseroit point du plus ou du moins, et que d'aucune manière il ne souhaitoit que les Moscovites y fussent mêlez; que le Czar étant en France luy avoit fait des propositions de venir à la place de la Suède et de prendre des engagements avec la France pour servir dans le nord de contre-poids à l'Empereur, mais qu'il ne l'avoit pas voulu, qu'il savoit bien le tort qu'il se feroit avec les Alliez et avec toute l'Europe, s'il travailloit à introduire les Moscovites dans l'Empire, et il m'assuroit qu'il connaissoit trop bien ses intérêts pour y penser. Il me dit au même temps que peut-être y avoit-il des personnes en France qui avoient des lumières assez bornées pour penser de la sorte, mais qu'il n'estoit pas du nombre, et il me pria d'avoir meilleure opinion de luy et de me souvenir de quelle manière il avoit toujours pensé et agi au sujet de la Quadruple-Alliance. »
11 défendit La Marck, comme interprète autorisé des dispositions de la reine de Suède, du prince de Hesse et des
ministres à traiter sincèrement. Il approuva le plan de faire une ligne entre les rois de Grande-Bretagne, de Pologne, de Danemark et de Prusse, pour remettre la Suède sur pied et pour contraindre le Tsar à accepter les conditions dont on conviendrait. Lui-même était prêt à y entrer. Il ne doutait pas que la Suède ne fût ravie de conclure avec le roi, dès qu'il lui offrirait des secours contre le Tsar; ni que, nonobstant l'étroite intelligence qu'il y avait entre le Tsar et le roi de Prusse, ce dernier n'entrât dans la ligue pour sauver la Suède, dès qu'on l'assurerait bien de Stettin.
La suite justifiera en effet l'augure du duc d'Orléans. Son plan, moins vaste, était plus raisonnable aussi que celui de Brunswick; et ce fut sa manière de voir qui prévalut. Il y avait chez ce prince la sincérité de la parole. Ce qu'il disait, il le pensait. Mais l'action restait incertaine, parce qu'il manquait d'application. Le maître s'exprimait dans un sens; son ministre dans un autre. L'abbé se confondait dans une agitation stérile que le Régent ne se préoccupait pas assez de discipliner et de faire aboutir. L. Stair vient de rendre hommage au langage du duc d'Orléans; il en est plus à l'aise pour se rejeter sur Dubois. Dans sa lettre du 7 mai à Craggs, lettre qui est du jour même où il a terminé la précédente, il le flagelle à cœur joie. Au lieu d'être en français, comme les dépêches qui doivent passer sous les yeux du roi, celle-ci, adressée confidentiellement (Private) au secrétaire d'Etat, est en anglais; et son auteur, plume débridée, lance contre Dubois la plus méprisante philippique.
« Mon cher Craggs, je dois vous dire en confidence que, dans toute cette affaire du Nord, je ne suis nullement satisfait de notre ami l'abbé; et je n'en ai été satisfait à aucun moment, ni en rien sous ce rapport, depuis son entrée au
ministère. Le fait de n'avoir pas envoyé de ministres à Pétersbourg, de ne pas envoyer Hooke à Berlin, le mystère qu'il a fait des négociations de Rottembourg à cette cour, ses longues et fréquentes conférences avec Scbleinitz1, tout le mic-mac 2 qu'on a vu à propos du comte de la Marck, pendant qu'il était en Suède, et la conduite de l'abbé depuis qu'il est de retour, tout cela me déplaît fort. C'est un indice qu'on veut nous jouer quelque vilain tour 3.
« Je n'ai qu'une chose à dire en faveur de l'abbé : c'est, en toute sincérité et vérité, qu'il ne comprend pas un mot aux affaires du Nord et qu'il n'en a pas la moindre idée. Dernièrement, je l'avais amené à en causer avec moi, il m'avoua qu'il était très ignorant de ces choses du Nord, des intérêts de ces princes septentrionaux, et de la situation respective de leurs États; mais il me promit d'étudier la carte et d'employer un certain temps pour se mettre au fait \
« Ce temps, j'ai grand'peur qu'il ne l'ait pas trouvé, de sorte qu'il n'en sait pas plus qu'auparavant; et c'est pourquoi il lui répugne de parler d'un sujet qu'il ne comprend pas du tout. Si telle n'est pas l'explication de la conduite de l'abbé, je n'y connais plus rien. »
Sur ces entrefaites, on était informé à Paris de la menaçante jactance d'Alberoni, en route avec sa cour pour
\. Envoyé de Prusse.